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La touche finale à la rénovation du château Charle-Albert, situé à Watermael-Boitsfort, devrait enfin pouvoir être posée. Son propriétaire et par ailleurs actuel occupant des lieux, l’homme d’affaires Stéphan Jourdain, a en effet obtenu il y a dix jours le permis du réaménagement du parc, lui aussi classé, dont une partie en Natura 2000. "Cela implique les abords, les clôtures, les ferronneries, le bassin, le pont romantique…", dit-il.

Ironie du sort, alors qu’il était depuis plusieurs mois en discussions avec un acquéreur potentiel, mais qui n’aurait rien signé sans ce permis et sans que les travaux soient effectués, aujourd’hui, il a le permis "mais… plus d’interlocuteur", sourit-il. Cet interlocuteur n’est autre que l’ambassadeur des Etats-Unis, qui comme tous ses homologues de par le monde a été rappelé au pays par le président Donald Trump.

Trente ans d’abandon

L’intérêt de l’ambassade pour le Charle-Albert est bien entendu lié à sa décision d’acquérir l’ancien siège d’Axa (ex-Royale Belge), boulevard du Souverain, propriété de Cofinimmo. Un immeuble de bureaux à l’architecture très symbolique, cruciforme et monté sur pilotis, datant de 1970.

Le château Charle-Albert, érigé très exactement un siècle plus tôt, en 1870, est un de ses plus proches voisins. A peine une rue à traverser… Et, de l’autre côté, la forêt de Soignes. Avec, à deux pas, le boulevard du Souverain, le ring, l’autoroute… Rien de plus normal que ses 1 400 m² intéressent l’ambassade pour y loger son ambassadeur. D’autant que l’ensemble, après un abandon de 30 ans, a été rénové complètement entre 2012 et 2014. L’enveloppe est restée si pas dans son jus, du moins dans son style néo-renaissance flamande, mais l’intérieur est neuf et contemporain. Dont coût : quelque 6 millions d’euros.

Stéphan Jourdain confirme qu’il a bien été contacté par les Américains. Et que, même s’il occupe les lieux, "tout est toujours à vendre en immobilier"

Par contre il réfute formellement avoir mandaté un quelconque agent immobilier en vue d’une vente éventuelle. L’information sur ses discussions avec l’ambassade étant passée dans la presse en octobre dernier, il a bien été sollicité par des acteurs-clés du marché bruxellois haut-de-gamme, mais n’a donné aucun mandat, insiste-t-il.

Certains agents plus aventuriers semblent toutefois passer outre son autorisation… L’un d’eux évoque d’ailleurs - discrètement dans un mail dont nous avons pu prendre connaissance et non ouvertement sur un site - un prix de vente de quelque 6 millions d’euros, soit le strict montant des travaux. Et seulement lui puisqu’il n’y a pas eu de prix d’achat. Stéphan Jourdain a en effet racheté les lieux, en ruine, à Codic en 2012 pour 1 euro symbolique.

Pas de plus-value mais… des subsides

La transaction, si elle a lieu, pourrait toutefois chagriner la Région bruxelloise. Elle a en effet subsidié la restauration du Charle-Albert à hauteur de 2,8 millions d’euros pour le bâtiment et de 278 000 euros pour le parc. "L’arrêté du 30 avril 2003 organisant les subventions aux biens classés en vigueur à l’époque prévoyait un système de récupération de la subvention reçue, à concurrence de la plus-value, dit-on au cabinet du ministre Vervoort. Si le bien est vendu, l’administration devra vérifier s’il y a lieu de récupérer une partie de la subvention perçue." Et d’insister sur le fait que l’objectif des subventions est avant tout d’inciter à restaurer le patrimoine régional. "A ce titre, ces subventions ont rencontré leur objectif, que le bien soit vendu ou non."