Emploi / RH 35 % des offres d’emploi ne trouvent pas preneur en raison du niveau en langues trop faible des chercheurs d’emploi.

Le nombre d’offres d’emploi augmente chaque jour, mais on constate une pénurie de main-d’œuvre assez conséquente. La raison ? Un manque d’apprentissage des langues nationales en Belgique. "Dans la Belgique multilingue, les candidats doivent souvent disposer de vastes connaissances linguistiques. Si vous y ajoutez un marché du travail où l’offre est insuffisante, vous observez qu’il est toujours plus difficile de trouver le candidat adéquat pour exercer une fonction" , explique Lore Temmerman, Regional Manager chez Hays.

L’exigence qui veut que les candidats maîtrisent plusieurs langues nationales réduit donc le nombre de profils pertinents. Cette tendance a surtout une incidence dans la région de Bruxelles. " Depuis 10 ans, le niveau en langues a fortement chuté, que ce soit pour un chercheur d’emploi français en néerlandais comme pour un candidat néerlandais en français, ce qui a engendré une pénurie de main-d’œuvre et ce dans tous les secteurs", confirme Nathalie Alhadeff, responsable nationale pour la division-Expert chez Hays. Et selon le cabinet de recrutement Hays basé à Bruxelles, 35 % des offres d’emploi sont laissées vacantes à cause du niveau linguistique des chercheurs d’emploi. " C’est presque devenu mission impossible de trouver un commercial bilingue en Wallonie. C’est vraiment devenu une recherche complexe pour nous. Les langues sont la base de tout, surtout chez nous où c’est devenu culturel et cela reste donc très valorisé par les entreprises ", poursuit Nathalie Alhadeff.

Avec les problèmes liés à la mobilité et les exigences de l’entreprise, le manque de bilinguisme est un des principaux freins à l’emploi.

Les entreprises affichent donc une prédilection pour les candidats capables de parler au moins deux des langues officielles du pays, sans compter l’anglais.

Bien que le niveau en anglais soit correct, l’exigence étant supérieure aujourd’hui du fait de la multiplication des entreprises et starts-up tournées vers l’international, de nombreux candidats ne maîtrisent qu’une des trois langues officielles. " Les candidats ne doivent pas maîtriser une deuxième langue nationale à la perfection. Ce qui importe ici, c’est que les candidats puissent se faire comprendre et s’exprimer de manière professionnelle. Une bonne maîtrise de la grammaire et du vocabulaire reste indispensable", ajoute Lore Temmerman.

La maîtrise des langues nationales et de l’anglais, " qui est maintenant très demandé par les entreprises, les sociétés internationales et même les PME, devenant une compétence nécessaire et basique " est devenue un des principaux atouts pour décrocher un job.

Bruxelles, meilleure élève que la Wallonie

Dans la capitale, près de la moitié des offres d’emploi reçues par Actiris affichent des exigences linguistiques explicites. " À Bruxelles, plus un secteur est tourné vers l’international, plus la demande de maîtrise des langues sera exigeante ", note Arnaud Le Grelle, directeur pour la Wallonie et Bruxelles chez Federgon.

Et, selon une enquête récente menée par Actiris, 23 % des chercheurs d’emploi basés à Bruxelles déclarent avoir une connaissance de la deuxième langue officielle (français ou néerlandais) et 7,5 % une bonne connaissance, contre 10,5 % et 3 % respectivement en Wallonie. Dans la Région wallonne, les offres d’emploi exigent un niveau de langue bien précis, à hauteur de 14 % de l’ensemble selon le dernier recensement. " Mais il faut savoir qu’en Wallonie, ce sont surtout des PME de petite taille qui recrutent et qui sont moins tournées vers l’international, le niveau d’exigence en langues est donc moins relevé qu’à Bruxelles." Tout en sachant que le niveau linguistique est souvent moins bon dans la réalité qu’affiché sur le CV. "On a le sentiment que les gens sont terrorisés par leur niveau de langue et, du coup, ils tardent à suivre une formation. Notre conseil, c’est qu’un chercheur d’emploi peut se perfectionner en langue tout en cherchant un emploi à côté, c’est tout à fait complémentaire. D’ailleurs, toutes les formations ne demandent pas le même niveau, tout ne se fait pas en une fois."

"Les entreprises n’hésitent pas à licencier"

Aujourd’hui, les entreprises ne prennent plus le temps de former leurs employés, notamment au niveau des langues.

Offrir des formations internes en langues est une mesure qui attire de très nombreux travailleurs et qui peut être une alternative au manque de bilinguisme en Belgique. "Nous constatons que les travailleurs se jettent pratiquement sur l’occasion lorsque des cours de langues leur sont proposés gratuitement", expose Lore Temmerman, Regional manager chez Hays.

Cependant, les formations de ce type ne sont plus aussi courantes et régulières qu’il y a quelques années. "Aujourd’hui, le monde a radicalement changé. Avant, les entreprises avaient le temps de former leurs recrues en termes d’apprentissage des langues et elles prenaient ce temps pour améliorer le niveau de leurs employés, mais actuellement, si une société a besoin d’une personne bilingue, elle licenciera celle qui ne l’est pas et ira chercher directement sur le marché de l’emploi celle qui remplit ses critères" avance Arnaud Le Grelle, directeur pour la Wallonie et Bruxelles chez Federgon, la fédération des prestataires de services RH. Pour Nathalie Alhadeff, du cabinet de recrutement Hays, " il faut absolument que les sociétés accompagnent leurs employés dans la formation et du temps doit être dégagé pour l’apprentissage des langues afin que la compétitivité de l’entreprise soit supérieure".

D’autre part, les employeurs peuvent faire preuve d’encore plus de flexibilité et proposer, par exemple, la possibilité de recourir au télétravail. Toutefois, cela peut s’avérer contre-productif : " Le télétravail peut être une des solutions pour lutter contre le problème de mobilité. Pourtant, c’est précisément en venant travailler à Bruxelles que vous améliorez vos aptitudes en français. En communiquant en français, vous améliorez vos connaissances au quotidien. Si le travailleur travaille 3 jours par semaine à la maison, ce sont autant d’occasions manquées de pratiquer la langue française", rapporte Lore Temmerman.