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Opinion
Oui à plus de mixité au top
Mis en ligne le 07/02/2010
La crise économique, financière et sociale qui secoue l’Europe nous amène à remettre en cause les bases de notre société et la façon dont nous la construisons. Je suis convaincu que cette crise est également l’opportunité de faire de l’Union européenne une économie plus productive et plus innovante. Mais cela n’est possible que si nous nous en donnons réellement les moyens. En tant que membre PS de la commission "droit des femmes et égalité des genres" au Parlement européen, je suis persuadé que l’évolution de notre société ainsi que la sortie de cette crise passent par plus d’égalité entre les hommes et les femmes.
Pour ce faire, leur présence dans les postes décisionnels des entreprises est indispensable. Le niveau d’éducation des femmes en Europe s’accroît d’année en année, et elles sont majoritaires dans les études de commerce, de gestion et de droit. Elles investissent également de plus en plus le marché du travail. Selon toute logique, elles devraient donc être présentes à tous les niveaux de pouvoir. Mais il n’en est rien : elles restent toujours minoritaires dans les postes à responsabilité des entreprises et des administrations.
Dans l’Union européenne, seuls 3 % des présidents des conseils d’administration (CA) des plus grandes entreprises cotées en Bourse sont des femmes. La Belgique, pour sa part, n’a aucune femme à la tête d’une de ses entreprises cotées en Bourse, loin derrière la Bulgarie qui peut se targuer d’en avoir 15 %. En ce qui concerne la proportion de femmes membres des CA, il n’y a pas de quoi être fier : elles sont seulement 11 % en moyenne en Europe et 8 % en Belgique, loin, très loin de la Norvège avec ses 42 %.
Pourquoi l’accès grandissant à l’éducation supérieure n’a-t-il pas eu pour conséquence une présence plus accrue des femmes à ces postes de décisions ? Les raisons sont multiples : la maternité qui ralentit la carrière professionnelle de nombreuses femmes; les stéréotypes sexistes traditionnels qui amènent à juger qu’une femme est une mauvaise mère lorsqu’elle travaille tard le soir, ou qu’un homme ne travaille pas assez lorsqu’il sort plus tôt du travail pour s’occuper de ses enfants; un déficit d’ambition de nombreuses femmes; une vision du leadership proprement masculine; la difficulté pour les femmes de concilier travail et tâches domestiques; un manque de networking féminin, etc.
En d’autres termes : le plafond de verre. Le plafond de verre, ce n’est pas les "méchants hommes" qui empêchent les "gentilles femmes" d’arriver à leur niveau, ce n’est pas non plus "les femmes trop nunuches" pour accéder à ces postes face aux "hommes superintelligents". C’est toute une vision de la société qu’il faut revoir. Et l’un des instruments à mettre en place pour revoir cette vision de la société, ce sont les quotas : une solution qui n’est pas idéale mais pourtant nécessaire.
Le PS est le 1er parti francophone à s’être prononcé sur cette question et ce, depuis 2006. Nous avons déposé une proposition de loi afin de garantir la présence d’au moins un tiers de femmes dans les conseils d’administration et de direction des entreprises publiques autonomes, ainsi que dans les CA des sociétés anonymes et en commandites par actions cotées.
Nous nous étions inspirés de l’exemple du système de quotas norvégiens appliqué avec succès. Malheureusement, en raison de l’opposition du MR et de l’Open VLD, nous avons dû retirer notre proposition. Mais nous n’avons pas baissé les bras, et nous avons intégré ce principe dans les CA des organismes d’intérêts publics wallons et bruxellois.
Je ne peux que me féliciter que Joëlle Milquet reprenne aujourd’hui cette initiative au niveau fédéral. Les mentalités, heureusement, évoluent au sein de l’Union européenne, et de plus en plus d’Etats suivent l’exemple de la Norvège : l’Assemblée nationale française vient d’adopter une loi imposant aux CA des 650 entreprises cotées en Bourse et des entreprises publiques de contenir 20 % de femmes dans les 3 ans et 40 % dans les 6 ans.
L’Espagne a également introduit ce système de quotas et une quinzaine de pays européens étudient l’opportunité de voter une législation similaire. Le gouvernement islandais a, pour sa part, nommé deux femmes à la tête des banques dont les faillites ont contribué à ruiner l’économie du pays. La Belgique doit également suivre cet exemple, il y a désormais urgence. Tout comme Dominique Estienne, présidente de la Commission "Femmes et entreprises", qui s’est exprimée dans "La Libre" le 2 février dernier, je considère qu’il faut que les choses bougent. Il ne s’agit pas simplement de changer la société; il faut également résoudre la crise : une présence accrue des femmes dans les entreprises les plus importantes contribuera à nous assurer une sortie de crise et peut-être à en éviter une suivante.
L’Observatoire de la féminisation des entreprises françaises du Ceram Business School (1) vient de publier une étude particulièrement intéressante qui conclut qu’en France, plus l’encadrement d’une entreprise est féminin et moins son cours de Bourse a chuté depuis le 1er janvier 2008. De même, et dans une moindre mesure, plus les effectifs d’une entreprise sont féminisés et moins son cours de Bourse a chuté depuis le 1er janvier 2008.
De plus, l’étude Women Matter, réalisée par McKinsey&Company (2) en 2007, révèle que les entreprises ayant plus de trois femmes dans leurs fonctions de direction sont plus performantes que celles qui sont en dessous de ce seuil. Les entreprises ont donc tout à gagner à davantage de mixité. Il est temps de changer les mentalités; il est temps de changer la société. Les femmes ne devraient pas être seules à mener ce combat. Et c’est un homme qui vous le dit.
(1) http://www.asso-supelec.org/docs/2008293165639_CAC40FminisationdesEntreprisesetCriseBoursière.pdf
(2) http://www.mckinsey.com/locations/swiss/news_publications/pdf/women_matter_french.pdf
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