Entreprise

Après avoir passé une bonne partie de sa carrière dans le secteur des parfums, Olivier Perrard a rejoint le monde de l'édition. Dans ce secteur que l'on dit régulièrement en difficulté à cause du succès d'Internet et de la perte des habitudes de lecture, ce Français a débarqué dans un créneau spécifique : l'édition de bandes dessinées. Et pas n'importe lesquelles puisqu'il s'agit des BD de Dupuis, fleuron de l'école belgo-française qui a acquis ses lettres de noblesse dans les années 60 et capitalise depuis lors sur le succès qui a suivi.

Quand on lui demande s'il n'est pas difficile de passer des "nez", c'est-à-dire des spécialistes qui créent des parfums, aux "gros nez", qualificatif donné aux personnages de bande dessinée humoristique qui font le succès de Dupuis, sa réponse fuse : "Que ce soit dans la création de parfum ou dans la bande dessinée, il y a une partie créative et une partie industrielle. Dans le parfum, les créatifs sont les nez, dans la BD, ce sont les auteurs. En parfumerie, une fois qu'un projet aboutit, il faut livrer des fûts de parfum aux quatre coins de la planète. Il y a également un aspect industriel dans la BD, dont il faut gérer les aspect logistiques."

Olivier Perrard a aussi acquis une compétence dans le domaine des marques (lire ci-contre), ce qui tombe bien : les éditions Dupuis ne vivent que grâce à leurs personnages à succès, qui leur donnent une image de marque particulière. "Dupuis est une marque à lui seul", souligne le jeune patron.

S'il a accepté de rejoindre l'éditeur de BD, devenu filiale du groupe Média-Participations dans la douleur en 2006, c'est aussi par goût du challenge. "Je n'avais jamais rencontré un cas pareil", reconnaît Olivier Perrard. "On ne pouvait pas laisser une telle marque dans cette situation. Je me suis dit qu'il devait vraiment exister là quelque chose de spécial pour qu'elle parvienne à s'en relever." On se souviendra que l'acquisition de Dupuis par Média-Participations avait provoqué une vive réaction du personnel, y compris parmi les auteurs, très inquiets d'une perte d'indépendance et d'autonomie de l'éditeur carolo. La direction de l'époque, hostile à la reprise, avait même été virée.

Olivier Perrard a donc relevé un sacré défi, "après des discussions, une analyse approfondie de la situation et des périodes d'intenses réflexions", parce qu'"il y avait là quelque chose qui se passait". "Si on m'avait proposé ce job sans que rien de tel ne fût arrivé, il n'est pas sûr que je l'aurais accepté", affirme Olivier Perrard. "Gérer le statu quo, ce n'est pas mon truc."

C'est par son réseau de connaissances que le patron de Dupuis a retenu l'attention de son employeur, le groupe Média-Participations détenu par Vincent Montagne. Doté d'une "culture BD standard", selon ses propres termes, il a "totalement découvert le monde de la bande dessinée". Et il l'a trouvé "beaucoup plus riche" qu'il ne le pensait. "Je n'imaginais pas que l'audiovisuel et le multimédia étaient aussi présents parmis les collaborateurs et les auteurs", confie Olivier Perrard.

Il trouve aussi que la culture BD belge est bien plus facile à appréhender que le monde parisien. "L'entourage des auteurs, des collaborateurs de Dupuis, m'est apparu comme un monde très convivial, bien plus que celui des métiers d'où je provenais."

Mais ses métiers précédents lui servent énormément lorsqu'il s'agit de développer de nouveaux projets chez Dupuis. Olivier Perrard est l'instigateur des passeports de marques chez l'éditeur de BD. Grâce à ces petits folders qui définissent les séries Dupuis, les collaborateurs, les auteurs et les tiers peuvent se positionner. "Ces passeports permettent de dire ce que Dupuis ou un de ses personnage de BD est et ce qu'il n'est pas", explique Olivier Perrard. C'est important pour conserver une ligne de conduite cohérente dans les projets marketing, les produits dérivés, etc.

Le patron de Dupuis reconnaît avoir aussi dû renoncer à un certain nombre de projets, de titres, de collections. Mais c'était nécessaire et cela semble fonctionner puisque Dupuis redevient rentable (lire nos informations dans "La Libre Belgique" de ce samedi). Olivier Perrard semble avoir eu le (gros) nez fin !

© La Libre Belgique 2009