«Agoria a permis de limiter les dégâts»

PIERRE LOPPE Publié le - Mis à jour le

Entreprise

ENTRETIEN

Agoria, la fédération multisectorielle de l'industrie technologique, fête ses soixante ans ce 3 mai. L'ex-Fabrimetal - contraction de fabrication et de métal - a vu le jour en 1946, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Baptisée Agoria depuis le début du troisième millénaire, elle est l'une des fédérations patronales les plus fortes et les plus puissantes du pays. Philippe De Buck, qui y a travaillé pendant trente ans et l'a dirigée jusqu'en 2001 avant de devenir patron de l'Unice (fédération du patronat européen), évoque son passé et ses projets d'avenir.

Que représente pour vous cet anniversaire?

Depuis que je suis arrivé à la fédération, tout a changé sur le plan économique. La crise pétrolière de 1975 a bouleversé le monde, l'Europe et bien entendu la Belgique. On a vécu une concurrence plus forte, une restructuration permanente. Après un bouleversement technologique qui a tout révolutionné, le marché est devenu de plus en plus global. Au coeur du marché européen, le secteur a toujours bénéficié des élargissements successifs et de la croissance des partenaires. L'ouverture des marchés publics a complètement transformé les relations des entreprises vis-à-vis des grands donneurs d'ordres publics. Les chefs d'entreprises, avec force, se sont adaptés tant bien que mal à ces grands changements.

L'ex-Fabrimetal a stigmatisé en son temps le «mal belge»...

De fait, nous avons connu une période où la politique était très mauvaise. Le «mal belge» et le «drame belge», dénoncés par Jacques De Staercke, ont été des moments très forts qui ont conduit la Belgique à dévaluer le franc en février 1982. En cinq à six ans, au lendemain de la crise pétrolière, on avait causé un dommage qui a nécessité quinze à vingt années de rétablissement. C'est l'indicateur de ce qu'il ne faut pas faire. C'est aussi une leçon. Nous avons par ailleurs souffert d'une complète incompréhension syndicale par le maintien de l'indexation et le refus de négocier des accords. Les 36 heures en région liégeoise ont causé pas mal de dégâts. A partir de 1986-1987, des accords sociaux laborieux ont permis de limiter les dommages. Mon compère de toujours, Paul Soete, a eu la créativité et le sang-froid nécessaires pour aboutir à des accords et innover, notamment dans l'indexation et la formation. Fabrimetal et Agoria ont eu beaucoup d'ambitions; la fédération technologique en a toujours autant aujourd'hui. Son potentiel est énorme. Proche des problèmes, très active, elle est en contact direct avec les entreprises et les décideurs.

L'indexation et la compétitivité restent des sujets d'actualité...

On en parlait déjà il y a trente ans, ce qui nous a été reproché. Ces sujets restent d'autant plus d'actualité que la Belgique est totalement dépendante de son environnement.

Agoria est réputée pour ses positions dures. Un bien?

Nous avons toujours veillé à avoir des affirmations claires et fortes. Avec l'appui de nos membres, nous avons contribué à trouver des solutions et abouti à des accords, les uns meilleurs que les autres. Nous aurions pu mieux faire si nous avions eu, dans le camp syndical et au gouvernement, des interlocuteurs plus ouverts aux problèmes des entreprises et plus conscients des problèmes de compétitivité.

Les défis futurs d'Agoria?

Le futur de toute industrie, c'est de continuer à se préparer à la globalisation. Dans tous les domaines de la vie de l'entreprise, tout ira toujours plus vite. La vie d'un produit se calcule en nombre de mois et le nombre des concurrents forts, puissants, rapides et souvent moins chers, augmente sans cesse.

© La Libre Belgique 2006

PIERRE LOPPE

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