Entreprise

RENCONTRE

Un chiffre d'affaires de 26 millions d'euros en 2004, une prévision de croissance de 15 à 20 pc en 2005 et un nombre d'employés qui dépasse désormais les 325 personnes. Sans crier gare, la société Aubay Belgium est devenue en quelques années seulement un acteur important sur le marché des services informatiques en Belgique - essentiellement à Bruxelles et en Wallonie - et au Luxembourg.

Le client le plus important d'Aubay Belgium est la Police fédérale, où 80 de ses consultants s'occupent depuis 2001 de projets visant notamment à traiter de manière plus efficace l'énorme masse de documents internes et administratifs. Les ministères de l'Emploi, de l'Intérieur, de l'Economie, des Affaires sociales et des Finances font également partie de sa clientèle, de même que quelques grosses sociétés privées telles que Belgacom, Mobistar, Winterthur, Dexia, Fortis, ou Michelin, par exemple.

«Notre volonté est de desservir l'axe européen qui va de Bruxelles à Strasbourg en passant par Namur et Luxembourg», explique Luc Toorens, le directeur de la société. C'est précisément pour renforcer sa position sur cet axe qu'Aubay Belgium a racheté il y a quelques mois la société namuroise Promotic, elle aussi spécialisée dans la gestion d'infrastructures et le développement d'applications, et ce tant à Namur qu'au Luxembourg et à Strasbourg. «Nous nous donnons entre 2 et 3 ans pour intégrer pleinement les 110 employés de Promotic mais en attendant, cette acquisition nous permet d'ores et déjà d'avoir la taille adéquate pour attaquer en direct les grosses institutions», poursuit le directeur.

Il faut dire que lorsque la société a été créée en 1995 sous le nom de 3i, son objectif prioritaire était de desservir les institutions européennes. Mais à l'époque, elle manquait évidemment de taille et de crédibilité. Elle fut donc obligée de devenir «fournisseur des fournisseurs» et de travailler en sous-traitance pour des sociétés comme Siemens Business Services, Ariane II, EDS, ou Cap Gemini. Ce qui est toujours le cas aujourd'hui, à la différence près que désormais, elle participe aussi à certains projets en solo.

En même temps que sa filiale belge, le groupe Aubay prend lui aussi de l'ampleur. Créée à Paris en 1997 par des anciens de chez Atos, cette société cotée au Second marché de Paris a, dès le départ, eu pour objectif de fédérer des petites entreprises de différents pays afin de tenter de couvrir l'ensemble du marché européen. En 1997 et en 1999, elle a ainsi fait des petites acquisitions en Espagne et en Italie, avant de s'intéresser début 1999 à 3i et à sa société soeur OTS, spécialisée dans le passage à l'euro et à l'an 2000, et dans les langages informatiques plus anciens. Elle les rachète - à prix fort - quelques mois plus tard. Les deux fondateurs de 3i jouissent depuis lors d'une retraite dorée anticipée, alors que la société - rebaptisée Aubay Belgium en 2002 - a continué à grandir en fusionnant avec la société Offis en 2000.

Un mouvement de concentration qui, selon Luc Toorens, est loin d'être terminé. «Dans les années à venir, nous voulons devenir un acteur incontournable sur le marché belgo-luxembourgeois, ce qui passera aussi bien par une croissance interne que par de nouvelles acquisitions», dit-il. Lesquelles? «Il y a beaucoup de sociétés de 50 à 100 personnes qui sont intéressées mais elles sont loin d'être toutes intéressantes», répond Luc Toorens, énigmatiquement.

Une chose est sûre: le groupe Aubay - qui a connu, comme l'ensemble du marché des services informatiques, une période difficile et qui s'est planté dans ses tentatives d'expansion aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne - compte beaucoup sur sa très performante filiale belge pour le tirer vers le haut.

La meilleure preuve de cela est que Paris compte sur Aubay Belgium pour améliorer sa position dans l'est et le nord de la France.

«Nous aimerions effectivement développer notre activité à Strasbourg, où nous avons pour l'instant une petite équipe de 7 à 8 personnes, mais aussi démarrer plus sérieusement dans le nord de la France, une région qui a beaucoup de points communs avec la Belgique», explique Luc Toorens. Dans les 12 à 18 mois, Aubay Belgium compte donc ouvrir un bureau à Lille pour attaquer plus concrètement cette région. En espérant que d'ici là, le marché français - touché plus tard par la crise que le marché belge - connaîtra lui aussi la timide reprise que l'on sent aujourd'hui de ce côté-ci du Quiévrain...

© La Libre Belgique 2005