Alertes au blanchiment: hausse en vue

Patrick Van Campenhout Publié le - Mis à jour le

Entreprise

Lorsqu'un client d'une banque ou d'une société de Bourse ou encore d'un bureau de change veut effectuer une opération importante, il est soumis sans le savoir à une enquête de routine effectuée par l'opérateur financier qui lui fait face dans le cadre de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Certains dossiers sont transmis à la CTIF, la Cellule de traitement de l'information financière. Cette lutte contre le blanchiment d'argent risque de devoir faire face à une hausse considérable du nombre de déclarations de soupçon.

Vigilance constante

C'est encore plus vrai aujourd'hui, alors que les banques commencent à s'équiper d'outils informatiques pour la lutte contre le blanchiment. Il y a quelques années, en effet, la lutte des autorités semblait malaisée compte tenu de la facilité d'opérer des transactions par voie électronique. En quelques secondes, une somme d'argent peut faire dix fois le tour du monde des banques, et noyer ainsi les recherches d'un éventuel enquêteur. Ce n'est pas le cas, si c'est un outil informatique qui traque les opérations douteuses. «Mais le problème réside alors dans la multiplication des alertes», nous explique Alain Georgy, un des responsables du groupe français Alti qui commercialise un logiciel spécialisé dans ce créneau. En Belgique, compte tenu du nombre de banques équipées d'un tel logiciel, quel pourrait être le nombre des alertes transmises à la CTIF? «A la grosse louche, on devrait atteindre les 20000 alertes en 2004, alors qu'en 2001 ce nombre tournait autour des 10000 cas.» Le nombre de ces alertes devrait par ailleurs aller croissant en raison de l'équipement des banques dans les années à venir? «C'est difficile à dire, mais on peut l'imaginer. Ce qui est plus sûr, c'est que les candidats-blanchisseurs utilisant le système financier belge pour leurs opérations illicites n'en ont plus pour longtemps. Dans deux ou trois ans, ils auront disparu de la place.»

Et à la CTIF, que pense-t-on de la perspective de voir affluer les déclarations de soupçons? «Il y a aujourd'hui une trentaine de personnes actives dans la Cellule. On peut y compter en gros et à des niveaux divers, vingt qui traitent effectivement des dossiers opérationnels», nous dit-on à la Cellule. Seraient-elles capables de faire face à une augmentation importante du nombre de déclarations de soupçon? «Ce ne serait pas évident», estime notre interlocuteur. Mais on n'en est pas là à l'heure actuelle. Il faut aussi tenir compte, en effet, du rôle important que doit jouer au sein de l'organisme financier, le responsable anti-blanchiment qui devra gérer le système d'alerte informatique.

Au milieu de l'année passée, la CTIF avait reçu en douze mois quelque 1300 déclarations, et transmis au parquet un millier de dossiers portant sur un montant de 1,87 milliard d'euros.

Cela étant, la Cellule se prépare à étoffer son cadre dans le cas d'un accroissement important de dossiers. Dans ce cas, le surcoût relatif de l'opération serait imputé aux déclarants, la CTIF étant financée par les acteurs financiers. La réflexion est en cours au sein de la Cellule sur ce thème, en étroite liaison avec le secteur financier.

Pour quelles raisons fondamentales les banques ressentent-elles le besoin de s'équiper en matériel de détection du blanchiment? Parce que la loi sur le blanchiment a été renforcée en janvier de cette année et exige une vigilance constante. Ce problème se pose en parallèle avec le lancement de l'opération d'amnistie fiscale (DLU ou Déclaration libératoire unique). Et puis, il faut aussi tenir compte d'un arrêt de la Cour de Cassation du mois d'octobre dernier qui accroît, selon certains observateurs, la responsabilité des opérateurs financiers dans les affaires de blanchiment.

© La Libre Belgique 2004

Patrick Van Campenhout

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