Emploi / RH

Quelque 237 513 personnes étaient inscrites, fin 2015, comme indépendants à titre complémentaire en Belgique, selon le ministère des Classes moyennes. Ce sont 4,3 % d’entre elles qui ont décidé de franchir le cap et de devenir indépendant à titre principal. En 2011, elles n’étaient que 3,7 % dans ce cas. Le nombre de personnes qui ont franchi le pas a ainsi augmenté de 23 % en quatre ans, note une enquête du groupe de services RH Acerta. C’est en Région flamande que la principale augmentation a été enregistrée (+28 %). En Région wallonne, la hausse est de 19 % tandis que Bruxelles a enregistré une baisse de 5 %.

“Le fait qu’un nombre croissant de personnes franchit le pas vers une carrière indépendante à titre principal indique une relance économique prudente. La confiance nécessaire à ce passage est à nouveau présente, un signe déjà encourageant pour l’avenir. Actuellement, le passage est facilité d’un point de vue administratif grâce à un bon accompagnement des caisses d’assurances sociales et des guichets d’entreprises”, explique Fabienne Evrad, director service delivery chez Acerta.

A quel âge franchit-on ce cap ? “L’activité complémentaire est un statut intéressant pour lancer une carrière indépendante. Ce n’est qu’entre vos 30 et 40 ans que votre carrière s’envole, et c’est aussi le cas en tant que travailleur dans une entreprise. Alors que vous apprenez véritablement la profession, acquérez de l’expérience et apprenez des compétences en tant que salarié, vous pouvez simultanément constituer un fichier de clients à titre complémentaire, pendant une plus longue période. Une fois devenu effectivement indépendant, vous pouvez démarrer sur les chapeaux de roue”, poursuit Fabienne Evrard.

Le changement de statut se fait plus rapidement qu’auparavant : une moyenne de un an et demi en 2015, pour deux ans et un moi en 2014. Ce sont les Bruxellois qui ont franchi le plus vite le pas (1 an), devant les Wallons (1,5 an) et les Flamands (2 ans). Ce sont aussi les femmes qui sont les plus rapides à franchir le cap, même si elles sont moins nombreuses à le faire. Mais néanmoins de plus en plus souvent. Ainsi si entre 2011 et 2015 le nombre d’hommes à passer du statut d’indépendant à titre complémentaire à celui d’indépendant à titre principal a augmenté de 15 % (de 3,9 % à 4,6 %), le nombre de femmes dans la même situation a grimpé de 62 % (de 2,4 à 3,9 %).

Ce sont les consultants et les graphistes qui font le plus le saut. Suivent le secteur de l’horeca, le paramédical (kinés, logopèdes,…) et les détaillants. “Ce sont toutes des professions typiques où l’on acquiert d’abord un savoir-faire”, estime Fabienne Evrard. “Et où l’on peut progressivement se faire un nom.”

Une infirmière: "Cela me permet de mieux m'organiser"

Le travail de nuit. C’est l’option que Carine (nom d’emprunt) avait choisie comme infirmière dans un hôpital. “C’était plus facile pour moi pour des questions d’organisation. Et puis, il n’y avait pas beaucoup d’infirmières qui voulaient faire la nuit”, explique cette jeune femme qui a toujours complété ses horaires par une activité de soins à domicile comme indépendante à titre complémentaire. “Mais à la naissance de mon deuxième enfant, j’ai arrêté cette activité complémentaire.” Poursuivant son travail à l’hôpital, elle a l’opportunité, par une connaissance, de rejoindre une équipe de soins à domicile. 

Elle réduit d’abord ses prestations à l’hôpital pour finir par prendre une pose carrière pour se consacrer entièrement aux soins à domicile. “J’ai donné ma démission en juillet et ai décidé de m’installer à mon propre compte, comme infirmière indépendante à titre principal. J’adorais le travail à l’hôpital mais c’était lourd et fatiguant. Et pas tellement bien rémunéré”, raconte Carine. “Aujourd’hui, je gagne bien mieux ma vie. Cela reste un métier fatiguant mais la fatigue est différente. Et puis je peux organiser mon temps comme je veux. Le statut d’indépendant, c’est un choix de vie tout d’abord.

"Quelle liberté !"

Je ne pensais pas un jour devenir indépendante”, raconte Catherine (nom d’emprunt), qui a toujours été employée. Comme assistante commerciale, marketing ou encore aux achats. Son dernier poste, c’est assistante aux achats au sein du groupe Suez. “J’avais un collègue qui était très intéressé par les questions de formation notamment. Il a proposé à la direction d’ouvrir un centre d’examen VCA pour la sécurité sur les chantiers. Cela a été accepté. Quand il a quitté le groupe, on m’a demandé de reprendre le côté administratif du centre, car j’avais plusieurs fois donné un coup de main à mon collègue.” 

A la fin de l’agrément de 3 ans et après son renouvellement, elle a l’opportunité de reprendre le centre en sous-traitance. “Je travaillais à mi-temps comme employé. Je me suis inscrite comme indépendante à titre complémentaire”, raconte Catherine, qui finit par reprendre le centre à son nom en septembre 2015 quand Suez décide d’arrêter cette activité. “Au début, j’ai combiné les deux et puis, en octobre 2015, j’ai perdu mon emploi à cause d’une restructuration. Je me suis alors installée comme indépendante à titre principal.” Et elle ne le regrette pas. “Deux boulots à mi-temps, c’était beaucoup. Surtout qu’on ne sait pas quand s’arrête le travail de l’indépendant… Aujourd’hui, je peux gérer plus facilement mon temps. Je travaille beaucoup de la maison. Le métier suit fort les rythmes scolaires, car il n’y a pas beaucoup de boulot en juillet-août. Cela m’arrange bien pour les enfants. Et quelle liberté de ne pas avoir de compte à rendre à un patron ! Cela vaut de l’or.”