Entreprise Albert Christmann, nouveau patron, extérieur à la famille, rompt avec la tradition de l’entreprise. Qui a vendu sa filiale maritime à Maersk. Portrait.

On l’a choisi, parce qu’il échappe aux dissensions entre les différents membres de la famille. "Il joue au médiateur", a titré le "Handelsblatt" après sa nomination à la mi-décembre. Après plus de 70 ans, il est le premier manager externe appelé à diriger la société.

Cette année, Albert Christmann remplace donc Richard Oetker, atteint par la limite d’âge de 65 ans, à la tête du groupe et de la division alimentaire, fer de lance de l’entreprise avec ses pizzas, puddings, arômes, bières, vins mousseux, spiritueux, etc. Même s’il ne fait pas partie de la famille, Albert Christmann, qui a été directeur financier depuis 2014, en partage les vertus. La discrétion prime dans l’entreprise fondée en 1891.

Oetker, c’est de la noblesse industrielle comme les Krupp ou Thyssen. En juin dernier, quand le directeur financier avait dû tenir la conférence de presse annuelle, parce que Richard Oetker était tombé devant sa villa, les journalistes avaient voulu savoir s’il serait le futur chef. Il avait répliqué avec un petit sourire : "Je n’ai pas posé ma candidature, j’aime mon poste de directeur financier."

La famille l’a désigné, parce qu’elle n’a pas réussi à choisir un de ses membres. Les huit enfants de Rudolf-August Oetker, issus de trois mariages, ne s’entendent pas. Le dernier manager extérieur à la famille avait été Richard Kaselowsky; il avait dirigé le groupe pendant la minorité de Rudolf-August de 1921 à 1944, jusqu’à sa mort dans un bombardement allié. Les deux ont été de fervents nazis. Oetker a chargé des historiens indépendants de faire la lumière sur ce passé obscur.

Albert Christmann assure la relève au bon moment : début décembre, le groupe a cédé au danois Maersk sa filiale maritime Hamburg Süd fortement déficitaire. En 2012 déjà, August Oetker, qui avait abandonné la direction opérationnelle au profit de son frère Richard pour gérer le "Beirat", le conseil du groupe, avait voulu fusionner Hamburg Süd avec le grand concurrent allemand Hapag Lloyd. Les enfants puînés, issus du troisième mariage, s’y étaient opposés avec succès, mais ils n’avaient pas pu imposer un abandon pur et simple de Hamburg Süd.

Oetker manque de moyens pour rester engagé dans le transport maritime. La vente à Maersk, qui sera effective fin 2017, amputera de moitié le chiffre d’affaires d’Oetker, qui devrait passer de 12 milliards d’euros en 2015 à environ 6 milliards. Le produit de la transaction, Albert Christmann l’investira dans la division alimentaire, exposée à la forte concurrence des géants Nestlé et Unilever. Le groupe des bières Radeberger, en particulier, est un nain par rapport à AB InBev et Heineken.