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Face et profil

Réussite improvisée

PAR CARLINE TAYMANS

Mis en ligne le 29/10/2003

L'ImproSession était une belle idée artistique. Après dix ans d'existence, elle est devenue une entreprise à part entière. Sous l'égide de Michel de Launoit, jeune mélomane passionné débordant d'idées

RENCONTRE

Brun, souple, franc. Au premier coup d'oeil, Michel de Launoit apparait imbibé de style, sans qu'il soit possible cependant d'en discerner la nature. Poète? Musicien? Provocateur ou marginal? Ses longs cheveux, surtout, négligemment posés sur les épaules, se prêtent à toute interprétation. Il en joue peut-être, s'en moque surement, et préfère aborder ses interlocuteurs avec des salutations étonnamment simples, d'une courtoisie troublante. Cet homme, jeune, sait visiblement user des bonnes manières, tout en révélant une personnalité hors du commun. Dans son bureau, des photos de ses enfants, dominant les affiches de spectacle et les tableaux colorés accrochés aux murs, complètent le côté sage hétéroclite du personnage.

«Je ne fonctionne qu'à l'instinct», s'excuse-t-il presque, du haut de ses 10 années d'expérience dans le monde des affaires, où il brille désormais. Que ce soit lors de l'organisation des premiers spectacles d'improvisation musicale ou de la production de la série des «Faux Contact», ou encore quand il imagina de créer le site Internet de promotion d'artistes belges, «Belgattitude», ce fils de mélomanes n'a fait, en effet, qu'exploiter des idées audacieuses, partagées par des proches mais nées d'un coup de coeur ou d'enthousiasme. Le succès n'a pas toujours suivi, mais la satisfaction personnelle, oui.

Tout a commencé à l'époque des blocus et des guindailles. Avec ses amis Stéphane De Groodt et Manu Thoreau, le fils du comte Jean-Pierre de Launoit, président du Concours Reine Elisabeth et de la Royale Belge, monte alors des pièces de théâtre en parallèle avec ses études d'économie pure. La troupe s'appelle, comme sous une impulsion prémonitoire, «les Improvistes», et elle attire à chaque spectacle environ 3.000 personnes. «Je suis un piètre acteur», reconnait aujourd'hui l'instigateur du projet. «J'endossais surtout le rôle de producteur organisateur».

Fort de cette expérience, il façonne aussi des soirées avec Quentin Pirlot, devenu depuis directeur artistique de l'Acte 3, et qui appartenait à l'équipe belge d'improvisation théâtrale. La première session d'improvisation musicale, copiée sur le principe des matches d'improvisation scénique, est «un délire et une révélation artistique». Comme, remarque Michel de Launoit, «Bruxelles peut accueillir des one-man-show sans subsides, mais pas beaucoup plus», il entreprend des démarches intenses auprès des sponsors (cigarettiers, puis brasseurs) qui aident le projet à «tenir», en l'absence de tout subside.

En 1996, ces diverses initiatives donnent lieu à la création d'une société de production, Tourne Sol, connue dans le milieu audiovisuel pour ses programmes à succès, tels que «Faux Contact», «File dans ta chambre», sur Canal +, et «Belgique dernière» sur AB 3. Pendant tout ce temps, l'aventure de l'ImproSession se poursuit, sous l'égide de Tourne Sol, en collaboration avec la société «Allez, gorilles!» de Quentin Pirlot.

Le succès en reste époustouflant, mais proportionnel à ses moyens, limités. Aussi, quand un investisseur - Alexandre Saboundjian - se présente, en 2002, avec pour seul motif d'avoir aimé le spectacle, l'ambition des concepteurs du projet - par ailleurs légalement protégé - commence à gonfler. Et l'ImproSession prend la forme d'une entreprise indépendante, dont Michel de Launoit devient l'administrateur délégué. «L'objectif est d'utiliser l'apport d'Alexandre pour se développer en France, à commencer par Paris», avoue-t-il. Voilà donc l'homme à l'allure de pèlerin sur les routes, deux jours par semaine, pour «reprendre l'aventure à zéro». Tandis que le prochain spectacle du groupe ImproSession sera présenté en avant-première à l'Acte 3 de Braine-l'Alleud en novembre, le match proprement dit se jouera au Bataclan de Paris en décembre et mars. «Pendant un an, je me consacre entièrement à l'ImproSession», assure le directeur.

Ce dévouement n'exclut pas l'un ou l'autre regard insistant sur les autres postes à responsabilités qu'il occupe dans d'autres petites entreprises au travers desquelles se poursuivent les projets qui lui tiennent à coeur: le site «Belgattitude» et sa diffusion régulière de clips présentant des artistes belges, les concerts annuels «Magritte en musique» et «Rubens en musique», dans les murs des musées appropriés. «Je siège partout en tant qu'administrateur», révèle-t-il dans un sourire, visiblement heureux et épanoui.

Tandis que son épouse, cofondatrice de Tourne Sol, le seconde attentivement, Michel de Launoit rend à sa famille la part de gloire qui lui revient: «Nous sommes tous des passionnés», raconte-t-il. «Nous avons été baignés dans l'art, peinture et musique, classique et moderne depuis notre plus tendre enfance. Une grande chance». Comme l'est également l'éducation au perfectionnisme et aux bonnes manières, particulièrement payants, en amitié comme en affaires.

© La Libre Belgique 2003

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Pourquoi tenez-vous tant à promouvoir les artistes belges? Jamais le domaine de création de spectacles n'a connu autant de dynamisme, mais cette force se trouve souvent castrée par l'épuisement et les projets doivent se développer vers Paris. Je trouve que chaque bulletin d'information devrait présenter un sportif et un artiste. Une société doit être sportive, économique et culturelle, et les stars lui apportent beaucoup dans ce sens. Or, le culturel reste le parent pauvre. L'octroi de subsides ne risque-t-il pas de réduire la liberté des artistes? Effectivement, c'est un risque. Il faut trouver un juste équilibre entre mainmise et soutien. Avec l'aide de subsides, les artistes s'épanouiraient petit à petit. Pour le moment, seules les négociations avec Didier Gosuin, à la Région bruxelloise, semblent progresser dans la bonne direction. Ces démarches et voyages ne mettent-ils pas en péril votre équilibre familial? C'est le pari d'une vie; il est toujours possible de trouver du temps pour les enfants, mais garder la tête disponible, c'est plus compliqué.

© La Libre Belgique 2003

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