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Récit

Kaupthing ronronnait, les clients roucoulaient

PATRICK VAN CAMPENHOUT

Mis en ligne le 27/04/2009

La mécanique bancaire est peut-être complexe techniquement, mais elle repose sur un concept des plus basiques : la confiance.

En l’occurrence, alors que la crise du "subprime" grondait aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, on s’est finalement peu soucié de la fragilité du système bancaire islandais, inconnu au bataillon jusqu’il y a quelques mois. On était confiant.

En Belgique, pourtant, une succursale de la filiale luxembourgeoise d’une banque islandaise a finalement attiré l’attention du public sur ce petit pays transformé en plate-forme financière internationale à la faveur d’un environnement réglementaire propice au développement d’organismes financiers fraîchement privatisés.

Chez nous, la Banque Kaupthing, qui venait de recouvrir les activités de l’ancienne banque Robeco (hélas !), proposait en tout cas un compte d’épargne assorti d’un taux particulièrement alléchant. Du point de vue du particulier, mais aussi de celui des observateurs coutumiers du secteur financier, les personnes en place dans cet établissement - honorablement connues - et l’agréation de l’organisme par la CBFA (Commission bancaire, financière et des assurances) en faisaient un partenaire de choix.

On a fini par se rendre compte, un peu tard, de la différence fondamentale entre une banque de droit belge et une succursale belge d’une banque de droit luxembourgeois.

La machine commerciale de Kaupthing Belgium, logée avenue Louise, ronronnait parfaitement, et ses clients roucoulaient. La confiance, toujours. Et puis, en quelques jours, début octobre 2008, tout se détricote : Sigurdur Einarsson, le jeune patron de choc de la banque islandaise à la croissance ultrarapide, doit avouer que l’assèchement du marché interbancaire l’a pris par surprise.

L’hémorragie des dépôts s’accélère suite à la déconfiture de la Glitnir Bank, reprise par l’Etat islandais. Très vite, on évoque une faillite de Kaupthing qui tente de se sortir de ce mauvais pas en rapatriant des fonds logés dans ses filiales étrangères. L’argent des Belges sert à boucher les trous en Islande. Kaupthing trébuche. Les comptes sont bloqués en Belgique où le personnel tente d’expliquer la situation aux épargnants. L’Etat belge doit expliquer qu’il n’est - en théorie - pas responsable de la déconfiture de la succursale d’une banque luxembourgeoise contrôlée au Luxembourg.

L’affaire fait grand bruit : des Belges pourraient voir se voir floués de leur épargne par une banque luxembourgeoise ! C’est dire que le havre financier luxembourgeois n’est pas sans risques ? Rapidement, les secours sont sur les lieux. Le ministre des Finances belge Didier Reynders suit les développements de l’affaire avec son homologue luxembourgeois. Une solution de reprise de la banque est en cours depuis, avec, en arrière-plan, un plan de garantie des dépôts jusqu’à 100000 €, assuré par les gouvernements belge et luxembourgeois. Les épargnants, qui en ont fait la demande, ont déjà récupéré jusqu’à 20000 € au Luxembourg. Mais le reste des fonds est toujours bloqué. Et l’on reproche, en Belgique, au système financier luxembourgeois son manque de réactivité face à cette crise. La confiance n’y est plus.

A raison ? Pas sûr, tout en rappelant les éléments objectifs de responsabilités, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker suit de près le processus d’indemnisation des clients Belges. Le dossier n’est pas encore clos, et tout espoir de récupérer la totalité de l’épargne des Belges n’est pas perdu. En Allemagne, les épargnants de Kaupthing viennent d’être indemnisés.

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