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Trois grands patrons ont publié mercredi dans Le Soir et De Standaard une carte blanche appelant les autorités politiques à "relancer ce pays qui laisse l'impression de ne plus fonctionner".

Pour Bernard Delvaux (patron de la Sonaca), Johnny Thijs (ex-CEO de La Poste) et Baudouin Meunier (administrateur délégué des Cliniques universitaires UCL Mont-Godinne), "la complication et l'irrationalité de notre structure politique" expliquent en partie ce délitement, de même que "la difficulté apparente de lancer et de réussir un projet d'envergure dans la sphère publique".

Et d'énumérer les tunnels de Bruxelles, le piétonnier de la capitale, les retards et surcoûts du RER, le redémarrage de l'aéroport de Bruxelles-National (Zaventem), la multiplicité et la mauvaise coordination des services de renseignements, l'incurie de la politique énergétique, l'absence de politique de mobilité, la crise des prisons.

Le trio propose de lancer cinq projets prioritaires, menés par des équipes d'experts. Ces projets concernent la sécurité et la lutte contre le terrorisme et le radicalisme, l'amélioration de la mobilité et son impact sur l'environnement, la stratégie énergétique, le vieillissement de la population et la compétitivité des entreprises soumises à la concurrence internationale.

Si ces projets doivent faire l'objet d'une concertation dans laquelle chaque parti démocratique et les partenaires sociaux doivent pouvoir trouver leur place, "l'initiative devrait logiquement en revenir à l'État fédéral, et, donc, au Premier ministre".


"Il y a une différence entre la gestion d'une entreprise et la politique"

"Il y a une différence entre la gestion d'une entreprise et la politique", a déclaré Kris Peeters, ministre fédéral de l'Emploi lors d'un débat sur le futur du monde du travail, organisé par Agoria mercredi à Bruxelles. Il réagit ainsi à une carte blanche de trois patrons belges, qui appellent les autorités politiques à "relancer ce pays qui laisse l'impression de ne plus fonctionner". "Ils imaginent mettre tous les responsables de tous les niveaux de pouvoir dans cinq groupes de travail. Cela part d'une bonne intention, mais ce n'est pas possible en réalité", a commenté M. Peeters. "La politique est parfois plus complexe."

Pour lui, parler d'un "État failli" relève du masochisme. "Il faut être fiers de ce qui est accompli en Belgique."

Le ministre-président de la Wallonie, Paul Magnette, également présent au débat, a dit "partager en partie" l'avis des patrons, diffusé dans Le Soir et De Standaard mercredi. "Je suis pour davantage de coordination entre les entités fédérées. Nous y étions arrivés en 2009-2010 avec le plan interfédéral pour l'emploi."

Le ministre-président wallon plaide pour des projets similaires aujourd'hui, car la Belgique n'est "pas efficace" dans l'état actuel des choses.

"Dans certains domaines, cela ne se passe pas mal", a nuancé Marie-Martine Schyns, ministre de l'Éducation à la Fédération Wallonie-Bruxelles, citant le taux de TVA réduit à 6% pour les bâtiments scolaires, élaboré en concertation avec les différents acteurs, selon elle.


Olivier Chastel: la Belgique de demain passe par un comité de concertation efficace

Le président du MR Olivier Chastel est monté au créneau mercredi pour rappeler, à ceux qui demandent au Premier ministre Charles Michel de jouer un rôle plus large dans la construction de la Belgique de demain, que cette construction ne peut se faire que si le Comité de concertation fonctionne efficacement. Face aux critiques intérieures ou de l'étranger qui touchent la Belgique depuis plusieurs mois, "peu importe le niveau de pouvoir compétent", d'autant qu'en Belgique le gouvernement fédéral n'a pas autorité sur les autres niveaux de pouvoir. "L'opposition et les gouvernements régionaux n'auraient d'ailleurs pas manqué de réagir vivement si le Premier ministre était sorti de son rôle", souligne le président du MR dans un communiqué.

Mercredi, trois grands patrons ont publié une carte blanche pour réclamer du Premier ministre un rôle plus large pour relancer la Belgique, au-delà des niveaux de pouvoir. Plusieurs partis francophones d'opposition ont saisi la balle au bond, dénonçant un manque de leadership du chef de l'exécutif fédéral.

