Entreprise Enquête

Prenons un homme et une femme qui travaillent, tous deux, à temps plein en Belgique. Le premier gagnera, en moyenne, 17,36 euros brut par heure; la seconde, 15,48 euros. Soit une différence de 11 %. Si l’on se réfère aux salaires mensuel et annuel bruts, l’écart est de 12 %. Ces chiffres sont issus du dernier rapport (mars 2010, chiffres de 2007) de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH) qui, en mars 2006, a reçu du gouvernement la mission de publier chaque année un rapport officiel comprenant des chiffres sur l’écart salarial.

Le rapport révèle qu’à temps partiel, l’écart entre les hommes et les femmes est encore plus important : une salariée à temps partiel gagne 18 % de moins par mois qu’un salarié à temps partiel. De plus, une femme qui travaille à temps partiel dans l’industrie et les services marchands gagne en moyenne 21 % de moins par heure qu’un homme travaillant à temps plein.

Certaines autres études évoquent même des écarts de 25 %, mais en comparant le salaire mensuel d’un homme à temps plein et celui d’une femme à temps partiel.

L’étude révèle aussi des différences selon les statuts.

Dans le secteur privé, l’écart salarial horaire entre ouvriers et ouvrières est de 18 %, pour les employés, il est de 26 %. Dans le secteur public, l’écart est de 6 % entre les contractuels et de -1 % entre les statutaires. Si l’on s’intéresse au salaire annuel brut moyen, les différences sont de 37 % pour les ouvriers et les employés, de 18 % pour les contractuels et de 11 % pour les statutaires. "Le fait que les femmes travaillent plus souvent à temps partiel que les hommes a un impact important sur les différences salariales", précise Françoise Goffinet, arrachée à l’IEFH. "Une femme sur trois est un temps partiel, contre un homme sur 55."

Pour la première fois, le rapport a pris en compte, par ailleurs, certains avantages financiers autres que le salaire. Seuls 0,73 % des salariés et 0,31 % des salariées ont bénéficié d’options sur actions (en 2006). Avec une différence dans le montant de 48,07 % : 5770,64 euros pour les hommes et 2996,83 euros pour les femmes. Des inégalités sont à relever aussi au niveau de la pension complémentaire. Quelque 15,9 % des hommes en bénéficient pour 13,3 % des femmes, mais avec des montants bien différents : 710,6 euros pour les hommes et 385,55 euros pour les femmes, soit une différence de 45,74 %.

"Les femmes ont aussi moins souvent une voiture de société", constate Françoise Goffinet. "Tous ces avantages se négocient en fait individuellement. Et l’on constate que les femmes sont moins enclines à négocier ou négocient alors d’autres avantages, comme des horaires flexibles." "On constate la même chose dans la taille des bureaux, par exemple", note Isabella Lenarduzzi, entre autres fondatrice de la société Jump qui rassemble une série d’activités toutes dédiées à la vie professionnelle des femmes : "Les femmes n’aiment pas négocier ce genre de choses; et puis, elles n’y attachent pas beaucoup d’importance. C’est vrai qu’en fait, un beau bureau n’est pas essentiel, mais c’est tout de même un signe extérieur de pouvoir."

Plusieurs facteurs peuvent expliquer les inégalités salariales révélées par le rapport. Ces différences de salaires dépendent fortement de la position des hommes et des femmes sur le marché du travail. Premier facteur : le temps partiel qui rémunère moins bien. Plus de quatre cinquièmes des travailleurs à temps partiel sont des femmes.

Deuxième élément : l’âge. Le rapport révèle que le salaire augmente, assez naturellement, avec l’âge. L’écart salarial entre hommes et femmes pour les moins de 25 ans est relativement élevé (11 %). A partir de 25 ans, le salaire augmente plus rapidement pour les hommes que pour les femmes. L’écart salarial est de 5 % pour les 25-29 ans, 8 % pour les 30-44 ans, 11 % pour les 45-54 ans et 19 % pour les 55-64 ans. "Cette augmentation de l’écart des salaires peut s’expliquer par une construction différente de la carrière. En effet, les femmes interrompent plus souvent leur carrière, semblent entrer moins facilement en ligne de compte pour les promotions, et leur opportunité de suivre des formations est généralement plus limitée", notent les responsables du rapport.

Troisième indicateur : le niveau de formation. Assez logiquement, plus le diplôme est élevé, plus le salaire l’est. Mais l’écart salarial entre hommes et femmes est aussi plus élevé chez les travailleurs les plus diplômés : il est de 21 %.

Un autre indicateur mis en avant par le rapport est la ségrégation sur le marché du travail. "L’inégalité de salaire est souvent une question d’inégalité de travail : dans certains secteurs, on paye des salaires plus élevés que dans d’autres, certaines professions payent plus, le personnel dirigeant gagne plus que le personnel exécutif, et, de façon générale, les salaires sont plus hauts dans les entreprises de plus grande taille", notent les responsables du rapport. "Les femmes sont souvent surreprésentées là où il y a le moins à gagner. Ce n’est pas le fruit du hasard, mais bien un développement historique."

L’état civil, la composition du ménage ou encore la nationalité sont aussi à prendre en compte. Les femmes mariées gagnent en général plus que les célibataires (pour une question d’âge peut-être), tandis que les salaires les plus bas en Belgique sont ceux des travailleuses originaires du Maghreb.

"Mais tous ces éléments ne suffisent pas à expliquer les inégalités", constate Françoise Goffinet. "De plus, s’ils expliquent l’écart salarial, ils ne le légitiment pas pour autant." A côté de l’explicable, il y a l’inexplicable : une femme qui a le même diplôme, la même ancienneté, le même âge et la même profession dans le même secteur, gagnera moins qu’un homme. En fait, ce sont 52 % de la différence qui ne peuvent pas être expliqués, révèle l’étude.

"L’écart diminue, mais vraiment très lentement. Il faut s’attaquer à tellement d’éléments à la fois", constate Françoise Goffinet. "Les femmes ont tendance à moins bien se vendre, mais elles doivent aussi faire face à des préjugés persistants : une femme attache plus d’importance qu’un homme à ses enfants et, donc, moins à sa carrière."