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Distribution
L'après-soldes à petits prix
Par CHARLOTTE MIKOLAJCZAK
Mis en ligne le 31/01/2009
C’est maintenant seulement que l’année de tous les dangers débute pour le secteur de la distribution en Belgique. Jusqu’à présent, en effet, et assez étonnamment par rapport aux autres marchés européens, les commerçants belges n’ont pas véritablement senti la crise économique. Seulement son souffle. Certes, les mois de septembre, octobre et novembre n’ont pas été mirifiques, mais pas catastrophiques non plus. Décembre et ses fêtes de fin d’année ont plutôt bien donné. La majorité des commerçants et leur fédération respective l’avaient prédit, convaincus que les consommateurs, s’étant serrés la ceinture et n’ayant entendu parler que de crise par-ci, de crise par-là, allaient se lâcher. Idem pour les soldes qui se terminent ce samedi : ils ont été bons. "Et comme ils ont attiré beaucoup de monde, précise Dominique Michel, administrateur délégué de Fedis, la fédération des distributeurs, même les nouvelles collections ont commencé à trouver amateurs".
Voilà pour hier. Pour demain, par contre, c’est la grande inconnue. "Tout le monde retient son souffle, ajoute-t-il. Surtout depuis que des centaines de pertes d’emplois sont annoncées en Belgique". Et les interrogations fusent. Les consommateurs vont-ils mettre un frein à leur envie de shopping ? A moins qu’ils la refrènent en choisissant des lieux de dépenses moins onéreux ? Les enseignes, qui ont commandé leur collection d’été en août et septembre, n’ont-elles pas vu trop grand ? Et vont-elles pouvoir la payer ?
Pour ces deux dernières questions, les professionnels sont moins inquiets. "Le temps où les magasins achetaient leurs produits en deux fois seulement, avec le risque, lors de moins bonnes ventes, de ne pas pouvoir payer la collection suivante, est révolu", répond Jo Vanmeirhaeghe, directeur de Retail Forum Belgium, une asbl qui défend les intérêts immobiliers des retailers et qui compte 82 membres représentant 110 enseignes. "La gestion des stocks a complètement changé, poursuit-il, offrant de larges possibilités de réapprovisionnement. Et puis, comme les soldes ont donné de bons résultats, il n’y aura pas de gros problèmes".
"En Belgique, ce n’est jamais ni noir ni blanc, mais gris, indique en souriant Boris van Haare Heijmeijer, consultant en immobilier chez Cushman&Wakefield. Cela augmente moins fort mais recule aussi moins fort. Dans l’environnement économique actuel, le secteur performe tout à fait raisonnablement". Un constat qu’il puise à bonnes sources. "Tous les grands distributeurs le disent : à périmètre constant, les ventes résistent mieux en Belgique qu’ailleurs." Entre autres, parce que, contrairement à d’autres Européens, les Belges, indexation des salaires oblige, sont plus riches en ce début d’année qu’il y a un an (+ 5 à 6 pc). "A quoi s’ajoute la baisse du coût de l’énergie, reprend Dominique Michel, et aussi le fait qu’ayant reporté de plus grosses dépenses (immobilier, voiture ), ils ont de quoi effectuer des achats plus raisonnables". Comme des vêtements.
Ce qui ne veut pas dire que la Belgique n’a pas connu son lot d’échecs : Donaldson a fait faillite, Archimède est en concordat, Morgan en liquidation, GoSport a quitté le pays tout comme Tintoretto, sans parler d’Etam qui a annoncé officiellement il y a quelques jours la fermeture, fin mai, des 39 magasins qu’il compte au Belux.
Sans toutefois qu’on puisse parler de pertes d’emplois nettes. "Chaque année, le commerce crée quelque 4000 emplois nets supplémentaires, indique Dominique Michel. Pour 2008, on en aura sans doute moins. On est toujours sous-développé en matière de commerce. La part du PIB qui y est consacré n’est que de 11 pc contre 13 en moyenne européenne. Il y a donc de la marge de croissance. Plusieurs chefs d’entreprise ont d’ailleurs des projets d’ouverture. Sur 2009 ? Je n’oserais m’aventurer. Mon intuition est qu’il n’y aura pas de création nette d’emplois, mais pas de perte non plus".
