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Édito

Alitalia : le syndrome Sabena

PIERRE LOPPE

Mis en ligne le 07/04/2008

Alitalia échappera-t-elle à la mise sous tutelle de l'Etat, ce qui entraînerait une restructuration plus lourde ? Pourra-t-elle attendre que les urnes aient parlé ? La compagnie a promis de faire le point "sur ses capacités financières".

Suite à la rupture des négociations en vue de la reprise par le groupe Air France-KLM, la compagnie aérienne Alitalia connait des turbulences telles que certains commentateurs font le rapprochement avec le sort funeste réservé jadis à Sabena et à Swissair.

Au terme d'une semaine fertile en rebondissements, le tandem franco-néerlandais a jeté l'éponge suite au refus des syndicats de cautionner un plan qui prévoit le licenciement de plus de 2 000 salariés moyennant un volet social précis. Un plan qui avait été approuvé le mois passé par le gouvernement (49,9 pc des parts) et les actionnaires privés de la compagnie... qui perd chaque jour, faut-il le rappeler, plus d'un million d'euros.

Poursuivant une logique corporatiste et plaçant la barre excessivement haut, les syndicats (au nombre de neuf !) ont exigé du repreneur qu'il conserve l'intégralité des activités de la compagnie et qu'il permette à un holding public de participer au tour de table. Ils se sont heurtés à une fin de non-recevoir instantanée et les discussions se sont arrêtées. Provisoirement ? Tout porte à le croire, car un naufrage d'Alitalia ne profiterait à personne. Et certainement pas au groupe Air-France KLM qui compte sur le réseau italien pour assoir sa suprématie dans le ciel européen. Son président affirme d'ailleurs qu'il "croit toujours fermement à son projet", ce qui donne à penser qu'il n'est pas fermé à un éventuel compromis...

Faut-il pour autant imputer la crise actuelle aux seuls syndicats comme ne s'en prive pas le chef du gouvernement italien Romano Prodi qui parle de "grave erreur" ? C'est un peu court. Il est facile de rétorquer au Premier ministre que l'équipe au pouvoir a eu le tort de laisser s'enliser le dossier jusqu'à la campagne électorale, le pire moment pour prendre des décisions stratégiques aussi importantes.

La preuve ? Favori des sondages pour le scrutin des 13 et 14 avril, le chef de la droite italienne Silvio Berlusconi s'est emparé du dossier, jurant qu'il barrerait la route à Air-France-KLM en cas de victoire et affirmant qu'un groupe d'investisseurs italiens sollicité par lui conserverait à la compagnie son caractère national. Hypothèse hasardeuse et aussitôt démentie, qui a poussé Berlusconi à se rallier à demi-mots au plan des autorités... avant de faire de nouveau état de ses fantasmes nationalistes.

Alitalia échappera-t-elle à la mise sous tutelle de l'Etat, ce qui entrainerait une restructuration plus lourde ? Pourra-t-elle attendre que les urnes aient parlé ? La compagnie a promis de faire le point "sur ses capacités financières". Vu que l'argent est le nerf de la guerre, on sera très vite fixé.

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