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C’est une histoire de bandes qui depuis neuf ans empoisonne les relations entre un géant allemand et une petite entreprise belge et qui a connu ce mercredi enfin un dénouement judiciaire définitif. A ma gauche: Adidas, équipementier sportif de premier plan au niveau mondial, dont la marque sera visible sur les maillots de plusieurs équipes pendant le prochain Mondial en Russie et qui pèse plus de 20 milliards d’euros de chiffres d’affaires. A ma droite: Shoe Branding Europe, une marque belge de chaussaures nettement plus modeste.

Entre les deux, une bataille judiciaire donc autour d’une histoire de bandes. Rétroactes. En 2009, d’abord, en 2011 ensuite, Shoe Branding Europe souhaite lancer deux marques, l’une pour des articles de chaussures, l’autre pour des chaussures de sécurité et de protection. Des chaussures dont le design s’appuie sur deux bandes parallèles. Tiens, tiens... Evidemment, cela vous dit quelque chose puisque le légendaire “look” de la marque Adidas se base, lui, sur... trois bandes parallèles. Autant dire que le sang du géant allemand n’a fait qu’un tour et qu’il s’est opposé, dès le départ, à la sortie de ces modèles made in Belgium à deux bandes. Argument avancé par la multinationale allemande: la trop grande similitude dans le design des deux entreprises rivales avec un risque de confusion pour les consommateurs.

Et dans ce combat de David contre Goliath, c’est le plus puissant - qui a fait prévaloir l’antériorité de la marque aux trois bandes - qui vient de l’emporter. Définitivement. Le Tribunal de l’Union européenne a rendu mercredi un arrêt clair : Adidas peut s’opposer à l’enregistrement comme marque de l’Union européenne de deux bandes parallèles sur des chaussures.

C’est en réalité l’épilogue d’un bras de fer judiciaire européen qui avait déjà été marqué par de précédentes victoires de l’équipementier allemand. Adidas s’est opposé, en effet, dès le départ à la demande d’enregistrement des marques par Shoe Branding Europe auprès de l’EUIPO (NdlR: Union européenne pour la propriété intellectuelle). Et obtiendra gain de cause: l’EUIPO refusa en 2015 et 2016 l’enregistrement des marques de la société belge. Mais Shoe Branding Europe décida alors de saisir le Tribunal de l’Union européenne, notamment compétent en matière de litiges entre marques. Un Tribunal qui vient donc de trancher et de confirmer les décisions de l’EUIPO. Selon le Tribunal, “l’EUIPO n’a pas commis d’erreur d’appréciation en estimant notamment qu’il était probable que l’usage des marques demandées tire indûment profit de la renommée de la marque d’Adidas et que Shoe Branding Europe n’avait pas démontré l’existence d’un juste motif pour l’usage des marques demandées”.

La messe est donc dite. Définitivement cette fois.