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La “RSE” s’académise, s’institue, s’installe
ANALYSE PATRICK VAN CAMPENHOUT
Mis en ligne le 21/02/2010
Le concept de Responsabilité sociale des entreprise (RSE en français, CSR en anglais avec le “C” de corporate) flotte depuis quelques années déjà en Belgique. Flotte ? Oui, que ce soit au niveau européen ou au niveau belge, les principes philosophiques, techniques ou pratiques de la RSE sont curieusement traités de manière disparate. Et cela même si, apparemment, chaque centre de compétences – asbl spécialisées, groupes de réflexion dans les pouvoirs publics ou cellules de travail au sein de la Commission européenne – mène de manière très rigoureuse les travaux qui amèneront sans doute un jour notre société à fonctionner sur un mode plus responsable. Pour l’entrepreneur actif dans une PME, les méthodes de gestion améliorées qui pourraient l’aider à mieux agir, socialement, vis-à-vis de ses clients, de la société et de l’environnement, et à tirer de ses actes des bénéfices plus importants, ne sont donc pas accessibles d’une manière simple.
Selon Jan Noterdaeme (Maître de conférences à la Louvain School of Management), pour les plus jeunes, qui terminent les cycles universitaires, il existe toutefois déjà une filière académique avec le seul cours “obligatoire” donné, par exemple, à la Louvain School of Management, sur la responsabilité sociétale des entreprises. En plus, nous explique Jan Noterdaeme, “un cours en ligne va être lancé cette année, à l’intention des managers, et puis, on met des profs en réseau dans les milieux académiques”. Le but, la mission ? “Arriver à trouver une méthode pour enseigner à ces managers les principes leur permettant d’être plus éclairés, plus créatifs. On tente d’enseigner un mode de gestion alternatif, passant du “shareholder model” au “stakeholders model”, de la gestion de l’entreprise pour ses seuls actionnaires vers une gestion tenant compte de toutes les parties prenantes.”
Pour faire évoluer l’enseignement en phase avec l’environnement des entreprises, il faut bien sûr mesurer le niveau de pénétration des principes RSE dans le tissu des affaires. Facile ? Pour Jan Noterdaeme, le prix Philippe de Woot, qui sera décerné tous les deux ans (voir ci-dessous), “sera l’occasion de répéter une séance académique préalable au cours de laquelle les spécialistes des différentes universités pourront échanger leurs points de vue sur “l’état de l’art” en matière de RSE”. Mais d’outils de contrôle, point à ce jour. “On en est au niveau zéro actuellement en Belgique.”
Au niveau européen ? “Au sein du réseau européen (CSR Europe), présidé par Etienne Davignon, il y a aussi une analyse, un bilan tous les deux ans de l’évolution de la matière dans les universités, les business schools. Mais on n’a pas de grille d’analyse toute faite. L’objectif est de lancer au niveau académique une vaste réflexion interdisciplinaire sur les principes de la RSE, sans aboutir à une multiplication de cours sur le thème. Il y a aussi, en termes d’outils, une innovation qui sera lancée en octobre de cette année, au terme de 16 mois de réflexion entre les représentants de 70 grands groupes multinationaux et 27 grands réseaux d’entreprises européennes qui ont revisité les raisons d’être des entreprises et qui vont articuler le fruit de leur travail dans un business plan 2015.”
Et… au niveau pratique ? Il existe déjà des outils pratiques. D’abord, le reporting, la création de rapports sur le fonctionnement des entreprises, établis sur base de critères RSE. “Ils sont actuellement utilisés dans quelques pays, de manière obligatoire ou non, et viennent s’adjoindre aux rapports financiers. En France, il est obligatoire pour certaines sociétés cotées; au Danemark, il est optionnel, mais sa non-réalisation est liée à une argumentation sérieuse… En Belgique ? Il est rare, mais apprécié.” De qualité ? “Il est souvent obèse”, explique encore Jan Noterdaeme, et flou, manquant de réalisme par rapport à la vie réelle de l’entreprise. “Le GRI (Global Responsible Initiative) publie des indicateurs sur différents chapitres bien identifiés permettant aux entreprises de se situer, de se mesurer, de s’expliquer leurs progrès et leurs difficultés. La transparence sur les fragilités est aussi un avantage en matière de crédibilité.”
Existe-t-il des outils accessibles aux PME qui, comme partout en Europe, font l’essentiel du tissu économique ? “Oui, notamment sur le site “www.csreurope.org” qui reprend quelque 600 solutions adoptées par des entreprises (NdlR : en anglais).” La base de données est très intéressante et permet notamment des recherches sur base du secteur d’activités, et du thème choisi. On entre dès lors dans le concret : innovation, gestion des équipes et des compétences, santé, sécurité, environnement, gouvernance, communication,… Mais, clairement, il y a un travail à fournir pour aller de l’avant.
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