Emploi / RH

Il y a globalement autant d'étudiants que d'étudiantes. Mais il reste d'importantes disparités entre disciplines. Que font les universités pour remédier à cela ?

Les différences de salaires entre hommes et femmes sont souvent évoquées dans la presse. Mais qu'en est-il à l'étape précédente, celle des études ? Pour le savoir, les universités publient des rapports sur l'égalité de genre.

Une discipline n'est pas l'autre

Au total, près de 55 % des étudiants sont des étudiantes. Une parité presque parfaite. Une bonne nouvelle, surtout si cela se reflétait aussi dans les facultés. Et c'est là que le bât blesse, quelque soit l'établissement. On note que les sciences humaines, sociales et de santé sont plus fréquentées par les femmes, alors que les hommes sont majoritaires dans les sciences techniques.


Mais si l'on va encore plus loin, les différences sont encore plus frappantes. Les données de l'UCL permettent de voir en détail les disciplines fréquentées par les uns ou par les autres. Les exemples les plus marquants sont ceux de la psychologie et de l'ingénierie. Le sexe féminin est omniprésent dans le premier domaine (plus de 80%) alors qu'il déserte le second (moins de 20%). La Belgique se classe même dernière au niveau européen sur le nombre de filles en technologie de l'information (IT).


Une influence primordiale pour le marché de l'emploi

Ce constat est d'une importance cruciale pour comprendre les disparités au niveau de l'emploi. Les classes qui forment notamment les chefs d'entreprise sont déjà masculinisées. Ce qui explique en partie que les femmes soient moins nombreuses à obtenir un tel poste.

Et en règle générale, on peut retrouver un phénomène similaire pour l'ensemble des métiers. Même pour ceux liés à des disciplines universitaires où les femmes sont majoritaires. Exemple : celles-ci sont plus nombreuses à faire des études de droit. Mais elles restent absentes des postes les plus élevés de la magistrature. On les retrouve plus dans le droit de la jeunesse ou du travail. Même chose pour la médecine où elles sont sous-représentées parmi les médecins hospitaliers ou les spécialisations plus réputées (cardiologie, chirurgie, ...).

Le personnel lui aussi inégalitaire

Mais il n'y a pas que chez les étudiants que l'on voit des disparités. C'est également le cas du personnel universitaire. Le personnel scientifique, administratif et les maîtres de langues respectent bel et bien la parité, voire sont plus féminisées.

Mais celui académique est de loin dominé par les hommes. Ils représentent près des trois quarts de celui-ci. Il persiste pourtant une lueur d'espoir de changement. Car plus ils sont jeunes et plus ils s'approchent de l'équité, même si l'avantage reste aux hommes.


Pour expliquer cette différence, on peut notamment citer l'exigence de la mobilité internationale pour sélectionner ce type de personnel. Il arrive beaucoup plus souvent que des hommes demandent à leurs femmes de s'occuper des enfants pendant qu'ils partent à l'étranger que l'inverse. Ils sont donc plus nombreux à avoir été dans des institutions prestigieuses telles que le MIT. Ce qui avantage leurs dossiers sur ceux de leurs collègues féminines.

Comment changer cet état de fait ?

Depuis quelques années, les universités ont véritablement commencé à prendre le problème au sérieux. Des études sont réalisées pour documenter le phénomène et des initiatives sont entreprises pour tenter de faire bouger les lignes. La Fédération Wallonie-Bruxelles était par exemple la seule région d'Europe à ne pas avoir de master en études de genre. Depuis l'année passée, le tir a été corrigé.

À l'UCL, l'initiative "Les filles, vous êtes ingénieuses" est destinée à les attirer dans un domaine qui en manque cruellement. Une étude s'attache à comprendre pourquoi elles sont quasiment inexistantes dans la branche informatique. Les corps enseignants sont sensibilisés. Et les chercheuses sont désormais autant mises en valeur que les chercheurs.

Difficile de lutter contre les mentalités

D'autres manœuvres ont des résultats plus mitigés. Comme la promotion d'une filière mineure en études de genre à l'UCL. Si elle est beaucoup plus populaire aujourd'hui, les étudiantes comptent pour 86 % du total. En cause : la réputation "féministe" de ce genre de recherche qui fait fuir de nombreux garçons. C'est également un stéréotype qui fait fuir les filles de l'informatique : elles ne seraient "pas faites pour ça".

Car le principal obstacle pour faire changer les choses, ce sont bel et bien les mentalités. Et ce problème ne peut pas être traité qu'à l'université.

"Une fois que les étudiants sont inscrits, il est trop tard, on ne peut plus influer sur leurs choix. C'est vraiment un travail à faire en amont. C'est plus qu'une politique de genre qu'il faut. C'est une politique qui doit amener à un changement culturel profond et il est clair que l'on n'a pas de baguette magique pour faire ça", explique Edithe Antoine, "personne de contact genre" (PCG) pour l'UCL.

La question est donc loin d'être réglée. Ce n'est qu'avec un changement dans l'ensemble de la société que l'université atteindra l'égalité des sexes. Préalable indispensable à une parité dans le milieu professionnel et dans les salaires.