Avec le Keppra, UCB a fait la révolution dans l'épilepsie

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J e n'ai jamais vu une histoire aussi parfaite. Le Keppra, c'est l'histoire de ma vie». Le docteur Henrik Klitgaard est un homme passionné mais surtout persévérant et audacieux. Si aujourd'hui, l'antiépileptique est le nouveau moteur de croissance d'UCB, c'est en grande partie à lui et à une poignée de chercheurs (*) - qui depuis toujours ont cru en son potentiel - que la société belge le doit. «J'ai tout de suite senti que le Keppra était une opportunité unique, une mine d'or», raconte ce Danois, aujourd'hui âgé de 47 ans, dans un français impeccable. Toutefois, en arrivant chez UCB en 1994, le chercheur a éprouvé quelques petites difficultés à prouver qu'il avait raison. «Quand on met au point un médicament (ndlr: il faut compter en moyenne 12 ans avant qu'il ne soit mis sur le marché), il y a beaucoup d'échecs, il faut quelques personnes qui soient prêtes à mourir pour la molécule», dit-il en faisant référence à son équipe de chercheurs.

L'histoire du Keppra (le lévétiracetam, dans le jargon chimique) est née à partir de celle du Nootropil (nom commercial du piracétam), l'un des premiers médicaments-phares de la société belge, lancé en 1971 et toujours vendu aujourd'hui sur le marché, pour soigner les troubles cognitifs (vigilance, mémoire). «Au départ, UCB cherchait un successeur au Nootropil pour traiter la maladie d'Alzheimer. C'est en faisant des recherches que l'on a décelé que le lévétiracetam était actif contre l'épilepsie. Après avoir négligé dans un premier temps cette découverte, UCB a changé son fusil d'épaule: elle a abandonné la maladie d'Alzheimer et s'est lancée dans la lutte contre l'épilepsie».

C'est à cette époque que le docteur Klitgaard, qui avait une expérience de 10 ans dans la recherche sur l'épilepsie, a rejoint UCB.

«L'épilepsie est une maladie mal connue, explique-t-il. La plupart des médicaments encore prescrits aujourd'hui remontent à la moitié des années 60», indique «Monsieur Keppra». «Jusqu'en 1990, tous les nouveaux médicaments contre l'épilepsie étaient testés selon deux modèles: soit on administrait des électrochocs aux animaux soit on leur administrait une substance appelée PTZ qui provoquait les crises».

Sous la houlette de l'équipe du docteur Klitgaard, UCB a bousculé les approches traditionnelles dans la recherche de traitements contre l'épilepsie. «UCB a fait la révolution. Au départ, on nous a traités de fous. On a dû se battre contre les experts scientifiques mondiaux», se souvient-il. Quelle révolution? «UCB a mis au point un nouveau modèle pour vérifier si une molécule est active contre l'épilepsie. Avant, on testait une nouvelle molécule sur des rats ou des souris, dotés d'un cerveau normal et chez lesquels on provoquait une crise épileptique. Notre approche a été de nous rapprocher de l'être humain en testant le médicament sur des animaux épileptiques. Pour ce faire, on induit chez ces animaux une épilepsie au sens chronique du terme».

Ainsi le Keppra, signifiant «Dieu du soleil dans l'ancienne Egypte», a fait son apparition sur le marché, il y a quatre ans. Et depuis lors, le succès est au rendez-vous. «Parmi les quatre médicaments de la nouvelle génération d'antiépileptiques, le Keppra a été le plus rapidement accepté par le corps médical. Sa pénétration a été la plus rapide», souligne-t-on chez UCB.

On estime qu'entre 0,5 et 1 pc de la population souffre d'épilepsie, une maladie terriblement handicapante, et dont les raisons sont inexpliquées dans 50 pc des cas. Des traumatismes à la suite d'un accident, par exemple, ou des troubles cardio-vasculaires expliquent l'autre moitié des cas. «Comme il y a de plus en plus de personnes âgées qui souffrent de troubles cardio-vasculaires, le nombre d'épileptiques risque de s'accroître».

Ce marché est encore aujourd'hui dominé en quantité par les médicaments classiques de la première génération qui provoquent force effets secondaires (prise de poids, somnolence, décalcification des os, effets sur les femmes enceintes, interaction avec d'autres médicaments, etc). De surcroît, ces traitements ne sont pas assez actifs pour traiter tous les épileptiques. «Il reste entre 20 et 30 pc des malades qui sont réfractaires au traitement, c'est-à-dire dont les crises ne sont pas contrôlées».

Et c'est à ce stade-là que le Keppra est intervenu initialement. UCB poursuit un vaste programme d'études cliniques pour justifier l'emploi du Keppra dans toutes les formes d'épilepsie «Le Keppra engendre moins d'effets secondaires chez le patient mais il ne soigne pas encore tous les épileptiques réfractaires», souligne le chercheur. C'est pour cela que l'aventure du Keppra ne fait que commencer. Deux "petits» du Keppra (Ucb 34714 et Ucb 44212) sont en développement dans les laboratoires de Braine-l'Alleud, le principal centre de Recherche et Développement d'UCB Pharma. C'est là qu'est né également le Zyrtec, l'anti-histaminique vedette de la société. La première molécule, appelée à succéder au Keppra, est déjà en phase 2 (des études cliniques, testées sur le patient, sont en cours), la deuxième débutera les études cliniques, tout prochainement. «On espère que l'on pourra ainsi améliorer la vie des patients épileptiques réfractaires et aussi élargir le marché du Keppra à d'autres domaines de la neurologie comme la psychiatrie», conclut Henrik Klitgaard.

© La Libre Belgique 2004

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