Entreprise

A proximité du collège Saint-Michel, dans un quartier chic limité entre autres par la rue de Castro et l'avenue Jules-César, se trouve le petit château de la célèbre famille Anspach.

La construction de cette charmante maison remonte, semble-t-il, aux années 1870. L'architecte n'est malheureusement pas connu. La demeure avait été inscrite dans un beau parc, plusieurs fois augmenté durant le XIXe siècle finissant, avant de se voir décousu pour des promotions immobilières suscitées par le percement de diverses artères.

Nous sommes sur l'avenue Edmond-Mesens, évocatrice d'un ancien mayeur, en poste de 1884 à 1896. Cette voie fut percée en 1924. Eugène Anspach (1833-1890) était le gouverneur de la Banque nationale de 1888 à son décès. Il était le frère du bourgmestre de Bruxelles, Jules-Victor Anspach (1829-1879). Financier, docteur en droit, il était comme son père et son frère, un libéral convaincu.

18 hectares

Eugène Anspach était donc à la campagne quand il venait, ici, respirer le bon air, loin des effluves d'une Senne qui allait être bientôt couverte sur ordre de son frère. Le volume du «Patrimoine monumental de la Belgique» consacré à Etterbeek (1997) signale que dès 1867, Eugène et son épouse Adèle Deswert procédèrent à des achats multiples de terrains, auprès de particuliers et des «Hospices et Secours de la ville de Bruxelles». Leurs acquisitions montèrent jusqu'à dix-huit hectares. L'entrée du domaine se situait avenue de la Barrière, n°278. La maison était ceinturée de prés et de bois qui descendaient vers le Chant d'Oiseaux.

Le couple donna à sa résidence le nom de «Pavillon de Linthout». Ils firent construire, comme de coutume, des dépendances, des écuries et une métairie. Ces bâtiments existent encore en partie, intégrés dans les édifices scolaires. Eugène décéda en décembre 1890.

En 1900, les trois fils du couple prirent en charge la gestion du bien, créèrent en 1908 une société immobilière et commencèrent assez vite à dépecer les hectares pour les raisons évoquées plus haut. La demeure restera aux mains des Anspach jusqu'à la vente de ce qui restait à l'Etat, en 1948. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le château avait été occupé par la Luftwaffe.

Dès la vente à l'Etat, ce dernier y fit installer une école. A partir de 1952 et jusqu'en 1972, le parc subsistant va, à son tour, être sinon morcelé du moins bâti avec des pavillons de qualité très inégale.

Le château -ou villa, comme on qualifiait ce type de demeure jadis- se limite à deux niveaux posés sur de hautes caves dont le parement est de pierre bleue. Les quatre façades sont enduites et se développent sur seize travées. La façade d'accès, située à l'ouest, longue de sept travées, est précédée d'un escalier droit. Il aboutit à un avant-corps à trois pans.

Dernier témoin

Les niveaux sont séparés par des bandeaux larmiers dont l'écartement crée une frise longitudinale. Les baies sont décorées de montants plats en pierre bleue. Les toitures, mansardées, accueillent trois oculis en plomb et des lucarnes à ailerons sous fronton. Enfin, les arêtes des façades en pierre bleue sont chaînées et harpées. Les menuiseries des baies ont été renouvelées. De l'intérieur «ancien», il ne reste quasiment rien.

Ce château est le seul subsistant dans la commune. Il n'y en eut jamais beaucoup; les sources évoquent le château du sieur Hosnaegel. Au XVIe siècle, il était installé en face du parc Félix-Hap sur la chaussée d'Auderghem.

Visites extérieures possibles.

© La Libre Belgique 2006