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Technologies | Patrimoine
Le chantier de la numérisation
P.-F.L.
Mis en ligne le 03/07/2010
Rares sont encore les activités économiques qui échappent à la révolution numérique. Elle est mise à toutes les sauces, souvent d’ailleurs pour le meilleur. Ce ne sont certainement pas les amoureux du patrimoine littéraire et artistique qui s’en plaindront. Non pas que la dématérialisation des supports physiques soit un objectif en soi (toucher un livre ancien reste un privilège !), mais parce que le temps représente une menace pour la survie de millions de documents dotés d’une grande valeur patrimoniale (écrits, audiovisuels, photographiques, etc.) A cet égard-là, la numérisation a apporté une réponse durable.
Numérisation et patrimonie sont au cœur des activités de la société française Diadeis (ex-AIS). Son patron, Jean-Charles Morisseau, aime à rappeler qu’il est l’héritier d’une longue histoire traversant les époques et les technologies. L’histoire de Diadeis s’insère en effet dans celle du groupe Berger-Levrault, libraire-imprimeur installé à Strasbourg dès 1676 et spécialisé dans les beaux livres. On est alors plus proche de Gutenberg que de Steve Jobs ou Bill Gates ! Le destin de Diadeis sera lié à celui de la maison alsacienne jusqu’en 2003, année où la société prit définitivement son indépendance.
En l’espace de quelques années, Diadeis a fortement grandi. "Nous avons opéré trois acquisitions en 2009 - rachats d’Infotechnique (filiale de Getronics), de Graphotec et de Noelink -, ce qui a donné naissance à l’un des principaux acteurs du marché de la dématérialisation et de la numérisation patrimoniale en Europe, avec une activité en France, en Belgique et au Luxembourg", confie à "La Libre" Jean-Charles Morisseau. Cet ensemble comporte également toute une activité centrée sur la création et la production publicitaire (packaging, essentiellement). Avec ces acquisitions, le groupe Diadeis représente 1050 salariés, dont 200 en Europe et un gros bataillon de personnes dans l’Océan indien (île Maurice et Madagascar), où sont installés des ateliers de production. Le chiffre d’affaires, qui connaît une croissance annuelle de l’ordre de 15%, a quasiment doublé l’année dernière avec les rachats précités. Il se situe désormais à plus de 30 millions d’euros, dont quelque 5% sont systématiquement investis dans la recherche et développement.
Pour bien comprendre ce que fait Diadeis, son PDG détaille le projet "pharaonique" mené l’année dernière pour le compte de l’Office des publications officielles des Communautés européennes (OPOCE). "Nous parlons là de la numérisation d’environ 130 000 publications sur une durée de neuf mois. Il a fallu numériser quelque 12 millions de pages de tous les formats, incluant notamment des plans et des posters." Dans le même registre, Diadeis a participé aux programmes de dématérialisation de plusieurs bibliothèques nationales, dont la Bibliothèque royale de Belgique - "Nous avons numérisé 3 millions de pages, dont de nombreux journaux." Diadeis utilise à chaque fois des scanners et des logiciels de gestion documentaire ultra-spécialisés. "On va travailler prochainement pour un certain nombre de banques, notamment belges, qui nous demandent de numériser des documents dits sensibles", ajoute M. Morisseau.
Ce dernier - qui prêche bien entendu pour sa chapelle - se dit particulièrement inquiet de ce que certains experts appellent le "trou noir numérique". "La spécialité de Diadeis est la numérisation du patrimoine physique, explique-t-il. Mais la question à se poser, dès aujourd’hui, est de savoir si tous les documents numérisés (fichiers textes, photos, vidéos, etc.) seront encore lisibles dans vingt ans." Motifs de cette inquiétude ? Un fichier numérique n’est pas "naturellement" pérenne. Soit parce qu’il n’a pas été bien classé, soit parce qu’il n’a pas été copié sur le bon support. "Un fichier stocké sur un CD-rom, par exemple, se déteriore au fil du temps." Le patron de Diadeis tire donc la sonnette d’alarme et invite les entreprises, comme les institutions publiques, à prendre dès aujourd’hui les bonnes décisions. A-t-on besoin de tout conserver ? Si on conserve, sur quels formats le fait-on et avec quels procédures de "back-up"? A méditer...
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