Entreprise

A l'heure où des voix s'élèvent pour réclamer une enquête parlementaire sur l'aventure d'ABX, du nom de cette ex-filiale de la SNCB qui a coûté environ 1,5 milliard d'euros aux contribuables belges, voilà une information qui donne un nouvel éclairage sur le dossier. Selon nos informations obtenues à bonnes sources, les engagements financiers pris par l'entreprise ferroviaire à l'égard de 3i (le fonds d'investissement britannique qui a racheté ABX Logistics Worldwide en août 2006) sont revus à la hausse. La SNCB qui avait évalué les litiges à environ 20 millions d'euros les a finalement majorés de 20 millions d'euros supplémentaires, ce qui porte le total des litiges à près de 40 millions.

La nouvelle donne risque d'augmenter davantage l'ardoise finale de la SNCB. Selon des chiffres dont nous avons eu connaissance, les contributions du vendeur SNCB (dettes, pertes, etc.) dans le cadre de la cession d'ABX à 3i s'élèvent à 90 millions d'euros, calculées sur une estimation totale des dettes à environ 246 millions d'euros. Les engagements pour l'après-cession s'élevaient à 40 millions, mais ce sont eux qui viennent d'être augmentés de 20 millions d'euros supplémentaires. Par ailleurs, la SNCB a dû rattraper une opération immobilière en Allemagne (pour la filiale d'ABX Outre-Rhin) en rachetant des halls qu'elle occupait pour un montant d'environ 41 millions d'euros. En définitive, le total des engagements s'élève aujourd'hui à environ 191 millions d'euros (90 millions pour les contributions du vendeur + 60 millions pour les engagements d'après-cession + 41 millions pour l'opération immobilière en Allemagne).

Différence d'interprétation

De ce montant final, il faut déduire les 10 millions d'euros déboursés par 3i pour racheter les actions d'ABX. L'entreprise ferroviaire a aussi revendu les halls rachetés en Allemagne, mais le montant de l'opération n'est pas encore totalement connu.

Parallèlement à une facture qui risque d'être plus salée et qui est susceptible d'alimenter davantage la polémique, la SNCB et 3i ont aujourd'hui du mal à accorder leurs violons sur un litige portant sur une location de bâtiment aux Pays-Bas. L'entreprise ferroviaire y aurait pris des garanties contractuelles pour 20 ans au nom de la division hollandaise de son ex-filiale. Entre-temps, les dirigeants ont demandé à ABX d'aller casser le contrat de bail, ce que les dirigeants de l'opérateur logistique ont essayé de faire tant bien que mal. Aujourd'hui, la SNCB estimerait que la pénalité payée est trop importante. Ce que conteste 3i. D'où la procédure d'arbitrage engagée par les deux partenaires pour trouver une solution.

Critique en interne à la SNCB

Il semble aussi que des critiques fusent en interne à la holding SNCB pour fustiger aujourd'hui la façon dont le directeur financier a mené les discussions sur les engagements financiers avec 3i. "Tout ce déballage dans le dossier risque de nuire à l'image d'ABX Logistics Worldwide qui n'a plus rien à voir avec la gestion du passé. Le groupe est aujourd'hui un opérateur de confiance avec des résultats encourageants et des projets d'investissements" , analyse un observateur proche du dossier.

D'après lui, à l'heure où des candidats s'intéressent de près à la société, ces nouveaux éléments pourraient être utilisés contre ABX dans le cadre d'un éventuel rachat.

Pour rappel, le groupe de logistique et de transport (8 000 travailleurs, 2,5 milliards de chiffre d'affaires) est aujourd'hui évalué à près de 600 millions d'euros et suscite l'intérêt de nombreux acteurs : Geodis (filiale de la SNCF), Kühne Nagel, etc.