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Le malentendu des femmes et de l'informatique

SOLANGE BERGER

Mis en ligne le 07/04/2008

"Les employeurs ont aussi tout à gagner en incorporant des femmes dans leurs équipes, car elles peuvent apporter de nouvelles compétences et de nouveaux regards et offrent une meilleure représentation de leur clientèle", explique Elena Lanzoni.

Seize. C’est le pourcentage de femmes qu’on trouve parmi les spécialistes de l’informatique en Belgique. C’est peu. Et il faut, par ailleurs, faire face à un cercle vicieux : il y a peu de femmes informaticiennes dans les entreprises, mais il y a aussi peu de femmes qui postulent à ces postes. Dans les formations en informatique, on compte seulement 8 à 10 pc de femmes. “Elles se concentrent souvent dans quelques filières de formation”, note Laure Lemaire, directrice d’Interface 3, une association qui, depuis 1988, forme des femmes pour les aider à trouver un emploi. Ainsi, si les filles sont majoritaires à l’université (52 pc en Communauté française), leur répartition est très inégale d’une faculté à l’autre. On les retrouve surtout dans les disciplines humaines et de la santé, mais très peu dans les sciences (35 pc) et surtout peu dans les sciences appliquées (20 pc). Dans les écoles supérieures de la Communauté française, 57 pc des étudiants sont des filles. Mais elles sont moins de 15 pc dans les disciplines techniques. “Les filles choisissent souvent des secteurs qui ne sont pas toujours très porteurs et ne débouchent pas sur des emplois. Il faut essayer de diversifier les choix professionnels des femmes. Leur faire comprendre qu’en choisissant l’informatique, il y a un emploi à la clé, avec, en plus, des salaires intéressants et des opportunités de carrière.”

Une question culturelle

Pour certains spécialistes, ce faible intérêt des filles pour les matières techniques est lié au fait que garçons et filles feraient travailler de manière différente les deux hémisphères de leur cerveau. Pour d’autres, la source est à chercher du côté des images culturelles et des mentalités. “Le choix d’un métier est parfois très culturel. En Malaisie, par exemple, 60 pc des informaticiens sont des femmes. Tout simplement parce que c’est un métier considéré comme fait pour elles : il se fait à l’intérieur, c’est propre et on ne se montre pas trop”, raconte Laure Lemaire.

Chez nous, les mentalités sont différentes. Et des préjugés apparaissent déjà très tôt. Des études montrent notamment que 24 heures après la naissance, les parents s’attendent à des comportements différents de leur bébé si c’est une fille ou un garçon. Plus tard, ils encourageront leurs enfants à participer à des activités stéréotypées : les garçons jouent aux voitures et les filles à la poupée. L’enfant lui-même observe les modèles du même sexe que lui.

A cela se greffe aussi la perception qu’on a de soi, toujours selon certains stéréotypes : les filles sont soi-disant moins bonnes en mathématiques et, donc, en informatique… Elles vont finir par le croire.

Des recherches ont montré que les filles avaient de moins bons résultats en mathématiques quand elles passaient des tests entourées de garçons. “Dans nos formations, nous n’avons que des femmes”, souligne Elena Lanzoni, d’Interface 3. “On a constaté que quand les hommes ne sont pas là, les technologies deviennent une affaire de femmes. Et puis, ce sont des femmes qui donnent cours, ce qui implique une certaine identification de la part des élèves.”

L’approche des hommes et des femmes vis-à-vis de l’informatique est aussi différente. Si les filles s’intéressent à l’ordinateur pour son usage pratique, les garçons le font plus facilement pour la machine en tant que telle. Et puis, l’intérêt pour l’informatique vient aussi souvent quand on en a besoin. “Un intérêt qui commence en général par les jeux. Or, la plupart des jeux sont plutôt destinés aux garçons.”

Autre facteur : les stéréotypes liés à la carrière. Celle-ci est encore souvent réservée aux garçons, alors que la fille doit s’occuper de sa famille.

"Il faut aussi changer l'image qu'on a de l'informatique en général", rajoute Laure Lemaire. "Il n'y a pas qu'un aspect technique. Les informaticiens doivent aussi avoir des contacts avec des collègues, aller voir des clients,... Tous les informaticiens ne sont pas des "hackers", solitaires et asociaux, et donc considérés comme antiféminins, les filles considérant comme importantes les relations interpersonnelles."

L'image de l'ordinateur doit aussi évoluer. "Il faut démystifier la machine. C'est pour cela que nous offrons des formations très pratiques. Les femmes peuvent aussi s'approprier l'outil pour en faire quelque chose de créatif", note Laure Lemaire qui précise : "Nous parlons ici vraiment de gestion de l'informatique, de réseaux,... et pas de bureautique."

Reste à sensibiliser les femmes à cette problématique. "Avec d'autres associations, nous avons lancé le projet Ada", précise la directrice d'Interface 3. "Il propose de faire explorer l'informatique aux petites filles, initier aussi leurs institutrices, donner une image réaliste et féminine des métiers de l'IT pour que les filles s'y orientent, aider les employeurs à analyser comment leurs pratiques peuvent décourager les femmes, sensibiliser les écoles supérieures ou encore changer l'image de l'informatique."

Dans la vie quotidienne

Mais, tout compte fait, faut-il à tout prix des femmes en informatique ? Certains métiers sont plus masculins et d'autres plus féminins. Est-ce un mal ? "L'informatique est transversale à tous les secteurs de l'économie et a de plus en plus d'impact dans la vie quotidienne. Elle impose de nouvelles façons de travailler. Aujourd'hui, toute la recherche d'information passe par l'informatique. Ce serait dommage de ne pas avoir de femmes dans cette matière. Si elles ne participent pas à la conception de systèmes informatiques et n'en ont pas la maîtrise, c'est dommageable. C'est un peu comme si on disait qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des femmes en politique", estime Laure Lemaire.

"Les employeurs ont aussi tout à gagner en incorporant des femmes dans leurs équipes, car elles peuvent apporter de nouvelles compétences et de nouveaux regards et offrent une meilleure représentation de leur clientèle", explique Elena Lanzoni.

Et les employeurs semblent plus ouverts. "Il y a actuellement un problème de pénurie", constate Laure Lemaire. "Les employeurs se tournent dès lors plus facilement vers les femmes. Ils disent également qu'il faut sensibiliser les jeunes à ce problème pour les attirer vers des formations en informatique. Les filles aussi."

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Statistiques: A chacun son métier

Certains métiers sont plus masculins et d'autres féminins, comme le montrent nettement les dernières statistiques du SPF Economie. Quelques exemples.

Côté métiers féminins, on peut pointer les femmes de ménage (plus de 99 pc sont des femmes), les maîtresses d'école maternelle (98,7 pc), les gardes d'enfants (98,3 pc), les infirmières (88,8 pc), les diététiciennes (83,7 pc), les institutrices (79,7 pc) et les bibliothécaires (75,7 pc).

Côté métiers masculins, relevons les conducteurs de machines de terrassement (plus de 99 pc d'hommes), les électriciens (plus de 99 pc), les dockers (97,1 pc), les chauffeurs d'autobus (90,7 pc) et les bouchers (88,5 pc).

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