Immo

La construction d’un nouveau gratte-ciel s’achève au cœur de Manhattan, à New York. Au programme, deux tours de 764 appartements équipés d’une piscine et d’une terrasse avec vue sur le fleuve et l’Empire State Building. Une nouvelle presque banale pour Manhattan. Si ce n’est que le complexe des "American Copper Buildings" a été conçu pour résister aux… inondations. En effet, son design remonte au passage de l’ouragan Sandy (2012), qui a fait plus de 40 morts et paralysé la ville pendant des jours. "Nous avons acheté le terrain juste après Sandy", explique Simon Koster, patron de la société immobilière JDS. "Le site avait été transformé en lac; on pouvait en faire le tour en canoë. On savait très bien que ça recommencerait. Alors, on s’est demandé comment s’assurer que ceux qui y vivront ne seront pas confrontés à ce scénario."

Pas de penthouse

L’une des idées fortes du projet, explique Gregg Pasquarelli, du bureau Shop Architects, était de permettre aux résidents de tenir le plus longtemps possible sans électricité. "Si l’on peut prendre l’ascenseur, si les frigos fonctionnent et si l’on dispose d’une prise électrique pour recharger son portable, on peut probablement survivre pendant une semaine."

Résultat : pas de penthouse avec vue époustouflante au 48e et dernier étage, mais de puissants générateurs alimentés au gaz naturel, censés permettre à certains équipements clé de fonctionner en cas de coupure d’électricité. "Sur le plan immobilier, il s’agit de la surface la plus précieuse du bâtiment", reconnaît M. Koster, sans chiffrer le manque à gagner. "Mais en y installant des millions de dollars d’équipement, on augmente la valeur de tous les autres appartements en dessous."

Dans chaque cuisine du complexe, où les logements se louent à partir de 3 000 dollars pour un studio, deux prises électriques, dont l’une réservée au frigo, sont reliées au circuit de secours alimenté par les générateurs. Tandis que, traditionnellement relégués au sous-sol, les équipements de chauffage, de ventilation et électriques ont été installés au 1er étage. Enfin, le hall d’entrée est ‘waterproof’: piliers en acier, carrelage prévu pour l’extérieur au sol et, aux murs, panneaux de bois pensés pour pouvoir sécher facilement.

Trump, climato-sceptique

Sans doute en raison des intérêts financiers qui y sont concentrés, New York "a embrassé plus que d’autres villes" une architecture plus résiliente, estime Alex Wilson, président du Resilient Design Institute. La ville étant entourée d’eau, elle "se concentre surtout sur la résistance aux inondations." Mais, si les Copper Buildings ont intégré l’éventualité d’inondations dès leur conception, les obstacles et les coûts sont plus importants pour adapter les bâtiments existants. En effet, en cas de tempête avec panne d’électricité en été, "beaucoup d’immeubles résidentiels, où le verre est très présent, deviendraient inhabitables", ajoute l’expert.

Un autre obstacle pourrait être d’ordre politique : climato-sceptique, le président américain Donald Trump prévoit de couper le budget des agences environnementales. "Si le gouvernement arrête de collecter des données sur les vulnérabilités face aux inondations ou aux vagues de chaleur, les architectes et les promoteurs immobiliers peineront à incorporer ces changements dans leurs projets", estime Alex Wilson. "Mais le secteur privé et les compagnies d’assurances sont de plus en plus conscients de ces problématiques et continueront à favoriser les bâtiments plus résistants."

© DR