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Maçon ou maçonne ?
Solange Berger
Mis en ligne le 12/02/2012
Des femmes dans la construction, il y en a peu. Mais j’en ai rencontré dans tous les métiers. Même les métiers lourds ", nous explique Agnès Marlier, conseillère sectorielle Construtec Wallonie, une ASBL créée en 2007 à l’initiative de la Confédération Construction Wallonne, de la CSC Bâtiment et Industrie, de la Centrale Générale FGTB et du Fonds de Formation Professionnelle de la Construction et qui s’occupe notamment de la formation dans le secteur de la construction ou de missions spécifiques. Le projet "Femme et Construction" est l’une d’elles. "A la base, il s’agit d’une demande du secteur pour faire face à un problème de pénurie de main-d’œuvre, précise Agnès Marlier. Le slogan de la nouvelle campagne de sensibilisation : " Femmes dans la construction Et si l’homme que vous cherchez était une femme ?"
Si on trouve des femmes dans la construction, elles sont nettement minoritaires. En Wallonie, elles représentent 0,8 % du nombre total d’ouvriers. " En 2007, nous étions à 0,5 %. Entre 2010 et 2011, on est passé de 385 femmes à 466 ", note Agnès Marlier, qui précise que ces chiffres ne tiennent cependant pas compte des conjointes aidantes qui sont de plus en plus nombreuses " à s’investir sur le chantier et plus seulement à faire du secrétariat " ou des femmes qui se lancent comme indépendantes et créent leur propre entreprise dans le secteur.
Dans la construction, les femmes sont avant tout présentes dans la peinture. "Mais il ne faut pas y voir une prédisposition innée pour la décoration ou pour le travail minutieux. Il est clair que leur souhait est d’intégrer un métier manuel et elles ont conscience que c’est dans ce métier qu’elles seront le mieux acceptées, stéréotypes ancrés obligent ! "
Car c’est bien les stéréotypes qui expliquent cette faible mixité de la filière construction. "Or les femmes ont autant leur place sur un chantier que les hommes." D’où le projet "Femmes et Construction". Celui-ci a plusieurs objets. Tout d’abord accompagner les femmes qui ont envie de travailler dans la construction. " Il faut faire en sorte qu’elles soient outillées pour légitimer leur candidature", explique Agnès Marlier, qui évoque le cas de filles qui ont suivi des formations en construction et qui n’ont pas trouvé d’emploi alors qu’il y en a
Ainsi l’action s’adresse aussi aux entreprises. "Il faut les convaincre que les femmes sont autant capables que les hommes de travailler dans la construction."
La campagne a aussi pour objectif d’attirer des femmes dans ces filières. " Certaines filles ont envie de faire un métier manuel mais elles ne savent pas toujours ce qu’elles peuvent faire, comment y arriver,... Elles doivent faire face à leurs propres freins mais aussi à ceux de leur entourage. Dès le plus jeune âge, l’endoctrinement est important : il y a des jeux pour les garçons et d’autres pour les filles. C’est dommage car par après on cantonne les garçons et les filles à certains secteurs ", estime Agnès Marlier.
Les femmes sont aussi parfois confrontées aux préjugés des organismes d’insertion soumis aussi à ces stéréotypes. " Certains se demandent si cela vaut la peine de former des filles si elles ne trouvent pas de travail par après. Il faut aussi sensibiliser les organismes d’insertion ."
Agnès Marlier constate que de plus en plus de filles s’intéressent au secteur de la construction. " Mais le problème souvent est qu’elles commencent une formation et puis ne la terminent pas car durant tout leur parcours elles doivent faire face à des préjugés, à des acteurs qui les découragent. Nous sommes parvenus à en identifier sept. Cela va jusqu’au personnel de la cantine qui va leur demander pourquoi elles veulent faire un métier d’hommes ! "
Certains métiers sont durs physiquement. " Et alors , répond Agnès Marlier. Il existe des métiers où l’on retrouve beaucoup de femmes et qui sont aussi très durs. Un exemple ? Les infirmières qui doivent porter des lourdes charges, surtout celles à domicile. On estime qu’une infirmière peut porter jusqu’à 1,5 tonne par jour. Mais ce n’est pas la première image qui vient à l’esprit quand on pense aux infirmières. Idem dans le secteur de la distribution, où l’on porte aussi parfois des charges lourdes."
Et puis que signifie le physique ? " Un homme maigre aura sans doute moins de force qu’une femme sportive. Or c’est dommage de constater que sur base d’un CV, un recruteur va s’orienter vers l’homme sans même avoir rencontré les femmes candidates. Automatiquement, on donne plus de crédit à un homme."
Et les métiers plus dangereux ? " Pourquoi une femme aurait-elle moins envie d’accéder à une profession plus risquée qu’un homme ? L’homme a charge de famille en général. Pour quelles raisons prendrait-il plus de risques ? "
Une fois les obstacles franchis et que les femmes sont engagées dans une entreprise de construction, il faut encore convaincre les collègues. " En général cela se passe bien, mais il peut tout de même y avoir quelques soucis d’adaptation, car c’est assez nouveau pour les ouvriers de travailler avec des ouvrières. Il est important de leur montrer qu’hommes et femmes peuvent cohabiter. Ils le font bien dans la vie quotidienne. Alors pourquoi pas dans la construction ?"
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