Entreprise

L'annonce d'un éventuel déménagement du siège social d'Interbrew (LLB du 2/4) dans un pays où le régime fiscal est plus favorable a relancé le débat sur la fiscalité des entreprises en Belgique. C'est le moins que l'on puisse dire. D'autant que cette annonce intervient quelques jours après la décision de Solvay - un autre fleuron de l'économie belge - de loger sa division pharmaceutique dans une société, installée à Luxembourg.

La Belgique aurait-elle perdu de son attractivité alors que les gouvernements Verhofstadt I et II ont fait de la réforme de l'impôt des sociétés l'une de leurs priorités? «Sur le plan international, la réputation de la Belgique sur le plan fiscal n'est pas des meilleures», souligne Tony Vandeputte, l'administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Ce dernier reconnaît que le gouvernement a fait des efforts pour alléger l'impôt des sociétés (celui-ci a été réduit de quelque 40 à 34pc) mais, ajoute-t-il, la base taxable a été élargie (les pouvoirs locaux et régionaux ont augmenté leur taxation). A la veille des élections régionales, la FEB plaide d'ailleurs pour la conclusion d'un pacte fiscal entre les Régions et le gouvernement fédéral «afin que la taxation ne dépasse pas un certain seuil». Tony Vandeputte estime, par ailleurs, que les incertitudes concernant l'avenir après 2005 des centres de coordination des multinationales (NdlR: le régime fiscal dont ils bénéficient est condamné par l'Europe) sont de nature à inciter les entreprises à s'interroger sur la localisation future de ces centres de coordination. D'après lui, d'autres entreprises qu'Interbrew envisagent de délocaliser leur centre de coordination en dehors de nos frontières. Quelles sont-elles? M.Vandeputte n'a pas voulu citer de nom.

Parmi les multinationales que nous avons interrogées, aucune d'entre elles ne nous a déclaré envisager un scénario similaire à celui d'Interbrew, mais la vigilance est plus que de mise.

UCB, Bekaert, Delhaize...

«C'est quelque chose qui n'est pas à l'ordre du jour chez UCB», nous a précisé Georges Jacobs, le président du comité de direction du groupe pharmaceutique et chimique. «Mais c'est sûr, reconnaît-il, une annonce comme celle d'Interbrew interpelle. Nous avons toujours regardé comment optimiser notre situation mais nous sommes fidèles à nos racines.» Harmoniser l'impôt des sociétés en Europe résoudrait-elle le problème de la fiscalité en Belgique? «C'est très difficile à réaliser mais je ne désespère pas que l'on y arrive un jour. Dans l'immédiat, il y a une concurrence fiscale entre les Etats. Et les perdants seront les Etats qui tardent à prendre des mesures, c'est le cas de la Belgique même si le gouvernement a fait un pas dans la bonne direction en diminuant le taux d'imposition des sociétés. C'est pourquoi il faut continuer à mettre la pression sur le gouvernement», précise M.Jacobs. Et d'ajouter: «si on devait installer une activité nouvelle, je ne cache pas que l'on se poserait des questions pour savoir quel est le meilleur endroit.»

Chez Bekaert, point de projet de déménagement non plus. «Toute la gestion financière du groupe est coordonnée depuis Courtrai, notre siège social. Nous comptons sur le gouvernement pour qu'il trouve une alternative au régime fiscal des centres de coordinations. Mais si rien n'est fait, on pourrait envisager d'autres solutions», explique la porte-parole du groupe.

Le groupe Delhaize, qui réalise 80pc de ses ventes aux Etats-Unis, n'a pas de plan en ce sens non plus, nous a-t-on confirmé. En revanche, chez Umicore, son patron Thomas Leysen n'a pas souhaité faire de commentaires sur le sujet.

© La Libre Belgique 2004