Immo

Il est revenu le temps de Batibouw. Le salon a en effet ouvert ses portes jeudi aux professionnels, à qui il accorde deux journées de calme, avant le rush du grand public à partir de samedi. Emmanuel Malfeyt, coordinateur du cluster Ecobuild. brussels, s’est lancé, pour "La Libre", dans une visite sous l’angle du développement durable. "Aujourd’hui, le durable concerne une grande partie des exposants, dit-il. Quelques palais font peut-être exception - ceux des cuisines et des salles de bains en tête - mais on parvient toujours à y dénicher une perle durable." Il aurait pu pointer plusieurs centaines d’entreprises, mais s’est contenté d’une trentaine dont 9 présentées ici.

Palais 5 : matériaux de gros œuvre

Ce palais est assurément le plus grand du site. Et le plus vert. "Le défi serait plutôt de trouver un seul stand de ce palais qui ne propose pas de produits ou de technologies durables, affirme d’emblée Emmanuel Malfeyt. Notamment en ce qu’il concentre, avec le palais 4, les matériaux d’isolation, d’étanchéité à l’air et de ventilation qui sont au cœur du processus d’éco-construction." Et d’y cibler deux sociétés belges faisant la part belle aux procédés d’isolation naturelle, étanches à l’air. Isoproc, d’abord, qui crée une ouate de cellulose à partir de journaux déchiquetés mélangés à du sel de bore, un agent hydratant, dans le but de réduire la sensibilité aux flammes. "Si la société est belge et si elle produit en Belgique, les journaux utilisés sont… français, sourit-il. Car la France prend soin de séparer le carton du papier lors du tri, là où la Belgique mélange les deux." Cette entreprise installe son isolant en prêtant une attention particulière aux différentes connexions et câbles présents sur la surface à travailler. "Cette minutie est indispensable pour que l’isolation soit optimale. Si vous roulez à vélo avec un pull en laine sans un coupe-vent, aussi chaude soit cette laine, vous ne serez pas protégés du froid : c’est un peu le même principe." A quelques allées de là, chez Isohemp, tout aussi belge, le procédé est basé sur un mélange de chanvre (80 %) et de chaux (20 %).

Isohemp fabrique des briques en mélangeant chanvre et chaux - © Christophe Bortels

Il permet de former des briques solides aux allures de petits ballots de paille, qui sont ensuite recouvertes de crépi ou de bois de finition. "Le processus est connu depuis une trentaine d’années, raconte Emmanuel Malfeyt, mais Isohemp le fabrique de manière industrielle depuis 4 ans."

Palais 4 : Menuiseries, ventilation, climatisation…

Dans ce Palais, tout aussi durable que son voisin, le coordinateur d’Ecobuild. brussels pointe plusieurs sociétés parmi lesquelles Riche, fabriquant belge de châssis-bois haut de gamme. "Comme ces modèles de châssis triple vitrages en bois mais protégé à l’extérieur par un revêtement en aluminium", commente-t-il. En face, Renson présente entre autres deux systèmes de ventilation modernes : Système-D et Système-E. Le premier consiste à faire sortir l’air chaud usagé de la maison, réchauffant ainsi le tuyau qui, par la suite, accueillera et réchauffera l’air froid de l’extérieur. Le système-E + va beaucoup plus loin puisqu’il extrait, via une pompe à chaleur, l’énergie de l’air consommé pour l’injecter dans le chauffe-eau ou le chauffage au sol.

Palais 8 : entreprises de construction

"Tous les constructeurs proposent des techniques en phase avec le développement durable, convient Emmanuel Malfeyt, mais certaines plus que d’autres ou depuis plus longtemps." Comme Arkana qui construit chaque année 25 à 30 maisons passives ou basse énergie, principalement en bois ou à ossature bois. "Pour peu que l’on soit suivi par un architecte, on peut construire durable en passant par un menuisier indépendant, ajoute le guide. Les menuisiers flamands s’y sont pris bien plus tôt que les menuisiers wallons. Et sont déjà parvenus à imaginer des solutions préfabriquées moins coûteuses."

