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La Flandre produit les gros actionnaires

Frédéric Chardon

Mis en ligne le 22/05/2011

Les gros actionnaires vivent surtout en Flandre et à Bruxelles, comme le montre une étude. Un nouveau capitalisme a émergé : il est flamand.

Le "capitalisme de papa", hérité de la révolution industrielle, n’existe plus. Une preuve ? Lorsqu’on reporte sur une carte les domiciles des 100 plus gros actionnaires belges, comme vient de le faire le service d’études du PTB (Parti du Travail de Belgique), il apparaît clairement que les plus fortes concentrations se situent désormais en Flandre et à Bruxelles. Quant à la Wallonie, à quelques exceptions près, elle fait pâle figure.

En effet, selon l’exercice mené par le PTB, la région bruxelloise et sa large périphérie (Brabant wallon et Brabant flamand) concentrent plus de la moitié des fortunes de ce top 100 avec plus de 26 milliards d’euros d’actifs. La province d’Anvers, sans surprise, concentre près d’un sixième du grand actionnariat. Le Limbourg, Namur et le Luxembourg sont les provinces qui ferment la marche.

Attention, les fortunes "flamandes" sont loin d’être uniformes. On trouve, d’une part, une bourgeoisie francophone, comme les Lippens par exemple, et, d’autre part, une bourgeoisie plus "flamingante".

Pourquoi une telle différence nord-sud ? Elle provient du fond de l’Histoire économique et industrielle de notre pays. "Le capitalisme des grands holdings belges s’est fondu dans le capitalisme financier international, analyse le géographe Christian Vandermotten (ULB). P ar exemple, la Société Générale s’est muée en Fortis qui a été absorbée finalement par la France. Ce capitalisme de holdings habitait à Bruxelles et dans une moindre mesure en Wallonie. Mais, aujourd’hui, il n’apparaît plus dans les grandes fortunes".

Les autres actionnaires qui ne se sont pas reconvertis dans le capitalisme financier ont perdu leur ancrage local, car ils se sont dilués dans des multinationales. C’est le cas pour les Spoelberch ou les Van Damme (Inbev). "Ces fortunes-là n’ont plus d’ancrage en Belgique."

Parallèlement à cet étiolement, émerge après la Seconde Guerre mondiale un nouveau capitalisme au nord du pays : il est industriel et viscéralement flamand, voire flamingant : ses gros actionnaires vivent à Anvers ou à Courtrai, plutôt qu’à Bruxelles.

"Aujourd’hui, le nouveau capitalisme flamand, sorti d’un tissu de PME qui ont grandi, constitue la moelle épinière du Voka, la fédération des entreprises flamandes. C’est Gevaert, Bekaert, Leurs patrons ont fait de la Flandre leur résidence, tandis que le capitalisme des holdings, qui encadrait l’économie wallonne, a été liquidé et a été absorbé par le système français, ajoute Christian Vandermotten. Dès le XIXe siècle, les capitalistes wallons ont été absorbés par la Société Générale, à quelques exceptions près : les Nagelmackers à Liège, par exemple. La disparition des gros actionnaires locaux wallons est l’une des raisons de la difficulté de reconversion de l’économie wallonne".

Toutefois, le néocapitalisme flamand n’est pas homogène territorialement. "Cet enracinement de PME qui ont grandi, l’absence de tradition syndicale, la survie de banques locales, ce lien avec les revendications flamandes, c’est typique de la région de Courtrai, par exemple. C’est très différent de l’industrialisation du Limbourg qui s’est développé par l’arrivée de grands groupes multinationaux comme Ford. Du coup, le syndicalisme y est plus pugnace."

Un peu de politique : le patronat nordiste a trouvé dans le mouvement flamand une manière de s’affirmer. Les liens actuels entre le Voka et la N-VA ne sont d’ailleurs pas un hasard : "Aujourd’hui, dominent des fortunes actionnariales moyennes en Flandre, liées au Voka et qui ont un ancrage en Flandre pour des raisons qui dépassent l’économie. On touche ici à l’émergence en Flandre d’un système de valeurs communes", remarque l’historien Robert Halleux, (ULg).

Cette implantation et le choix du domicile se font pour des raisons de culture et de sociabilité au sein du capitalisme flamand. "En gros, on veut fréquenter les gens du même monde, poursuit Robert Halleux. Mais c’est valable aussi pour Bruxelles : si on regarde de près, on voit qu’il y a un rassemblement par communes et quartiers. Par contre, en effet, très peu de grands actionnaires sont domiciliés en Wallonie en raison, aussi, de sa réputation rouge et "grévicole". En outre, les entrepreneurs n’y ont pas développé de système de valeurs communes et leurs PME sont trop récentes pour peser dans le capitalisme ".

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