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Mexique : le Sud finance le Nord

Mis en ligne le 14/12/2009

La crise des “subprimes” affecte-t-elle la vie des travailleurs migrants ? Au Mexique, ceux-ci payent le prix de la crise économique mondiale. A prix fort.

Les haruspices de la finance internationale prédisaient que la crise des "subprimes" serait éphémère, qu’elle n’engendrerait qu’une sélection parmi les institutions bancaires, et que la croissance serait bientôt de retour. L’observation montre qu’il n’en a rien été. Tandis que les travailleurs migrants mexicains aux Etats-Unis continuent de récolter et d’empaqueter brocolis et artichauts que l’on retrouve, par exemple, dans les supermarchés belges, leurs salaires ne suffisent plus à couvrir leurs crédits hypothécaires. La situation de surendettement dans laquelle ils sont plongés a inversé l’envoi des transferts d’argent au profit des Etats-Unis. A Dubai, le flux migratoire ne s’est pas inversé mais, confrontés à la fermeture de centaines de chantiers, des centaines de milliers de travailleurs ont été renvoyés dans leur pays.

Le 7 et 8 décembre dernier, se tenait un atelier de travail sur le thème "De la dette au surendettement dans les pays du Sud : processus, pratiques et significations", organisé par le projet RUME (Rural Employement and Microfinance) et l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Analysant les trajectoires de vie de plusieurs familles de migrants mexicains, l’anthropologue Magdalena Villareal, du Centre de Recherches et d’Etudes supérieures en Anthropologie sociale (CIESAS) du Mexique, a mis en évidence le processus d’endettement dont ces travailleurs ont été victimes.

Venus de manière temporaire, puis encouragés à participer au rêve américain, ces travailleurs migrants se sont lourdement endettés pour l’achat d’une maison. Ce rêve s’est finalement transformé en crédits "subprimes". Crédit immobilier gagé sur le logement de l’emprunteur avec un taux d’intérêt variable, cette forme d’emprunt a particulièrement visé les classes populaires. En 2002, l’administration Bush décidait, en effet, de favoriser les prêts hypothécaires en assouplissant les critères d’émissions de crédit. Sous couvert de lutte contre les discriminations, plus de cinq millions de personnes, issues des minorités hispaniques et afro-américaines, devaient devenir propriétaires.

Freddie Mac et Fannie Mae, les deux principaux acteurs bancaires du refinancement immobilier, allaient ainsi permettre la mise en œuvre effective de ce projet. En septembre 2008, en pleine panique boursière, ces deux institutions bancaires furent nationalisées pour leur éviter la faillite. Ironie de l’histoire, on notera que Fannie Mare fut créée en 1938 pour sortir de la Grande dépression.

L’éclatement de la bulle immobilière et l’effondrement de nombreuses cotations sur les places de marché mondiales eurent des conséquences bien réelles sur la gestion des ménages des travailleurs migrants. Le chômage s’ajoutant parfois à l’augmentation du montant des remboursements, de nombreuses familles mexicaines installées aux Etats-Unis font désormais régulièrement appel à l’aide de la famille restée au pays. De la grand-mère vendant des terres pour payer les dettes de ces petits-enfants, aux marraines octroyant des crédits, mais n’exigeant pas les remboursements, de nombreuses sources financières mexicaines affluent pour renflouer la situation économique des migrants pris aux pièges des crédits hypothécaires.

La situation des migrants mexicains aux Etats-Unis n’est pas isolée. Alors qu’experts et éditorialistes décrivaient la fin de la crise - les mêmes qui omirent de l’annoncer -, la quasi-faillite de Dubai vient nous rappeler que l’orage n’a pas encore terminé de tourmenter les économies nationales, locales et familiales. En annonçant son incapacité à honorer une partie de ses dettes, Dubai World, la plus importante société immobilière de l’émirat, a relancé les craintes d’une nouvelle crise financière (effet domino).

Mais pour les travailleurs migrants, considérés comme une variable d’ajustement, la crise est déjà là. Outre des projets immobiliers pharaoniques, Dubai se caractérise également par un ratio, plus des trois quarts de ses six millions et demi d’habitants sont des travailleurs migrants. Depuis la fin de l’été 2008 et l’effilochement puis l’effondrement des valeurs immobilières de l’émirat, plusieurs centaines de projets ont été stoppés. Au grand dam des travailleurs. Ce sont ainsi des centaines de milliers de migrants qui ont été priés de quitter le pays, avec, parfois, des arriérés de salaire, et se trouvant dans l’incapacité de vendre les quelques biens en leur possession. Provenant principalement de l’Inde, du Pakistan, du Bangladesh et, plus récemment, de Chine, le retour de ces travailleurs va rapidement se traduire par des déséquilibres économiques.

Dans l’Etat du Kerala situé dans le Sud-Ouest indien, les transferts de fonds des migrants employés dans les pays du Golfe persique contribuaient dans certaines zones à plus de 50 % du Produit intérieur brut (20 % du PIB kéralais et 3,7 % du PIB indien). Tandis que ces transferts de fonds ont permis de contribuer au développement d’un important secteur bancaire ainsi qu’à une augmentation nette du niveau de vie kéralais, le retour de ces travailleurs dans un Etat où le taux d’inactivité est déjà très important pourrait se traduire par d’importantes tensions politiques.

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