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En trafiquant les numéros de série, Audi aurait exporté des autos dépassant les normes environnementales.

Quand il s’agit de frauder, l’industrie automobile regorge d’imagination. Après avoir triché sur les émissions polluantes d’environ 11 millions de véhicules dans le monde via les logiciels, le groupe Volkswagen et sa marque de luxe Audi se trouvent à nouveau suspectés de malversation. Cette fois, Audi aurait falsifié des numéros de châssis pour commercialiser, en Corée, des véhicules ne correspondant pas aux normes environnementales locales.

Dans le cadre de l’enquête, toujours en cours, sur le dieselgate, le journal allemand Süddeutsche Zeitung a pu consulter des documents en possession du parquet du Munich, relatant ce nouveau type de fraude.

Tous les véhicules produits reçoivent une plaque d’identification, sur laquelle figurent les numéros de châssis, de moteur, de boîte de vitesses, etc. Ces numéros de série sont distribués de manière séquentielle pour chaque modèle, dont ils donnent la version et ses caractéristiques principales. C’est donc bien la carte d’identité du véhicule.

Afin d’écouler des voitures en Corée du Sud ne correspondant pas aux normes d’homologation, Audi a riveté des plaques d’identification analogues à un type de véhicule homologué. Et le tour était joué. D’après les documents consultés par le journal munichois, la fraude est organisée depuis 2013 dans les usines d’Ingolstadt, où siège la marque aux anneaux, et de Neckarsulm.

Cette affaire tombe au plus mal, tant pour la marque que le groupe Volkswagen, qui déploient une énergie et consacrent des moyens considérables pour montrer patte blanche après le dieselgate. On parle d’au moins 20 milliards d’euros pour l’électrification de la gamme d’ici 2025. Incarcéré depuis juin, afin qu’il ne puisse entraver l’enquête, Rupert Stadler, ancien patron d’Audi, a été écarté le 2 octobre dernier.

La suspicion de fraude intervient dans un pays qui a été très secoué par le dieselgate, où les crimes en col blanc sont très peu appréciés. Suite à la découverte de la tricherie aux émissions polluantes, le groupe de Wolfsbourg a été durement puni en Corée. Dès l’annonce des manipulations de logiciels aux États-Unis, la justice coréenne a investigué dans les bureaux d’Audi Volkswagen Korea Ltd, qui importe et distribue les véhicules du groupe.

Dès la mi-2016, le gouvernement a infligé une amende de près de 13 millions de dollars à la filiale coréenne du groupe germanique. Les certificats de conformité de 126 000 Audi et VW ont été retirés. Une nouvelle amende, d’environ 16 millions de dollars, a été administrée suite à la découverte de documents trompeurs sur les émissions polluantes et sonores, qui ont servi à l’homologation de véhicules en Corée. Plusieurs dirigeants coréens de la filiale sont inculpés dans ce cadre.

Retraite généralisée

Entre-temps, Audi et VW ont dû retirer tous leurs véhicules de la vente sur le marché coréen entre la mi-2016 et le début 2018. Un marché d’un peu moins de 2 millions d’unités par an, largement dominé par les constructeurs locaux Hyundai et Kia, mais où les marques de luxe européennes sont très prisées.

Le nouveau scandale intervient donc au moment où Audi et Volkswagen tentaient de se refaire une santé au pays du matin calme. Si la tricherie est avérée, comment vont réagir les autorités locales ? La question se pose maintenant de savoir si de telles pratiques ont été limitées au marché coréen et si d’autres constructeurs en usent. En tout état de cause, c’est un nouveau coup dur pour une industrie déjà sévèrement touchée par le dieselgate, et en pleine refondation pour satisfaire aux normes environnementales européennes.