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Au XIXe siècle, Mittal aurait servi de modèle capitaliste à Karl Marx. A lui tout seul, il mérite une révolution. Arcelor et Mittal, c’est comme la peste et le choléra. Nous, on a les deux." Francis Gomez, le leader des métallos liégeois de la FGTB, n’a pas été avare de références au temps des luttes ouvrières héroïques quand il s’est adressé, mercredi, aux quelque 8 000 à 10 000 manifestants rassemblés à Seraing, symboliquement autour de la statue de John Cockerill, le père de la métallurgie liégeoise.

Mais plus que ces propos enflammés, où l’homme d’affaires indien a aussi été qualifié de "poison public" qui "ne pense qu’au fric", c’est le calme et la dignité de ce rassemblement qui auront frappé les observateurs. Les consignes syndicales étaient, il est vrai, catégoriques : il ne fallait pas, par des dérapages, compromettre l’élan de solidarité quasi unanime qui s’est exprimé dans le pays de Liège depuis l’annonce, il y a deux semaines, de la fermeture de la phase à chaud.

Les commerçants, qui avaient en grand nombre apposé les affichettes distribuées par les services communaux - "Nous sommes tous des enfants de Cockerill !" - n’en cachaient pas moins leurs appréhensions devant les risques de débordements. Ce ne sont pas les précédents qui manquent Mais en fin d’après-midi, aucun incident grave n’avait été signalé. "Un travail avait été réalisé en amont avec les organisations syndicales et nous nous sommes entendus sur le fait qu’il devait s’agir d’une manifestation de sensibilisation, précise Yves Hendrix, chef de corps de la zone de Police Seraing-Neupré. Une manifestation qui s’est très bien déroulée. C’est une belle réussite "

Trois cortèges ont convergé vers la place de l’hôtel de ville, provenant du Centre acier de Flémalle, de l’usine Ferblatil de Tilleur et des hauts-fourneaux d’Ougrée. Des délégations de France, d’Allemagne et du Luxembourg étaient également présentes. Des travailleurs concernés par la sous-traitance ou issus d’autres secteurs économiques, par solidarité, avaient également répondu à l’appel. Ce n’était pas "Seraing ville morte", slogan lancé il y a quelques jours mais vite abandonné : plutôt "Seraing veut vivre", avec la foi du charbonnier dans le maintien des trois piliers sidérurgiques que sont le chaud, le froid et la recherche.

"La sidérurgie est l’épine dorsale de la Belgique tout entière", a lancé depuis la tribune Marc Goblet, président de la FGTB liégeoise, alors que son homologue CSC Pierre Lepine a appelé à "la mobilisation de toutes les forces vives liégeoises et wallonnes". Aucun politique n’a pris la parole. Le député bourgmestre de Seraing, Alain Mathot (PS), est resté silencieux dans la foule. En 2003, lors d’une manifestation similaire qui avait suivi la première annonce par Arcelor de la condamnation du "chaud" liégeois, son père, Guy Mathot, s’était fait copieusement chahuter. L’histoire se répète, mais pas à l’identique.