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crise bancaire

Quand le scandale Madoff embarrasse le Luxembourg

Par ARIANE van CALOEN et MARC VANDERMEIR au Luxembourg

Mis en ligne le 27/04/2009

Plusieurs affaires, dont la déroute du fonds Luxalpha investi dans des produits Madoff et la faillite de la banque Kaupthing, ont-elles écorné la réputation de la place financière du Luxembourg ? La question est posée. Jean-Claude Juncker se défend.

Dossier

Jeudi onze décembre 2008. La planète finance, qui n’en finit pas de chanceler, subit un nouveau coup dur. Le scandale Madoff, du nom du gestionnaire américain, vient d’éclater. La fraude s’élève à 50 milliards de dollars. C’est énorme. Les banques du monde entier scrutent une fois encore leurs bilans infectés de papiers toxiques. Sont-elles, d’une façon ou d’une autre, touchées ? On apprend qu’un fonds luxembourgeois, Luxalpha, essentiellement distribué en France, était bourré de produits Madoff. Très vite, les épargnants comprennent qu’ils auront du mal à récupérer leur argent (lire ci-dessous). La gestion du fonds, derrière laquelle on trouve le géant suisse UBS, a montré des défaillances. La ministre française Christine Lagarde fustige le Luxembourg pour son laxisme en matière de législation sur les fonds d’investissement. L’attaque fait mal. Car l’Union européenne en général et le Luxembourg en particulier ont attiré les capitaux internationaux dans leurs fonds en faisant miroiter une meilleure garantie de l’argent ainsi placé que dans les fonds américains.

La place financière grand-ducale en prend pour son grade. Sa réputation avait déjà été entamée au moment de la cessation de paiement de la banque Kaupthing début octobre. Surtout en Belgique, où de nombreux épargnants avaient placé leurs économies dans la succursale belge de la filiale luxembourgeoise. Ils s’étonnent qu’on ne les ait pas prévenus du risque. A cela, l’autorité de contrôle luxembourgeoise - la CSSF (Commission de surveillance du secteur financier) - répond qu’elle ne peut "jamais émettre des avertissements publics concernant des entités autorisées qui travaillent en toute légalité". D’ailleurs, dans les autres pays où la banque islandaise était établie, "aucune des autorités concernées n’a lancé un avertissement public".

Alors, y a-t-il un problème avec le Grand-Duché ? "Je ne vois pas dans quelle mesure la crédibilité de la place serait atteinte par les scandales Madoff et autres, car la place luxembourgeoise n’est pas la seule à souffrir de ces méfaits. Ne créons pas un phénomène luxembourgeois. Ce qui vaut d’ailleurs aussi pour Kaupthing.

Sur cette affaire, je ne vois pas en quoi le Luxembourg n’aurait pas fait ce qu’il aurait dû faire. Nous sommes en contact permanent avec le gouvernement belge pour trouver une solution pour les clients belges de cette banque. Pour le reste, notre place financière souffre comme toutes les autres quant aux résultats et produits fiscaux que ces places sont susceptibles de générer. La place luxembourgeoise n’est pas atteinte dans une mesure exorbitante par rapport aux autres. Je crois qu’en Belgique, on n’est pas très surpris de voir le Luxembourg apparaître sur une liste grise, mais on est très surpris de voir la Belgique s’y trouver. La Belgique a coulé de doux rêves. Il y a un secret bancaire en Belgique, où l’on disait toujours qu’il n’y en avait un qu’au Luxembourg. C’est curieux, non ? On simplifie à outrance la réalité des autres, et on perd de vue sa propre réalité", nous a expliqué Jean-Claude Juncker.

Après les attaques françaises, Luc Frieden, le ministre luxembourgeois du Trésor, a fait une sortie qui visait à redorer l’image de la place de Luxembourg. La garantie pour les épargnants est la même au Luxembourg qu’en France, elle est issue de la même directive européenne, a expliqué le ministre. Il a aussi rappelé que les banques dépositaires d’OPCVM (Organismes de placements collectifs de valeurs mobilières) à Luxembourg "avaient une grande responsabilité", et notamment "une obligation de conservation, de restitution, de surveillance et de contrôle" des actifs des fonds.

Si cette affaire a pris une telle ampleur médiatique, c’est aussi, comme l’explique Erik Bomans, associé chez Deminor (qui a aussi été sollicité par des clients de Luxalpha), parce qu’elle met sous pression le Luxembourg au niveau de son "core business, à savoir le custody" (gestion matérielle des placements). Toutefois, il ne partage pas les critiques de Christine Lagarde. "Le droit luxembourgeois a tout l’arsenal nécessaire pour protéger le droit des investisseurs", estime-t-il. De plus, poursuit-il, "la CSSF, l’autorité de contrôle luxembourgeoise, a commencé l’investigation et mis la pression sur UBS. L’autorité de contrôle irlandaise, qui, elle aussi, a été confrontée avec des fonds Madoff, est restée plus passive".

Attaques pernicieuses ?

Certains se demandent donc si les attaques n’étaient pas infondées et même pernicieuses dans la mesure où elles viseraient à défendre les fonds français.

Même si elles sont injustifiées ou excessives, ces attaques ont quand même semé le doute et délient les langues. C’est ainsi qu’on apprend que, le 17 septembre, Fortis Banque a émis, via le Luxembourg (et avec, donc, l’approbation de la CSSF), des obligations subordonnées. Le prospectus d’émission contient des informations arrêtées à fin juillet. Or, c’était moins de dix jours avant le sauvetage en catastrophe du groupe belgo-néerlandais. Regrettable ? A cela, la CSSF répond qu’un prospectus, établi à la mi-septembre 2008, devrait reprendre au minimum les informations financières historiques se rapportant à l’exercice dont la clôture a été faite au 31 décembre 2007. Formellement, elle n’est donc pas en tort. Faut-il en déduire que Fortis Banque a estimé plus facile de faire une émission au Grand-Duché qu’en Belgique ? Certains se posent la question.

En cette période de crise, les autorités de contrôle sont mises à rude épreuve. Y compris au Luxembourg.

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