Il n’empêche, le contexte de crise incite quand même les consommateurs à être moins dépensiers. Pour la saison d’hiver dont les commandes s’effectuent en février et mars, les enseignes seront certainement plus prudentes. "Elles sont convaincues que la crise économique va calmer l’envie d’acheter, ajoute Jo Vanmeirhaeghe. Elles commanderont moins". Ce que les fabricants ressentent déjà. En Belgique du moins. "Les magasins achètent plus prudemment, confirme Erik Magnus, directeur de Creamoda, la fédération qui regroupe des fabricants, créateurs, grossistes et agents du secteur de l’habillement. Ils attendent de voir comment le marché va évoluer. Les volumes sont moins importants - tant en matière de prêt-à-porter que de vêtements professionnels -, mais on ne peut parler de crise comme on l’entend dans d’autres secteurs".
Le risque est toutefois plus grand pour eux puisque les marques qu’ils fabriquent sont plutôt haut de gamme et moyen plus (Andres, Caroline Biss, Mayerline ). En effet, les consommateurs se montrent eux aussi prudents, donc moins dépensiers. Un glissement dont profitent les enseignes plus démocratiques (H&M, C&A, Zara ), voire discount (Vögele, Wibra, Zeeman ).
"Les "discounters" profiteront de la crise actuelle, c’est sûr, confirme Jo Vanmeirhaeghe. Je ne pense pas que le luxe souffrira outre mesure. Par contre, le milieu de gamme ". "Sans toutefois qu’on assiste déjà maintenant à un déplacement de la clientèle des centres-villes vers les périphéries", ajoute Boris van Haare Heijmeijer.
Un impact sur les loyers n’est toutefois pas totalement exclu. Après des années d’augmentation (à titre d’exemple, de près de 30 pc rue Neuve en 5 ans), certaines enseignes risquent aujourd’hui l’étranglement. "On n’en est pas là, explique Boris van Haare Heijmeijer. Les loyers ont bondi, oui, tout comme les chiffres d’affaires. Mais la proportion reste saine. Et supportable. C’est clair que le seuil de rentabilité est sous pression. Mais le niveau au-dessus duquel cela fait mal n’est pas atteint". En chiffres, cela veut dire que la part du loyer ne dépasse toujours pas - sauf exception - les 10 à 12pc du chiffre d’affaires. Quand les 15pc seront atteints, alors là, il y aura de la casse. "En cas de baisse structurelle du chiffre d’affaires, ajoute le courtier, seuls ceux qui ont de meilleures marges et moins d’endettement survivront. Il y aura en quelque sorte un assainissement du marché et des opportunités pour de nouvelles enseignes. Peut-être les propriétaires devront-ils rectifier le tir, mais je répète, on n’en est pas là".
Pour l’heure en tous les cas, les propriétaires ne souffrent pas. Il se peut qu’à la demande de leurs locataires, certains acceptent que les loyers soient acquittés mensuellement plutôt que trimestriellement ou non indexés, mais pas diminués. Les commerçants entrants ne souffrent pas non plus. En Belgique, la demande surpasse toujours l’offre, même si c’est un peu moins qu’avant; là où 10 enseignes se battaient pour un emplacement, il n’y en a plus que 3. Les emplacements qu’Etam compte quitter ont été très rapidement repris, entre autres par Camaïeu et Cassis. "En fait, ce sont les commerçants sortants qui sentent la crise. Car, ce qui sert d’amortisseur, ce sont les pas-de-porte qui ont chuté de 100 à 30 ou 40 !" Traduction : si Etam avait quitté la Belgique il y a un ou deux ans, il en aurait gardé un meilleur souvenir.
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