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Joyeux Noël, quand même !

Analyse, Yves Cavalier

Mis en ligne le 25/12/2011

Ceux qui avaient tablé sur un rallye de fin d’année en sont donc pour leurs frais.

Avec un peu de chance, l’indice Bel20 de la Bourse de Bruxelles terminera l’année au-dessus de la barre des 2 000 points. Maigre satisfaction pour qui constatera que sur les douze derniers mois, c’est un nouveau recul de plus de 20 % qui sera inscrit au bilan de la place bruxelloise. On notera au passage que le bilan de l’indice Dow Jones a, quant à lui, plus de chances d’être positif, même s’il ne s’agira sans doute que d’un gain de quelques points. C’est l’occasion de souligner que le Dow Jones est un indice qui ne reprend que des valeurs industrielles, alors que les indices européens, dont le Bel20 ou l’Eurostoxx50 en baisse de 18 %, sont largement surpondérés en valeurs financières. Le poids des banques aura véritablement compromis l’année boursière 2011.

Ceux qui avaient tablé sur un rallye de fin d’année en sont donc pour leurs frais. Les dernières transactions de 2011 se déroulent déjà dans des volumes d’échanges de moins en moins significatifs, ce qui semble indiquer que rien, à court terme, ne devrait venir modifier le sentiment de morosité qui persiste et domine les esprits.

Pourtant, sur le front du loyer de l’argent, on a pu assister à une amorce de détente. Il faut dire que, côté belge, on craignait le pire en début de semaine, après que Moody’s eut dégradé de deux points la note de la Belgique pour la ramener de Aa1 à Aa3. La nouvelle, tombée très tard à la veille du week-end, a suscité pas mal d’émotion dans le cénacle politique. Un cénacle qui, il est vrai, découvrait en novice la pression des agences de notation, et qui s’inquiétait d’autant plus de la réaction des marchés dès le lundi matin.

Le nouveau ministre des Finances Steven Vanackere (CD&V), qui vient d’abandonner son poste de chef de la diplomatie, n’y a pas été par quatre chemins pour réagir à cette décision. Il a d’emblée confirmé que l’année 2012 sera marquée du sceau des révisions budgétaires à répétition. En d’autres termes, les efforts entérinés dans l’accord de gouvernement ne sont sans doute qu’une première étape vers un peu plus d’austérité encore l’an prochain. Même si les marchés ont finalement relâché la pression, la menace persiste.

C’est que personne ne se fait plus d’illusion sur les perspectives de croissance. Le petit demi-pour cent de progression, évoqué timidement par la Banque nationale il y a dix jours, laisse très sceptiques les économistes du patronat belge, qui voient plutôt le pays entrer en récession dès l’année prochaine. Bien sûr, la FEB a un message à faire passer et songe plus légitimement à maintenir, sinon à relancer la compétitivité des entreprises.

Il ressort d’ailleurs de l’argumentaire de l’agence Moody’s que la Belgique et son nouveau Premier ministre n’ont sans doute pas osé aller assez loin dans l’austérité. On s’est efforcé de sauvegarder certains tabous, mais les analystes extérieurs ne sont pas dupes. Il en va notamment ainsi pour le principe sacro-saint de l’indexation automatique des salaires.

En la matière, le Luxembourg - qui est l’autre adepte européen de cette pratique - vient d’ailleurs de jeter un pavé dans la mare en annonçant la suspension temporaire de la mesure. Une initiative sur laquelle certains ne manqueront certainement pas de rebondir dans la mesure où cette fois, la Belgique est réellement l’exception européenne en la matière.

Cette quête permanente de compétitivité s’inscrit dans un contexte qui reste peu porteur, puisque les entreprises continuent à amasser des liquidités, faute de projets d’investissement. Les banques en attestent en soulignant la faiblesse des demandes de crédits ou la sous-utilisation des lignes de crédit pour l’instant. Autre signe révélateur : le nombre d’entreprises cotées qui rachètent leurs propres actions (Solvay, Umicor, Bekaert, sans parler des holdings ), faute d’autres projets.

Pas de doute là-dessus : le vrai problème du moment, c’est l’absence de perspectives. En témoigne aussi la quasi-absence d’OPA, alors que nombre d’entreprises n’ont jamais été aussi sous-évaluées. Une OPA pour quoi faire, alors même que les entreprises ont déjà réduit la voilure et rationalisé leurs structures, ne serait-ce que pour faire le gros dos face à la crise ?

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