Palais 9 : domotique et éclairage

"Aujourd’hui, une consommation optimale passe par une connectivité entre les appareils énergétiques, assure Emmanuel Malfeyt. Beaucoup de moyens existent pour établir cette connectivité." KNX, acteur international du secteur, présente sa technologie de compatibilité inter-appareils. Celle-ci a l’avantage d’être universelle, adaptée à un large panel de marques. "Le risque, c’est l’utilisation parfois un peu gadget de cette technologie, au détriment de l’optimisation énergétique", avoue-t-il.

Palais 6 : revêtements de sol et foyers d’appoint

Ici, Emmanuel Malfeyt pointe d’abord Kurk, versée dans le liège sous toutes ses formes (vrac, panneaux, planchers…), "un matériau qui se renouvelle naturellement et qu’on peut se procurer à l’infini". Puis, non loin de là, Stroomop qui présente ses poêles à bois ou à pellets, pourvus d’une technologie très avancée de combustion dite "propre", inscrite dans des coques tantôt très classiques, tantôt très design. "Magique : la combustion est maîtrisée de façon optimale, rejetant près de 280 fois moins de particules fines qu’un feu ouvert classique", dit-il.

Palais 11 : Cuisines

"C’est un secteur qui a encore du retard au niveau de l’écologie, affirme Emmanuel Malfeyt. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas y trouver des fabricants durables, qui travaillent les matériaux naturels." Comme Team7, d’origine autrichienne. "Armoires en bois plein, plans de travail en pierre, commente-t-il. Pas de contreplaqué, pas de finition vinyle ou laquée. Mais des matériaux qui durent dans le temps. Car une cuisine durable, c’est aussi une cuisine qu’on ne change pas comme de chaussettes."


Les architectes wallons n’ont pas le moral : 6 sur 10 se disent pessimistes

Alors que les architectes flamands et bruxellois sont souvent sondés, c’est une première pour les architectes wallons. D’où, peut-être, un score de participation assez exceptionnel de 13 % (630 répondants sur 4 800 architectes) à l’enquête menée en janvier par l’Union wallonne des architectes (UWA). Pour un résultat aux accents toutefois assez peu réjouissants : le métier semble avoir moins de potentiel, voire d’avenir qu’il n’y paraît, alors qu’ils sont toujours très nombreux à vouloir y entrer. En prenant tous les critères en compte (chiffres d’affaires, salaires, carrière, matière), 1 architecte wallon sur 10 se dit optimiste, 3 sur 10 neutres et 6 sur 10 pessimistes.

Et cela vaut surtout pour ceux qui s’occupent de résidentiel. "L’embellie annoncée pour le secteur n’arrive pas, explique Gaëtan Doquire, directeur de l’UWA. Et de pointer des chiffres d’affaires au mieux stables (pour 50 % des répondants), au pire en diminution (25 %), un potentiel d’accroissement assez faible (55 % ne signent qu’1 à 5 maisons par an), et, surtout une insatisfaction qui gronde. En cause, d’une part, "la structuration de l’habitat qui change, précise Gaëtan Doquire. La fin de la villa 4 façades s’annonce, qui fait peser des incertitudes sur les architectes qui en font, avec la rénovation pour seule porte de sortie". D’autre part, "le fait que ce métier est de plus en plus technique, compliqué, exigeant, décourageant". Surtout quand on prend en compte le budget qui doit être alloué par les ménages : 275 000 euros hors terrain, TVA et honoraires d’architecte pour une maison neuve, 136 000 euros pour une rénovation. "Oui, cela pose question. Sur l’accès au logement et sur les indispensables incitants que les pouvoirs publics doivent imaginer pour relancer le secteur", conclut-il.