Emploi / RH Embellir son CV est relativement bien accepté en Belgique. D’un pays à l’autre, les points essentiels à mentionner varient.  

Pour capter l’attention d’un recruteur, rédiger un bon curriculum vitae est essentiel. Mais insister sur certains points est plus payant dans certains pays que dans d’autres, révèle une étude de Page Personnel menée auprès de 4 245 postulants et 619 conseillers en recrutement à travers l’Europe. Quels sont les différences et points communs essentiels qui ressortent de l’enquête ?

Déguiser un peu son CV ? Pourquoi pas ? La Belgique serait le pays le plus libéral en la matière, selon. En effet, 44 % des conseillers belges en recrutement acceptent comme une réalité le fait de déguiser un peu son CV. Un chiffre équivalent aux Pays-Bas (43 %). Mais seuls 7 % des Italiens pensent de même. "C’est une question culturelle. Cela dépend très fort de la définition du mot mentir. Les Belges vont traduire cela par "déguiser un peu la réalité, embellir", alors que les Italiens vont prendre cela comme "inventer une expérience"", explique Olivier Dufour, executive director du bureau de recrutement Page Personnel Bruxelles. "D’ailleurs, on voit bien dans les enquêtes internationales que nous faisons - quand il ne s’agit pas de chiffres - que les perceptions diffèrent dans la compréhension des questions posées… Mais en tout cas, il ne faut jamais mentir. Cela se saura vite en cas de prise de références. Et puis un mensonge laisse croire qu’il y en a d’autres…"

L’expérience à l’étranger des candidats. C’est la partie la plus surestimée par les candidats d’après les recruteurs. Si la moitié des postulants pense que cet élément permet de les démarquer, 76 % des recruteurs ne sont pas de cet avis. Et là on voit encore de grandes variantes. "Dans un pays comme la Belgique, cette expérience n’est pas si valorisée, car nous sommes déjà dans un pays à caractère international", note Olivier Dufour. "Un recruteur va préférer un Bruxellois bilingue à un Bruxellois unilingue qui a travaillé 6 mois au Mexique. Une expérience internationale dans un pays tel que la France est plus valorisée car nécessaire à une plus grande ouverture d’esprit. Car, quelles sont en réalité les plus-values d’une expérience à l’étranger ? Les langues et le fait d’être confronté à une autre culture, une autre façon de penser. En Belgique, nous sommes déjà confrontés au multilinguisme et au multiculturalisme. C’est d’ailleurs notre force. La Belgique est plus internationale que la France ou l’Allemagne."

Les informations personnelles. "Cet aspect est surtout apprécié en Belgique, aux Pays-Bas et au Portugal. Moins en France ou en Espagne. Il permet de révéler une partie de la personnalité, de comprendre les leviers qu’il y a derrière les gens. Ce qui a le vent en poupe pour l’instant, c’est le bénévolat. Pas le fait d’en faire, mais d’en parler. Cela se fait maintenant de mettre en avant cette activité."

4 En ce qui concerne un "trou" dans le CV, 92 % des recruteurs sondés par Page estiment qu’une période d’inactivité supérieure à six mois n’entrave pas la possibilité de décrocher un emploi. Une tendance qui se retrouve dans tous les pays. "J’aurais aimé avoir un chiffre pour il y a 15 ans… A l’époque, une période creuse était vite perçue comme suspicieuse. Actuellement, un arrêt de six mois est bien mieux toléré, car on considère qu’il peut y avoir des accidents dans la vie, que les gens ont le droit d’avoir envie de s’occuper de leurs enfants ou de faire un tour du monde. Ce qui est important, c’est qu’il faut pouvoir expliquer cette absence. Il faut qu’elle ait un sens. Il n’y a pas de mauvaises décisions dans une carrière. Il n’y a que des mauvaises excuses. On peut se tromper. Il ne faut pas croire que les recruteurs veulent tendre des pièges. Ils veulent juste avoir une information claire. Leur but est de trouver le candidat qui convient le mieux pour le poste. Et si le candidat n’a plus son boulot, il doit le mentionner et non le cacher. Comme recruteur, je ne me dis pas qu’il a perdu son travail mais plutôt qu’il est disponible immédiatement. J’ai déjà eu des cas de personnes qui correspondaient au poste mais qui n’ont pas eu le job car elles avaient un autre emploi et n’étaient pas disponibles immédiatement."

5 Et le burn-out ? "Cela pose encore problème parfois", reconnaît le responsable de Page Personnel. "Parce qu’un burn-out est associé au travail. Une personne qui a eu un cancer sera plus facilement acceptée car l’employeur se dit que sa maladie n’a aucun rapport avec le monde professionnel. Par contre, pour un burn-out, il se dit que le candidat pourrait rechuter s’il recommence à travailler. Les gens qui font un burn-out sont en général très motivés, très engagés dans l’entreprise, mais un moment, ils n’arrivent plus à gérer. Il faut voir les circonstances du burn-out. Ce n’est pas un souci si le travailleur peut identifier les causes, les expliquer et peut gérer la situation pour que cela ne se reproduise plus. Si un candidat me dit: "Je ne sais pas pourquoi j’ai fait un burn-out", cela m’inquiète plus. Pouvoir faire ce travail d’introspection est essentiel pour le travailleur, sinon il se met en danger."

6 Quant à la présentation, les recruteurs sont plutôt unanimes. "Il faut faire simple et classique. Les recruteurs aiment retrouver les bons éléments au bon endroit. Ils reçoivent beaucoup de CV et ont besoin d’avoir une information claire et accessible", note Olivier Dufour. "Dans certains métiers, on peut tabler sur un CV à la présentation plus originale. C’est le cas par exemple pour les webdesigners ou les infographistes ou éventuellement dans le marketing. Mais si on postule pour une place de comptable, cela n’a aucun intérêt. Le CV a un côté état civil, carte d’identité. Il valide un certain nombre d’informations. Si le recruteur y trouve les éléments qui correspondent à sa recherche, il va prendre contact avec le candidat pour le rencontrer. C’est lors de l’entretien d’embauche que la personnalité va ressortir."


C’est quoi un bon CV?

Précisions. "Un bon CV doit être simple, précis et donner de l’importance à ce qui en a", explique Olivier Dufour. "Quand on a 50 ans, ce n’est plus nécessaire d’insister sur son stage de fin d’études…"

Il faut y mentionner les langues parlées, son dernier niveau de diplôme et ses expériences en travaillant sur base chronologique du plus récent au plus ancien pour valoriser la dernière expérience.

"Mettre ses disponibilités est aussi utile", poursuit Olivier Dufour. "Il faut aussi être transparent. Un point qui crée un doute n’est jamais bon. Un CV n’est pas fait pour être beau mais pratique. Il s’agit d’un exercice d’humilité qui invite à la simplicité."