La Libre.be > Economie > Entreprise / Emploi > Article
Reportage
Le commerce équitable s'enrichit du riz
PAR MARIE-ANNE GEORGES
Mis en ligne le 18/06/2004
ENTRETIEN
Vitoon Panyakul est thaïlandais. Il dirige Greennet, une organisation non gouvernementale regroupant des producteurs de riz. Le but de l'association est de soutenir une politique agricole durable et d'encourager un partenariat de commerce équitable, afin que les petits cultivateurs locaux aient la garantie d'une rémunération plus juste de leur travail. Il était récemment en Belgique pour tenter d'instaurer des contacts avec des réseaux de distribution. Nous l'avons rencontré ainsi que Johan Declercq, spécialiste des produits agricoles chez Max Havelaar.
Quelle importance cela revêt-il que 2004 ait été déclarée année du riz par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture? Cela induit-il de nouvelles opportunités?
V.P.: Pas directement. La décision de faire de 2004 l'«année internationale du riz» est une reconnaissance de l'Onu et des gouvernements mondiaux de l'importance du riz en tant que culture. Le riz n'est pas simplement une marchandise, un produit d'échange, c'est également une source majeure de nourriture en Asie, et une «culture». Tout ce qui a une incidence sur le riz touche la moitié de la population mondiale, qui habite en Asie. J'espère que le fait de décréter 2004 «année internationale du riz» va permettre de contribuer à accroitre la conscience des populations européennes de savoir quel riz elles mangent, et les implications que cela peut avoir pour les producteurs.
A quel point les mentalités sont-elles en train de changer? Les gens deviennent-ils de plus en plus sensibles au fait d'acheter éthique?
J.D.: Chaque année, nous regardons comment les consommateurs réagissent au concept de commerce équitable, s'ils savent qu'il existe de tels produits, s'ils en connaissent le label, etc. Si, théoriquement, ils expriment l'intention de vouloir choisir des produits du commerce équitable - et effectivement cette intention croît, par exemple de 34 pc à 38 pc (de 2001 à 2003) d'interviewés Dimarso -, il est aussi vrai que, dans la pratique, ces mêmes personnes ne réalisent que 2,7 sur 10 de leurs achats dans cette filière.
Dans quelle logique les prix du commerce équitable s'inscrivent-ils?
J.D.: Pour le moment, le tarif au producteur pour la matière première est trop bas, cela ne permet pas qu'une richesse se développe dans le Sud. Normalement, si on répand cela sur toute la chaine, dans une logique de non-intervention dans la chaine du commerce, le prix au consommateur devrait être encore un peu plus cher que ce qu'il est maintenant. C'est tout à fait conforme aux lois du marché. Des études au niveau européen ont montré qu'un consommateur est prêt à payer un produit issu du commerce équitable 10 pc plus cher que les autres produits comparables, mais pas plus. Si on regarde le café, par exemple, il y a plus de vingt détenteurs de licence qui travaillent avec le système du commerce équitable. Ils le font par conviction et aussi parce qu'ils y trouvent un avantage et estiment que c'est faisable économiquement.
Quel est le plus gros défi se posant à une organisation comme Greennet?
V.P.: L'objectif n'est pas d'aider quelques centaines de paysans, mais de changer radicalement l'agriculture dans des pays en voie de développement comme la Thaïlande. On dit que les paysans dans notre pays sont pauvres parce qu'ignorants. Dans l'agriculture conventionnelle, on se borne à leur dire ce qu'ils doivent faire, nous pas. Il y a un proverbe thaï qui dit qu'il n'est pas bon de donner du poisson aux paysans, qu'il est préférable de leur apprendre à pêcher.
La question de l'accès aux marchés est primordiale. L'exportation est donc l'une des clés de notre stratégie et pour exporter, il faut garder une qualité de travail et de production. Nous devons améliorer notre travail, notamment en collaborant avec diverses organisations, comme par exemple Max Havelaar en Belgique. Le riz n'est pas aussi politisé en Europe que le café ou les bananes, qui sont plus «à la mode».
De 250 tonnes aujourd'hui, voudriez-vous que l'on parle en milliers de tonnes en 2005...
V.P.: La disponibilité de Greennet est de 4000 tonnes actuellement.
© La Libre Belgique 2004
Savoir Plus
© La Libre Belgique 2004

Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...