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Ombre chinoise sur le photovoltaïque
Ariane van Caloen
Mis en ligne le 12/02/2012
La nouvelle est tombée il y a quelques jours et a fait l’effet d’une bombe. Bekaert, un des fleurons belges de la technologie, va supprimer 600 emplois en Belgique sur un total de 2 700. Pour justifier cette rationalisation, le CEO, Bert De Graeve, a notamment évoqué la suppression des aides en Europe sur les panneaux solaires (dont il fabrique le fil à scier), mais aussi la concurrence chinoise.
De quoi relancer le débat sur le secteur des énergies renouvelables (et plus particulièrement le photovoltaïque) et sur ce qu’il va devenir compte tenu du manque de moyens des gouvernements européens pour maintenir leurs politiques de subsides.
Premier point qui a bouleversé la donne : la Chine est devenue, de loin, un producteur majeur de panneaux photovoltaïques avec, comme fer de lance, Suntech. Et cela grâce à une main-d’œuvre bon marché, mais aussi à des "prêts subventionnés quasi illimités", souligne Frank Gérard, conseiller à la fédération du secteur des énergies renouvelable Edora. C’est ce qui explique que, face à un marché en surcapacité, beaucoup de producteurs européens, notamment en Allemagne, qui avait pourtant la maîtrise de la technologie, sont en grande difficulté financière.
La déferlante chinoise, couplée à une évolution technologique sans comparaison dans les autres segments, a eu comme effet de faire chuter les prix. En janvier 2008, le coût d’un capteur était de 8 euros par Watt-crête. Un an plus tard, il était de 4 euros.
Bien sûr, on peut se demander si les panneaux made in China sont d’aussi bonne qualité que ceux venant d’outre-Rhin. "Certains panneaux chinois sont équivalents, d’autres pas", poursuit Frank Gérard. Certains acteurs du marché n’apportent même pas cette nuance. "Les Chinois vendent la qualité équivalente à celle des Allemands, mais à 30 % moins cher", nous assène un installateur.
D’où le schisme entre les fabricants et les installateurs qui n’ont aucun scrupule à aller se fournir en Chine, peu importe qui est derrière. Et certains achètent quand même de la "camelote", sachant qu’il n’y a, pour l’heure, aucun brevet imposé. En clair, c’est un peu la loi de la jungle. D’autant que, comme les déductions fiscales ont été supprimées à partir de cette année, les installateurs ne doivent même plus être enregistrés, sauf à la Région wallonne.
Toutefois, on s’oriente vers un peu plus de règles. Il y a, notamment, l’obligation pour chaque Etat membre de l’Union européenne d’avoir, d’ici fin 2012, un système de certification des installateurs. Le label "Quest" a aussi été mis en place avec le secteur de la fédération de la construction, qui vise au respect d’un cahier des charges. Enfin, Test-Achats a entamé une démarche pour mettre en place une offre type. "C’est une excellente initiative, mais à certaines conditions. Si c’est pour rédiger 50 pages incompréhensibles, cela va juste mettre la pagaille", prévient Frank Gérard.
Comme on peut le constater, cela part donc un peu dans tous les sens. Comme s’il y avait un manque de vision à long terme, et pas seulement en Belgique. Pour Gregory Neubourg, chargé de projets chez APERe (Association pour la Promotion des Energies Renouvelables), il faudrait que le système européen mette des normes au niveau de la qualité (processus industriel, matériaux utilisés, etc.). Autre piste : mettre des conditions minimums pour le contenu local comme l’a fait l’Italie. Mais elle se heurte à la difficulté de démontrer la traçabilité de certains produits. Pas évident de prouver que tout a été fabriqué en Europe
Et puis, Frank Gérard met en garde contre des mesures qui - sous prétexte de lutter contre la concurrence chinoise, en particulier sur le segment de la production - pourraient se retourner contre tout le secteur. C’est le risque que, selon lui, a pris l’Espagne en supprimant toutes les aides aux énergies renouvelables. Pour lui, en termes d’emploi, l’enjeu va bien au-delà de la production.
Et puis, il faut aussi penser aux éventuelles mesures de rétorsion, via les matériaux utilisés (terres rares, etc.), qui viennent notamment d’Asie. "Il pourrait y avoir du protectionnisme", prévient Frank Gérard. "On agit avec beaucoup de naïveté", résume bien, de son côté, Gregory Neubourg.
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