Avant crise, un surendettement accru

Paul Piret Publié le - Mis à jour le

Entreprise

Surendettement aggravé : ce pourrait être l’une des conséquences de la crise. On l’écrit au conditionnel. Car, d’une part, la vulnérabilité aux contrats défaillants risque d’augmenter ; d’autre part, le consommateur s’engagera peut-être moins dans des dépenses ou le secteur ( en épinglé ) sera plus rétif à octroyer du crédit.

Toujours est-il que la réponse ne pourra venir que plus tard, en comparant les futures statistiques à la situation actuelle. Une situation dont voici des éléments, glanés dans le nouveau rapport d’évaluation (2007) de l’Observatoire du crédit et de l’endettement en Région wallonne (1), complété des nouveaux chiffres (2008) de la Centrale des crédits aux particuliers (2).

1 Combien ? Il n’y a pas de chiffre sûrement exhaustif. Au moins peut-on aligner des indicateurs. Dont l’augmentation constante des dossiers de médiation. Mais traduit-elle une aggravation du surendettement ou une notoriété grandissante du système ? "Les deux facteurs peuvent jouer, répond Denis Martens, directeur dudit Observatoire. Nous pensons pourtant qu’il y a aggravation de la situation, à considérer la manière dont augmentent les admissibilités à la médiation et la valeur des montants." Toutefois, "dans les trois régions, la croissance a tendance à ralentir".

Bref, ces trois éléments :

- En 2007, quasi 339 000 Belges étaient enregistrés pour un ou plusieurs contrat(s) défaillant(s), enseigne la Centrale des crédits aux particuliers ; ils sont 344 072 fin 2008 (+ 1,5 pc), soit 4 pc de la population majeure belge (5,7 pc en Wallonie ; 4,9 à Bruxelles ; 2,7 en Flandre).

- Les avis, déclarés admissibles, de règlements collectifs (à l’amiable ou judiciaires) de dettes sont passés en Belgique, entre 2007 et 2008, de 64 493 à 70 168, (soit 8,8 pc de plus).

- En 2007, 17 895 dossiers de médiation de dettes ont été référencés par les services agréés en Région wallonne (17 668 en 2006, 15 997 en 2005). Ils concernent 1,2 pc des ménages (0,9 pc de la population majeure) ; 46 pc sont localisés en Hainaut et 29 pc en province de Liège.

2 Qui ? On s’en tient ici aux seuls surendettés wallons en médiation. Ils ont entre 25 et 55 ans à 75 pc. C’est plus qu’en proportion de la population. M. Martens : "On peut penser qu’une partie des personnes âgées ou des jeunes surendettés auraient tendance à vouloir se débrouiller seuls." Ajoutons : si la population âgée est davantage exposée aux risques de précarité, il ne faut pas confondre surendettement et pauvreté. Pour le dire un peu trivialement : on fera moins crédit à des minimexés qu’à des revenus élevés. Ou, disons, corrects. Car il y a tout de même une corrélation entre niveau de revenus et risque d’endettement : le ménage "médié" a des ressources mensuelles nettes moyennes de 1377 euros.

Autres éléments : les personnes suivies sont d’abord des isolés (39 pc), ensuite des familles monoparentales (27 pc, dont 24,4 pc de femmes). Les demandeurs principaux sont sans emploi à 65 pc, et salariés à 26 pc. Ils sont bien plus locataires (77,7 pc) que propriétaires (16,1 pc).

Les dettes sont exclusivement de crédit dans 6 pc des cas, de non-crédit dans 26 pc, mixtes dans 68 pc. Celles de crédit sont d’abord des prêts à tempérament (au moins une dette dans 41 pc des dossiers), ensuite des ouvertures de crédits (39 pc) ; celles de non-crédit les plus fréquentes concernent les soins de santé (61 pc), l’énergie (46), les taxes régionales et communales (44), la téléphonie (43), l’impôt des personnes physiques (32).

3 Pourquoi ? Les accidents de la vie (maladie, perte d’emploi, décès, séparation ) précèdent de loin (35 pc) l’insolvabilité dite structurelle (revenus trop faibles, 21 pc), les difficultés de gestion (mauvaise évaluation des remboursements, 20 pc), un train de vie décalé des revenus (15 pc).

Paul Piret

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