Emploi / RH Les raisons : la possibilité de cumuler revenu professionnel et pension, l’amour du métier et le besoin financier.

Arrêter de travailler à 65 ans ? La réponse est non pour de nombreux indépendants. Quelque 7 % d’entre eux ne prennent même pas leur pension à 65 ans, alors qu’ils y ont droit. Et parmi les 93 autres pour cent, la moitié continuent à travailler, selon les chiffres d’Acerta, dont "La Libre" a pu prendre connaissance en exclusivité. "Avant 2013, travailler une fois pensionné n’était pas vraiment possible. L’indépendant qui continuait à travailler et gagnait plus qu’un certain montant par an (de l’ordre des 1 400 euros) voyait baisser le niveau de sa pension. Il n’avait donc pas grand intérêt à rester actif. Depuis 2013, pension et salaire peuvent se cumuler", explique Fabienne Evrard, directrice d’Acerta, qui rappelle qu’un indépendant "n’est pas obligé de prendre sa pension. C’est une démarche. L’indépendant doit la demander, contrairement au salarié pour lequel elle est automatique."

Si 50 % des indépendants continuent à travailler une fois pensionnés, c’est pour plusieurs raisons, estime Fabienne Evrard. "Etre indépendant est souvent un projet de vie. Ce n’est pas toujours facile de fermer la porte derrière soi, de devoir prévenir ses clients, ses patients. On note chez beaucoup d’indépendants un réel attachement à leur profession. Pour certains, il s’agit aussi d’une question financière. Pour une carrière complète de 45 ans, la pension des indépendants a été alignée sur la pension minimale des salariés. Mais dans la réalité, peu d’indépendants ont une carrière de 45 ans. Ils tombent donc en dessous de cette pension minimale", explique la directrice d’Acerta, qui avance encore une explication. "Les salariés bénéficient souvent d’une assurance groupe proposée par leur employeur. Le salarié peut aussi se constituer une pension complémentaire, mais il doit faire la démarche."

Un arrêt progressif

L’analyse d’Acerta, basée sur les données recueillies auprès de plus de 15 000 indépendants, montre un arrêt progressif du travail après la pension. "Mais durant la troisième année après la pension, ils sont 41,8 % à être toujours actifs." La première année qui suit la pension, l’indépendant qui reste actif gagne en moyenne 9 744 euros brut par an; la deuxième année 6 449 euros et la troisième 4 615 euros.

Si le fait de continuer à travailler est une pratique répandue dans les trois Régions du pays, les montants perçus y varient fortement. Un Bruxellois gagne en moyenne 20 586 euros la première année, soit le double des Flamands (9 805 euros) et des Wallons (8 608 euros). "C’est surprenant", note Fabienne Evrard qui évoque, sans certitude, plusieurs explications. "En général, les travailleurs - indépendants et salariés - sont mieux payés dans la capitale. C’est là aussi que se concentrent de nombreuses professions libérales. Mais cette différence mériterait une étude complémentaire."

Idem pour la différence entre les hommes et les femmes. Si tous sont concernés par le fait de travailler une fois pensionnés (51,25 % des femmes et 50,27 % des hommes), le revenu perçu par les hommes est nettement supérieur à celui perçu par les femmes. La première année, il s’agit même du double (10 878 euros contre 5 724).