Entreprise

Lors du conseil d’entreprise extraordinaire qui a finalement pu se tenir vendredi matin, ArcelorMittal a confirmé la fermeture définitive des deux hauts-fourneaux liégeois. Nous avons pu interroger Henri Blaffart, responsable des ressources humaines de la branche "plat carbon" du groupe sidérurgique en Europe. Il s’explique sur cette décision qui implique une perte de 600 emplois directs à Liège.

Que va-t-il advenir des travailleurs des hauts-fourneaux liégeois ?

Nous avons présenté notre projet de fermeture et il va être désormais discuté avec les partenaires sociaux. On va s’expliquer, répondre à leurs questions et travailler avec eux sur l’impact social de cette fermeture. C’est le point le plus fondamental pour nous actuellement : il y a moyen de faire en sorte que cette fermeture ne provoque pas de licenciements secs. Je ne peux pas faire de commentaires à ce stade mais il existe plusieurs dispositifs pour cela.

On a déjà vu la phase à chaud renaître de ses cendres à Liège. Cette fois-ci, est-ce vraiment fini ?

Notre analyse montre que le marché actuel est très difficile et qu’on ne peut pas prédire aujourd’hui combien de temps cela va encore durer. On en a en tout cas pour plusieurs années Par le passé, il est vrai que nous avions mis en place des dispositifs d’arrêt temporaire des hauts-fourneaux. Mais c’était la meilleure façon d’agir à l’époque dans un contexte où la crise était temporaire.

La prochaine étape, c’est la fin de la phase à froid ?

Il y a deux aspects importants par rapport à cela. D’abord, pour assurer la pérennité de la phase à froid liégeoise et pour continuer à diversifier ses activités, on doit agir en améliorant la productivité. C’est la meilleure garantie d’avenir pour un site comme Liège. Les écarts de coûts par rapport aux autres sites d’Europe du Nord sont trop importants et il faut les réduire. Deuxièmement, on a continué à investir dans la phase à froid liégeoise et on continuera à y investir à l’avenir. De 2004 à 2011, nous avons réalisé des investissements de 35 millions d’euros par an, soit 280 millions d’euros sur ces quelques années ! Avec ses produits très techniques et ses processus de production innovants, la phase à froid liégeoise est importante dans l’offre d’ArcelorMittal. Mais la vraie question, c’est bien la compétitivité.

Comment l’améliorer ?

Par exemple, nous avons fait des investissements dans la ligne de galvanisation que l’on a recouverte d’un revêtement organique, ce qui améliore le prix de revient des produits prélaqués. Mais, pour améliorer la compétitivité, il y a aussi la question de l’alimentation de cette phase à froid en demi-produits. Et Liège sera désormais approvisionnée par Dunkerque. La production à Liège coûtait 200 euros/tonne en plus. On a réussi à ramener ce ratio à 50 euros/tonne mais, dans le contexte mondial actuel, c’était malgré tout intenable.

Et les autres sites en Europe ? Plusieurs observateurs craignent que de nouvelles fermetures surviennent.

Pour nous, l’Europe reste un marché très important pour l’acier et notre présence y est très importante. On compte conserver cette présence importante. On ne veut absolument pas abandonner le marché européen mais il va y avoir une phase qui va durer plusieurs années et qui va être difficile avant le retour de la croissance.

Les récentes grèves à Liège et la séquestration de la direction locale d’ArcelorMittal ont-elles précipité la décision de fermeture définitive ?

On ne décide pas d’une mesure comme celle-là en huit jours de temps. Mais disons que ces événements nous ont convaincus qu’un arrêt provisoire des activités n’était pas tenable.

Les syndicats se coordonnent pour une action peut-être dans la phase à froid et peut-être même au niveau européen. Quelle est votre réaction ?

On verra ce que feront les organisations syndicales. Nous souhaitons un dialogue social constructif car la situation du marché est très difficile et les signes pour le quatrième trimestre de cette année sont inquiétants. Si nous ne pouvions pas produire en raison de mouvements sociaux, nos clients, vu le contexte mondial de l’acier, auront beaucoup d’alternatives devant eux pour s’approvisionner ailleurs. Nous ne voulons pas mettre nos clients en difficulté. Surtout quand on sait que la concertation sociale peut prendre du temps.

Et les cadeaux fiscaux dont a bénéficié ArcelorMittal ? On vous reproche de fermer alors que le groupe en Belgique ne paie pas d’impôts…

La Belgique a mis en place des dispositifs fiscaux pour développer son attractivité par rapport aux entreprises et ArcelorMittal n’est pas la seule à en bénéficier. Par ailleurs, notre présence en Belgique est de 11 000 travailleurs : on parle ici d’un impact sur 600 personnes. Ce n’est donc pas le signe que l’on abandonne la Belgique. Notre groupe veut y rester.

Si vous fermez le “chaud” à Liège, il faudra dépolluer. Le coût sera énorme et le gouvernement wallon ne compte pas vous faire de cadeau à ce sujet…

Faisons d’abord avancer le dialogue social et on verra les décisions qui seront réellement prises d’ici là. De toute façon, nous respecterons nos obligations légales en la matière.