Emploi / RH

Auteur en 2013 de l’ouvrage "Travailler pour soi", où il évoquait l’individualisation du travail, Denis Pennel va aujourd’hui plus loin. Il propose le modèle du "libertariat" dans son nouveau livre "Travail, la soif de liberté" (1).

Vous voyez l’évolution du travail comme une marche vers la liberté.

Effectivement. Au début, il y avait l’esclavage. Puis le servage. C’était déjà mieux. Avec le féodalisme, les travailleurs ont pu commencer à quitter leurs terres. Les corporations se sont développées, mais avec une forte réglementation. Et souvent la progression des apprentis était bloquée, les maîtres souhaitant rester les maîtres.

Avec la Révolution française, on a aboli les guides. On a ouvert le marché. A suivi la révolution industrielle, où l’on a pris tous ceux qui travaillaient dans les campagnes et n’avaient pas un vrai métier pour les mettre dans des usines. Le salariat était né. Au début il fut mal perçu. Mais petit à petit, il fut accompagné de plus de protection pour les travailleurs et s’est vraiment développé après la Seconde Guerre mondiale.

Le deal était le suivant : le travailleur renonçait à une part de liberté (il y a un lien de subordination par rapport à un chef qui donne des ordres, vérifie s’ils ont été exécutés et peut prendre des sanctions) en échange d’une stabilité, d’une sécurité et d’une protection sociale.

Estimez-vous que ce modèle du salariat a atteint ses limites ?

La subordination reste alors que la sécurité n’existe plus. Ce n’est pas parce qu’on a un contrat à durée indéterminée (CDI) qu’on ne peut pas perdre son emploi. Il faut arrêter de voir le CDI comme le contrat de référence.