Emploi / RH Mais le Belge reste globalement satisfait de ses collègues, qui sont parfois bien plus que des collègues…

Un ennemi. Le mot est fort. "On l’a choisi explicitement pour cette raison. Il ne s’agit pas d’un collègue avec lequel on aurait un différend. C’est plus que cela", explique Jan Denys, spécialiste du marché du travail chez Randstad. Cette thématique de "l’ennemi au travail" est une des nouvelles questions que le spécialiste RH a posées à quelque 1 800 travailleurs belges dans le cadre de son étude sur "L’autre facette du travail". Une première édition avait été réalisée en 2007.

Un travailleur sur quatre affirme avoir un ennemi au travail. "C’est énorme", estime Jan Denys, qui constate que ce chiffre est assez identique pour toutes les catégories mais un peu plus élevé chez les cadres supérieurs. "Le fait d’avoir des ennemis peut être lié à trois choses : la vengeance, la jalousie et la compétition. On peut très bien imaginer que cela correspond mieux aux profils des cadres supérieurs. On note aussi que le fait d’avoir des ennemis augmente avec l’ancienneté, même si très vite on peut en avoir. Ainsi un travailleur sur 5 qui est dans l’entreprise depuis moins de deux ans déclare déjà avoir un ennemi."

Ce sujet est encore très peu étudié. "Or l’impact sur l’entreprise peut être important. On estime que cela nuit au travail. Les effets négatifs : un stress croissant, la propagation de ragots et les promotions professionnelles manquées. On note aussi que ces relations perdurent dans le temps sans que l’on y remédie. On peut imaginer qu’une hostilité de longue date s’étende à d’autres travailleurs. L’impact sur l’ambiance au travail n’est pas à négliger, or c’est un élément essentiel de la motivation. C’est peut-être un point d’action pour le département RH. J’ai lu récemment plusieurs ouvrages sur la gestion des ressources humaines, et c’est un problème qui n’est jamais mentionné. Il est sous estimé. Contrairement à la problématique du harcèlement, qui touche 18 % des sondés. Mais ce n’est pas la même chose. L’étude montre d’ailleurs que l’existence d’ennemis et le harcèlement moral ne se croisent que dans une très faible mesure."

Des relations positives

Cette situation n’empêche pas des relations globalement positives sur le lieu de travail. Pour seulement 38 % des travailleurs sondés, un collègue est uniquement un collègue. "Mais on constate cependant qu’il y a dix ans seuls 29 % des sondés n’attribuaient pas à leurs collègues un rôle plus large. C’est une baisse importante. Et ce dans tous les groupes sondés. Les relations sont plus fonctionnelles qu’il y a dix ans." Reste que de nombreux collègues se voient en dehors du travail et s’invitent l’un chez l’autre. "On note d’ailleurs un lien assez étroit entre les contacts qu’entretiennent les travailleurs en dehors du boulot et l’importance et le degré de satisfaction qu’ils accordent à leurs collègues", note Jan Denys. "C’est important à savoir pour un employeur." De là à organiser des activités en dehors du travail ? "Je pense que c’est plus lié à la culture de l’entreprise. Ce n’est pas toujours facile de favoriser les rencontres en dehors du bureau. Et il ne faut surtout pas les forcer."

Les relations au travail peuvent aussi être plus intimes. Quelque 19 % des sondés avouent avoir déjà eu une relation au boulot. Plus les hommes que les femmes. "Cette différence peut peut-être s’expliquer par le fait que les motifs sont différents ou perçus différemment : le plaisir pour les hommes, la carrière pour les femmes. Ces dernières ont ou avouent peut-être moins une relation car elles pensent que cela peut être perçu négativement."  

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