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C’est la fin d’une saga qui remonte maintenant à un peu plus de 17 ans. Hier, l’homme d’affaires Stéphan Jourdain a en effet définitivement tourné la page des Jardins d’Annevoie au terme d’un parcours qui aura été marqué par bien des péripéties, y compris sur le terrain politique et judiciaire.

Les actes notariés ont en effet été signés hier après-midi. Ils marquent le début d’une nouvelle ère pour les seuls jardins d’eau de Belgique, situés à Anhée en province de Namur. Pour solde de tout compte, Stéphan Jourdain devrait, selon nos informations, toucher 5 millions d’euros, 400 000 provenant de la Région wallonne (NdlR : pour le rachat du parking), propriétaire de 25 hectares du site, et le solde d’Ernest Loumaye, un investisseur belge, établi en Suisse qui a fait sa carrière dans le secteur pharmaceutique. “Finalement, je m’en sors moins mal que prévu. Je suis content de tourner cette page qui m’a donné pas mal de soucis pendant dix-huit ans. Mais je suis aussi fier d’avoir œuvre au remembrement de ce site et d’avoir via les travaux qui y ont été réalisés redonné à l’endroit le lustre d’antan”, nous a expliqué Stéphan Jourdain.

Quelques rétroactes sont nécessaires pour comprendre les enjeux de cette transaction. En 1999, Stéphan Jourdain mettait la main sur le site touristique wallon, en déboursant à l’époque 1,75 million d’euros, un chiffre auquel il faut soustraire 1,1 million de primes à l’investissement perçues pour ce site classé “Patrimoine majeur de Wallonie”. Mais début 2004, Stéphan Jourdain revend pour 3,5 millions d’euros 25 hectares du site (comprenant notamment le château, la cour et la piscine) à la Région wallonne qui lui octroie un bail emphytéotique de 99 ans. Sur le papier, une belle opération financière donc. De propriétaire, Stéphan Jourdain devient alors, dès le milieu des années 2000, châtelain locataire mais acquiert parallèlement au fil des années suivantes et en pleine propriété cette fois environ 20 hectares supplémentaires de bois et prairies, en rasant au passage quelques maisons. Des actifs qu’il revend donc aujourd’hui à Ernest Loumaye.

Une relation qui tourne très mal

Dès 2011, Stéphan Jourdain avait annoncé sa volonté de se retirer de l’aventure des Jardins d’Annevoie. Mais pas à n’importe quelles conditions, estimant alors y avoir déjà englouti entre 5 et 7 millions d’euros, notamment en raison des travaux et des déficits d’exploitation récurrents. Il faut dire que les relations se sont fortement dégradées dès 2004 entre l’homme d’affaires et la Région wallonne, après l’éviction des libéraux du gouvernement wallon. Une relation à couteaux tirés qui débouchera sur un certain nombre de procédures judiciaires, Stéphan Jourdain ayant réalisé des travaux sans permis. Pendant de nombreuses années, ce bras de fer entre la Région wallonne et l’investisseur paralysera le développement du site. Ce qui débloquera finalement la situation ? En réalité, c’est le dossier de Laminoirs de Longtain qui sera la clé. Fin 2014, Stéphan Jourdain reprendra cet outil sidérurgique louviérois aux côtés de la Sogepa, l’un des bras financiers de la Région wallonne. Mais l’aventure fit long feu et, l’outil revendu, la Sogepa se retrouva avec une dette de 1,75 million d’euros vis-à-vis de Stéphan Jourdain. Ce dernier utilisa alors cette “monnaie d’échange” pour forcer un accord avec la Région wallonne sur les Jardins d’Annevoie. Entendez : un accord financièrement acceptable, avec remboursement de cette dette à la Sogepa à la clé.

Au final, la Région wallonne a-t-elle fait une bonne affaire ? Cela reste à démontrer. Entre prix d’acquisition, primes à l’investissement, subsides et autres frais d’avocats, elle aurait déboursé pas loin de 7 millions d’euros. Pour être propriétaire d’un site touristique… dont elle n’a pas la gestion.