Entreprise

Après un temps de réflexion, bien court, le consortium bancaire composé de Royal Bank of Scotland (RBS), Santander et Fortis, a décidé de reprendre l'initiative dans le dossier de l'acquisition du groupe financier néerlandais ABN Amro. Une surprise qui n'en est pas une si l'on en croit les estimations formulées lundi déjà par les analystes. Ces derniers estimaient en effet à ce moment que le consortium, étonné par l'annonce d'un accord intervenu entre ABN Amro et la banque britannique Barclays, ne tarderait pas à réagir.

Hier donc, l'annonce émise par le consortium a avant tout suscité des questions d'ordre technique sur le contenu de l'offre et sa forme. Dans son communiqué, le consortium assure avoir eu la possibilité de revoir sa position et d'examiner de près l'offre de Barclays ainsi que la vente prévue de la Banque LaSalle à la Bank of America. On se souviendra que l'essentiel de la surprise liée à l'annonce de lundi résidait dans cette cession susceptible de faire renoncer le consortium RBS essentiellement intéressé par ce morceau de choix. Et il semble clair que le maintien de cette part d'ABN conditionne l'offre indicative formulée hier par le consortium, à savoir 39 € par action sous forme de 70 pc en numéraire et le solde en actions RBS, sans oublier le dernier dividende prévu par ABN Amro. Ceci valorisant l'offre du consortium 13 pc au-dessus de l'offre initiale de Barclays, soit à 72,1 milliards d'euros. Comme il y est tenu, le management d'ABN Amro devra étudier cette proposition, et il rencontrera les représentants du consortium mercredi prochain à Amsterdam.

Emploi oublié ?

Bien entendu, le consortium dirigé par RBS ne passera pas à l'acte officiellement sans avoir eu l'occasion de jeter un coup d'oeil sur les livres de comptes de la banque néerlandaise durant la procédure dite de "due diligence". Mais dans l'attente, sa surenchère semble des plus crédibles aux yeux des opérateurs. En Bourse, le cours d'ABN Amro a en effet immédiatement reflété l'intérêt réitéré du consortium. C'est que, aux yeux des investisseurs et des actionnaires, la surenchère est mathématiquement plus intéressante. En outre, elle est susceptible de pousser le premier offrant à faire, lui aussi, preuve d'un peu plus de générosité... On aura sans doute une idée plus précise du point de vue des petits porteurs (et de quelques gros) sur cette question ce jeudi au terme de l'assemblée des actionnaires. Il faut dire que, jusqu'ici, c'est avant tout le management de la banque qui a pris les décisions en faveur du rapprochement avec Barclays. "Pour ou contre la scission des activités de la banque ? C'est une question essentielle aussi", explique l'analyste Ivan Lathouders (Degroof). Ici en tout cas, les choses sont claires : le groupe britannique veut procéder à une intégration du groupe néerlandais. Le consortium va naturellement dans le sens d'un démantèlement du groupe actuel. Il apporte en appui à sa proposition sa compétence pour l'intégration des différentes unités composant ABN Amro, alors que Barclays risque fort de se trouver devant une tâche énorme.

Reste un volet, celui de l'emploi dont les opposants en lice font finalement peu de cas. On parlait pourtant de 12 700 personnes concernées par le risque des destructions d'emplois dans l'offre de Barclays, sans oublier quelque 11 000 externalisations. Chez Fortis, on estime qu'il est trop tôt pour évoquer ce principe.