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Conjoncture

Inflation: plus ce qu'elle était?

Christophe MAJOIS et Mikael PETITJEAN

Mis en ligne le 31/01/2009

La différence entre l’inflation “moyenne” et l’inflation que le consommateur a traditionnellement en tête n’est pas toujours très marquée.

La simplicité et la clarté avec laquelle l’information est transmise aux consommateurs sont d’une importance toute particulière en période de crise économique durant laquelle les facteurs psychologiques jouent un rôle déterminant. Or, les informations relatives à l’inflation, qui sont mensuellement transmises dans la presse, ne le sont pas toujours. A qui la faute ? A nous, économistes.

Le 23 décembre 2008, le Service public fédéral (SPF) de l’Economie, des PME, des Classes moyennes et de l’Energie diffusait sa communication mensuelle sur l’inflation que nous avons lue et qui a été synthétisée tant bien que mal dans la presse (1). Le document ne contenait aucune erreur de calcul. Il n’y a pas non plus de faute d’orthographe ou de grammaire. Mais il n’a pas été rédigé pour le consommateur qui, pourtant, est concerné au premier chef par l’évolution des prix. Il eut été très instructif de faire lire le communiqué du SPF par un panel représentatif d’économistes diplômés et de leur demander quel fut le taux d’inflation enregistré en 2008 par l’économie belge.

A la lecture de ce document, la majorité d’entre eux aurait sans doute donné le chiffre de 4,49 pc. Pourtant, il n’a été “que” de 2,63 pc. L’inflation ne serait-elle plus ce qu’elle était ? Considérons l’évolution de l’indice des prix à la consommation en Belgique de janvier 2007 à décembre 2008 (colonnes 1 et 2 du tableau 1). Quelles sont les informations que le consommateur aurait dû recevoir en priorité à la fin de l’année 2008 ? Tout d’abord, l’inflation en 2008, telle que le consommateur la conceptualise, a été de 2,63 pc. Il s’agit de l’évolution de l’indice des prix entre la fin décembre 2007 et la fin décembre 2008 (colonne 3 du tableau 1). L’inflation en 2008 a été inférieure à celle enregistrée en 2007, qui était de 3,09 pc. Ensuite, entre la fin novembre et la fin décembre 2008, l’indice des prix à la consommation a reculé de 0,22 pc, soit (111,25-111,49)/111,49 (colonne 4 du tableau 1).

Le “coût de la vie” a donc diminué durant cette période. Enfin, depuis la fin juillet, le recul des prix a été extrêmement fort puisque l’indice a chuté de 1,44 pc, soit (111,25-112,87)/112,87. D’où sort le chiffre de 4,49 pc, caractérisé dans le communiqué du SPF comme étant “l’inflation moyenne de 2008” ?

Il s’agit en réalité de la moyenne arithmétique des 12 premiers chiffres de la colonne 5; autrement dit, il s’agit du rythme moyen de progression de l’indice des prix entre les mêmes mois de deux années consécutives. Par conséquent, cette “inflation moyenne de 2008” dépend non seulement des 12 niveaux de l’indice des prix en 2008, mais également des 12 niveaux de l’indice en 2007 !

Ce concept est bien éloigné de l’inflation “traditionnelle” telle qu’elle est conceptualisée par le consommateur. La différence entre cette inflation “moyenne” et l’inflation que le consommateur a traditionnellement en tête n’est pas toujours très marquée. Ce fut néanmoins le cas en 2007 et 2008 (voir le tableau 2 et le graphique 1).

Insister sur cette notion d’inflation moyenne peut prêter à confusion, particulièrement si le consommateur se focalise sur la bonne vieille définition de l’inflation : l’évolution de l’indice des prix au cours d’une année. Il eut été beaucoup plus intuitif de commenter l’évolution du niveau des prix au cours de cette année soit de mois en mois (colonne 4 du tableau 1), soit en prenant comme point de repère la fin décembre 2007 (colonne 3 du tableau 1).

Soyons pragmatiques et veillons à clarifier les communiqués de presse. Ne supposons pas que le consommateur moyen dispose d’un diplôme en économie qui pourrait d’ailleurs ne pas lui être d’une grande utilité. Le consommateur rencontre beaucoup de difficultés à s’imaginer ce que peut représenter “le niveau moyen des prix des biens et services consommés par les ménages, pondérés par leur part dans la consommation moyenne des ménages”. On lui parle alors du “panier de la ménagère”. Quelle image faudra-t-il employer pour lui faire comprendre cette notion d’“inflation moyenne” ? Ne soyons pas défaitistes. Les économistes ont toujours fait preuve d’une grande créativité.

(1)

Le document du SPF

La synthèse publiée dans l’“Echo”

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