"Mais dans la Belgique fédérale, c'est le comité de concertation qui est le lieu de rencontre des différents gouvernements (...) C'est là qu'ils peuvent se parler et avancer ensemble pour construire la Belgique de demain. Dans l'intérêt de tous, ce comité de concertation doit fonctionner efficacement", a répondu le président des réformateurs.

Cet organe de rencontres mensuelles entre le gouvernement fédéral et les gouvernements des entités fédérées doit permettre, aux yeux de M. Chastel, d'"avancer avec enthousiasme sur les dossiers majeurs pour notre pays que sont la sécurité, le socio-économique, l'énergie ou la mobilité. Chacun, à son niveau de pouvoir, doit ensuite mettre en œuvre les décisions prises, avec le bien de la population comme seul objectif".


Le cdH et Ecolo-Groen pour, Marcourt nuancé

L'appel au Premier ministre Charles Michel de trois grands patrons pour relancer la Belgique a été accueilli avec ferveur par deux partis francophones d'opposition au niveau fédéral, le cdH et Ecolo, tandis que le ministre wallon de l'Economie Jean-Claude Marcourt (PS) y voyait moins un défaut de structure que de personnalité.

"Le cdH est 100% partant pour dépasser séance tenante les clivages majorité/opposition, fédéral/entités fédérées sur des sujets aussi importants que l'énergie, la mobilité, la sécurité, le vieillissement ou la compétitivité", a indiqué le parti centriste dans un communiqué. "La Belgique a de toute urgence besoin de renouer avec une gouvernance d'unité nationale, qui soit source de fierté pour l'ensemble des habitants du Royaume", ajoute le parti de Benoît Lutgen.

Interrogée par lesoir.be, la co-présidente d'Ecolo Zakia Khattabi répond "trois fois oui" à la carte blanche du trio patronal. "Ce qu'ils proposent est très mobilisateur. Nous leur avons d'ailleurs envoyé une invitation pour venir discuter avec notre bureau politique". A ses yeux, "il est temps que le Premier ministre sorte du bois", via le comité de concertation.

C'est précisément le blocage de cet organe que le ministre wallon de l'Economie Jean-Claude Marcourt (PS) a pointé du doigt lui aussi. Interrogé sur La Première (RTBF), il juge toutefois que le problème ne réside pas tant dans la complexité des structures institutionnelles que dans les personnes. "Quand le gouvernement fédéral s'est installé, il a dit 'priorité au socio-économique', or ce sont des capitaines d'industrie qui disent que le système ne va plus". Et de pointer du doigt le leadership du Premier ministre.

En Flandre, Groen a lui aussi jugé que le chef de l'exécutif fédéral manquait de leadership. "La Belgique n'est pas un Etat en faillite, mais beaucoup de choses ne vont pas bien aujourd'hui", selon le député Kristof Calvo. A ses yeux, les cinq priorités avancées par le trio patronal "sont les bonnes".


"Une initiative admirable", selon Marc du Bois, CEO de Spadel

"Il est admirable qu'un groupe de réflexion se penche sur la manière de relancer la Belgique", a affirmé mercredi Marc du Bois, administrateur délégué de Spadel. Il réagit ainsi à la carte blanche de trois patrons belges dont Johnny Thijs, président du conseil d'administration de Spadel. Bernard Delvaux (patron de la Sonaca), Johnny Thijs (ex-CEO de La Poste) et Baudouin Meunier (administrateur délégué des Cliniques universitaires UCL Mont-Godinne) ont appelé mercredi dans la presse les autorités politiques à "relancer ce pays qui laisse l'impression de ne plus fonctionner".

"Quand vous aimez votre pays et que vous avec des responsabilités économiques, vous êtes interpellés par ce qu'on entend", a commenté Marc du Bois. "La mobilité, la sécurité, la police, les grèves, la situation dans les prisons... Est-ce que je suis dans un pays du tiers monde ou bien dans la capitale de l'Europe? "

De plus en plus d'entreprises prennent un rôle de leader, estime-t-il. "On attend du politique qu'il prenne la main, mais il faut que le monde de l'entreprise et le monde politique se rapprochent."

L'enjeu, pour Marc du Bois, est de rendre à la Belgique son attractivité et son rayonnement, au-delà des clivages.