Immo Cela fait 4 ans qu’elle existe sur papier et dans les rêves effrénés d’un promoteur, à la place de la clinique Parc Léopold.

Si cela fait plus de 10 ans que les médecins de l’ASBL Chirec, qui gère les hôpitaux et cliniques du groupe, planchent sur le titanesque emménagement qui est prévu ce week-end dans leur nouvel hôpital à Delta (Auderghem), ils ne sont pas les seuls : les candidats au redéveloppement immobilier des deux sites que le Chirec quitte, à savoir la clinique Edith Cavell à Uccle, et son pendant etterbeekois, la clinique Parc Léopold, s’y penchent depuis quasiment autant de temps. "Certains n’ont même pas attendu que nous lancions nos appels à candidatures", sourit Gilbert Schetgen, médecin-chef du site de Cavell. "La première offre concernait le Parc Léopold, ajoute Michel Libert, son homologue du site du Parc Léopold. Elle nous est arrivée il y a 4 à 5 ans, avant la pose de la première pierre de Chirec Delta."

Les experts qui, à la demande de l’ASBL, ont valorisé les deux sites sont arrivés à un montant global de 40 millions d’euros. "C’est ce montant-là que nous avons pris en compte dans le financement de Chirec Delta, confirme Bruno Lefébure, directeur général administratif et financier du Chirec. Un montant raisonnable. La vocation d’un hôpital n’est pas de faire des placements à risque ni des plans sur la comète. Si cela peut rapporter plus, c’est tant mieux. C’est comme à la loterie. Mais on n’a pas compté dessus." "Si on a un bonus par rapport à l’estimation, pourquoi le refuser", acquiesce Gilbert Schetgen. Car plus chères seraient vendues les anciennes cliniques, moins de fonds propres l’ASBL devait allonger. Or, ce n’est pas 40 millions qui ont été offerts mais… 64 !

Trente-six millions ici

La première offre tenait plus de la loterie que du bonus : 36 millions d’euros pour le seul site etterbeekois, proposé par Dominique Janne via sa société de promotion Novo Building, plus 6 millions d’euros pour la polyclinique de 1 500 m² et ses 40 places de parkings promis au Chirec pour qu’il garde une empreinte médicale dans le coin. Soit 42 millions au total. Son pari : une tour de 160 m de haut (la plus haute de Belgique), sur pilotis, dont les 6 premiers niveaux auraient été évidés, surmontés, à partir du 7e, de ladite polyclinique, puis d’un hôtel et, enfin, d’appartements de grand luxe.

Et le promoteur de mettre les 3,6 millions d’euros nécessaires (10 % d’acompte) pour bloquer le deal. "Non récupérables, indique Bruno Lefébure, nous permettant, si l’affaire ne se fait finalement pas, de relancer un appel d’offres et de payer les intérêts intercalaires."

"C’est le prix qui a tranché", reconnaît Michel Libert. Mais la médaille a son revers. Les mois passant, Dominique Janne semble avoir révisé ses rêves à la baisse et… supprimé l’option polyclinique au 7e étage. "Le dossier est touchy, note le médecin-chef du site du Parc Léopold. Le contrat est aux mains de nos avocats. Nous ne savons finalement pas si le projet, qui implique l’accord de la commune, une modification du PPAS, etc., se fera - ce qu’on espère toujours - ou pas. Les choses devraient être décidées avant la fin de cette année ou au début de l’année prochaine."

Vingt-huit millions là

Pour le site Edith Cavell, l’opération s’est faite plus classiquement. L’appel d’offres a suscité une poignée d’offres. Le même Dominique Janne avait proposé un prix fort de 32 millions d’euros, mais c’est le duo AG Real Estate/Burco et ses 28 millions qui l’ont emporté. "On est prudent, insiste Gilbert Schetgen. Pas question de mettre tous nos œufs dans le même panier." Puisqu’il avait joué la carte du rêve sur le Parc Léopold, le Chirec a joué celle de la fiabilité sur Cavell. Ce que le laissé-pour-compte n’a pas apprécié. Il a décidé de contester la vente en justice. "Cela suit son cours, on est confiant", dit-on du côté d’AG Real Estate.

"Comme à Etterbeek, on voulait garder un ancrage médical et donc une polyclinique, ajoute le médecin-chef. Au départ, on pensait l’intégrer dans le projet AG/Burco. Mais c’était compliqué d’assurer une continuité des soins pendant les travaux. On a donc opté pour un accord à l’amiable en deux phases : on reste dans la clinique jusqu’en septembre 2018, pendant que les travaux sont réalisés dans un bâtiment et ses 130 parkings, que l’on garde, à l’arrière, rue Général Lotz. De quoi y inscrire un large centre médical de proximité de 4 000 m²." Ce qui laisse 9 mois au duo de développeurs pour obtenir ses permis. "Et si on est en retard, conclut Gilbert Schetgen, on payera un loyer aux nouveaux propriétaires."