Emploi / RH Le contact avec la justice marque plus fortement les 18-25 ans des communes bruxelloises les moins favorisées.

Il y a une corrélation très forte entre la délinquance enregistrée des Bruxellois âgés de 18 à 25 ans et le contexte socio-économique de la commune où ils habitent. C’est le principal constat posé par trois chercheuses de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC) dans la onzième livraison de la revue "Justice et sécurité" parue jeudi. Charlotte Vanneste, Isabelle Ravier et Valentine Mahieu ont analysé les indicateurs statistiques relatifs aux signalements à la police et à la justice des jeunes de 18 à 25 ans résidant dans les 19 communes de la Région de Bruxelles-capitale. "Tout se passe comme si, dans chaque commune, les taux de jeunes adultes signalés à la justice étaient directement proportionnels aux taux de chômage, aux revenus moyens ou au nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale (RIS) observables dans cette commune", expliquent-elles.

Molenbeek et Saint-Josse en tête

Attention : on parle bien de délinquance enregistrée (à la suite d’une plainte, d’une dénonciation, d’une action policière…), la mesure de la criminalité réelle étant impossible. Des infractions commises ne sont jamais rapportées pour de multiples raisons : la victime n’ose pas déposer plainte, estime que ça ne sert à rien, a peur des représailles…

Les extractions obtenues auprès des parquets correctionnels ont permis aux chercheuses de calculer le nombre de jeunes majeurs signalés annuellement sur une période de 5 ans (de 2008 à 2012).

Un constat s’impose : de fortes disparités apparaissent en fonction de la commune de résidence. Le contact avec la justice marque donc, de façon très claire, plus fortement les jeunes de certaines communes plutôt que d’autres. Dans le haut de la liste, Molenbeek (où 10,7 % des 18-25 ans de la commune ont été signalés annuellement au cours de la période d’étude) et Saint-Josse (10,5 %), talonnées par Anderlecht (10 %), Bruxelles-Ville (9,9 %) et Koekelberg (8,9 %).

A l’autre bout du classement, les communes de Woluwe-Saint-Pierre (3,1 %) et Woluwe-Saint-Lambert (3,8 %) affichent les taux les moins élevés, avant Uccle (5,2 %), Watermael-Boitsfort (5,5 %) et Auderghem (5,6 %).

La connaissance de la situation bruxelloise suggère d’emblée l’hypothèse d’une relation entre ces taux de signalement et le contexte socio-économique. Les chercheuses de l’INCC viennent donc de le démontrer, données inédites à l’appui.

Les corrélations sont chaque fois hautement significatives (à plus de 80 %) entre délinquance enregistrée et indicateurs de chômage, de revenus moyens et de RIS, insiste l’étude. Plus le taux de chômage est élevé dans une commune, plus le taux de signalement de jeunes adultes à la justice y est aussi élevé.

Quel lien de cause à effet ?

Comment interpréter ces résultats ? Prudence, disent les chercheuses. Si le lien est établi, rien ne permet de glisser du constat à un rapport de causalité.

Est-ce parce que les jeunes adultes sont plus défavorisés qu’ils commettent plus d’infractions ? Ou est-ce que la police est plus sensible et réactive vis-à-vis des comportements des 18-25 ans en situation précaire et qu’il y aurait une prise en charge informelle, sans recours au judiciaire, des agissements délinquants des jeunes adultes dans les quartiers plus favorisés ? Il est vraisemblable que les deux types de composantes agissent de façon conjointe.

Reste une certitude : sur le terrain bruxellois, il s’impose de mieux articuler les politiques criminelle et sociale.