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Alpro : premières infidélités au soja

Charlotte Mikolajczak

Mis en ligne le 12/02/2012

La société lance un lait d’amande et une boisson aux noisettes. Et met davantage encore l’accent sur le caractère 100 % végétal de ses produits.

Petite révolution sur le marché de l’alimentaire : la marque belge Alpro abandonne le soja. Du moins dans son logo. La fève de soja est désormais détrônée par une feuille verte derrière laquelle se lève un soleil, et le mot "soya" est remplacé par l’invitation "Enjoy plant power". En termes de produits, Alpro n’abandonne bien sûr pas le soja. Il n’empêche, et pour la première fois depuis sa fondation en 1980, la société vient de lui être infidèle. Elle sort en effet deux nouveaux aliments qui n’en contiennent pas : un lait d’amande et une boisson aux noisettes. Qui inscrivent encore mieux Alpro dans la niche de l’alimentation végétale, y confortant, dans la foulée, son titre de pionnier.

Pourquoi une telle infidélité ? La marque arriverait-elle au terme des déclinaisons possibles du soja ? "On a construit une technologie poussée nous permettant de faire un lait de soja neutre (traduction : masquant le goût du soja), indique Bernard Deryckere, CEO d’Alpro. On peut donc faire beaucoup de produits. On propose une alternative végétale à 95 % des produits laitiers. Le désir d’innovation coule dans nos veines et on ne s’arrêtera pas de sitôt." Sa gamme s’est ainsi enrichie récemment d’une crème fraîche qui peut être battue (Airy&Creamy) et de yaourts fruités (Fruity&Creamy).

Amandes et noisettes répondent plutôt à une autre raison : permettre à Alpro de passer à la vitesse supérieure. "Un ménage belge consomme en moyenne 13,7 litres de produits Alpro par an. Et 45 % des familles belges les connaissent. Le consommateur a toutefois besoin de plus de variété, de choix en matière de consommation végétale", indique Bernard Deryckere. A l’origine, Alpro offrait une réponse aux consommateurs présentant des problèmes spécifiques (allergies, cholestérol ). Aujourd’hui, vu la gamme proposée, c’est de consommation pure et simple qu’il s’agit. "On a évolué une première fois vers un positionnement comme produit sain, naturel, commente Bernard Deryckere. Ici, avec les amandes et les noisettes, c’est en quelque sorte un troisième pas que l’on franchit, vers des produits à base de protéines végétales pour leur légèreté, leur énergie. Nous ne sommes pas ‘contre’ les aliments d’origine animale mais ‘pour’ plus de variété. Pour que les gens rectifient l’équilibre de leur santé et de la planète. En éliminant les vaches, nous épargnons terre, eau, CO2. Nous croyons dans l’alimentation végétale et sommes persuadés qu’il faut changer la manière de se nourrir. Nous essayons de rendre nos produits abordables. Et nous y arrivons."

Amandes et noisettes, en provenance de Turquie et de Sicile, sont toutefois plus chères que les fèves de soja. "Mais la destination n’est pas la même. Le lait de soja peut remplacer le lait de vache, pas le lait d’amande ou de noisette."

Pour l’heure, pas de quatrième matière première en vue. Alpro, basée à Wevelgem (Gand), travaille plutôt sur les deux nouvelles et sur les 5 % restants d’alternatives soja aux produits laitiers. "Ce sont, pour l’essentiel, des fromages, explique son CEO. On a des recettes dans nos cartons. On a la technique pour le faire. Nos usines sont exceptionnelles - car nos produits sont complexes, laits, margarines, yaourts, crème culinaire - et flexibles. Mais le marché est trop petit pour lancer les fromages."

"Nous représentons 1,5 à 2 % seulement du marché du laitier", ajoute Bernard Deryckere, qui n’a pas à être gêné des autres chiffres-clés de l’entreprise : 800 emplois en Europe; 4 unités de production en Belgique, France, Pays-Bas et Angleterre; un chiffre d’affaires de 265 millions d’euros en 2011 et de 280 millions d’euros prévus pour 2012; une production distribuée à 85-90 % en Europe (Belgique, Pays-Bas, Angleterre, Allemagne, principalement), le reste s’écoulant en Russie, en Turquie et en Israël. Pas en France, donc, ni aux Etats-Unis, hasard de ses partenariats. Partenariat passé pour la première : jusqu’en 2007, Alpro produisait pour le groupe néerlandais Wessanen, propriétaire de Distriborg et, de ce fait, des produits bio Bjorg, distribués en France. Partenariat présent pour les seconds : en 2009, Alpro est entrée dans le portefeuille du groupe américain Dean Foods, qui possède une société similaire outre-Atlantique, WhiteWave. Pas de possibilité donc de rêver d’une "success story" américaine, mais "pas de perte d’indépendance" non plus, renchérit Bernard Deryckere. Personne ne se marche sur les pieds. "On fonctionne de la même manière et on s’échange des idées. Notre objectif est de construire une grande société belge centrée sur le végétal."

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