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Comment sauver l’euro ?
François Koulischer et Daan Struyen, doctorants à l'ULB et au Massachussets Institute of Technology
Mis en ligne le 11/12/2010
Plusieurs responsables politiques annoncent la fin imminente de l’euro. Selon Herman van Rompuy, président du Conseil européen, "la zone euro joue sa survie". La chancelière allemande Angela Merkel a, quant à elle, déclaré que "l’euro se trouve dans une situation extrêmement inquiétante".
Ces commentaires sous-entendent l’existence d’une dynamique incontrôlable et masquent un principe à la base de notre monnaie commune, résumé ainsi par un de ses pères fondateurs, Padoa Schioppa : l’euro est avant tout un projet politique. Nous avons les moyens d’assurer la survie de l’euro. La question qui se pose donc aujourd’hui est : voulons-nous encore de la monnaie unique ?
L’euro présente de nombreux avantages. Sur le domaine économique, nous bénéficions d’une faible inflation, d’un taux de change fixe favorisant les échanges, et d’une monnaie internationale forte. De plus, l’euro contribue au rapprochement des nations, indispensable si nous voulons à nouveau peser sur la scène internationale. Cependant, l’euro prive les Etats membres de la possibilité de dévaluer leur monnaie afin de résoudre leurs problèmes d’endettement ou de compétitivité.
Si le pacte de stabilité n’est pas appliqué, une coordination économique est nécessaire pour préserver les avantages de la monnaie unique de manière durable. Il est préoccupant de voir que les politiciens ont pourtant agi (et continuent à agir) de manière indépendante, comme si leurs actes n’avaient pas de retombées sur leurs voisins. Par exemple, la régulation des banques irlandaises concerne l’ensemble des pays membres.
En reprenant les dettes du secteur bancaire, surdimensionné, le gouvernement irlandais a augmenté son déficit jusqu’à 32 % du PIB, et il est illusoire de penser qu’il pourra se sortir tout seul de cette mauvaise passe. Les discussions pour sauver l’Irlande ont mené aux spéculations les plus folles. Si, demain, la Californie (qui a également un faible taux d’imposition et peine à se financer) était au bord de la faillite, les petits jeux politiques entre l’Etat et le gouvernement fédéral américain seraient, bien sûr, inévitables.
Mais pour le monde entier, il ne ferait aucun doute que le dollar y survive. Dans le cas européen, trois pistes au moins peuvent être envisagées pour faire face aux problèmes de financement des pays membres. La première option, utilisée dans les cas de la Grèce et de l’Irlande, consiste en une aide directe des Etats membres. Cette méthode a l’avantage d’être transparente et solidaire : elle permet d’estimer facilement les transferts entre Etats.
Par contre, elle n’incite pas le gouvernement à mettre en ordre ses finances, et augmente la pression sur les pays prêteurs. En deuxième option, la Banque centrale européenne (BCE) pourrait financer les Etats en difficultés. Cette approche est facile à mettre en œuvre et a été adoptée par la Banque d’Angleterre et la Réserve fédérale américaine qui achètent activement des obligations d’Etat.
Néanmoins, ceci reviendrait à monétiser la dette : le remboursement des obligations par la planche à billets nuirait à la crédibilité de l’euro et créerait des risques inflationnistes. Cela mettrait également la BCE dans une position inconfortable. Indépendante du pouvoir politique, elle est chargée de contrôler l’inflation et n’a pas la légitimité requise pour favoriser certains membres. Une troisième piste consiste à faire payer les investisseurs privés, en ne remboursant, par exemple, qu’une partie de la dette.
Ceci créerait une discipline de marché incitant les Etats à la rigueur, et ferait contribuer les investisseurs étrangers. Toutefois, l’introduction d’une telle mesure risquerait, aujourd’hui, de miner la stabilité de l’Union monétaire, comme l’illustre le cas irlandais. De plus, il faudrait probablement aider les banques à soutenir la perte financière qui en résulterait, ce qui ne ferait que reporter le problème. En conclusion, il existe de nombreuses options pour assurer la survie de l’euro. Aucune n’est parfaite, et il faudra en évaluer prudemment les conséquences politiques et incitatives, ainsi que les impacts sur la stabilité financière. Le point fondamental est donc : voulons-nous de la monnaie commune ? Il faut donner une réponse claire à cette question.
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