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Les nuages s'accumulent dans le ciel bancaire belge. Jeudi, la Commission bancaire et financière a dit sa préoccupation réelle pour l'année 2002 qui s'annonce comme celle de tous les dangers. Confirmation, le même jour: Fortis a revu jeudi ses prévisions à la baisse pour l'année 2001 et la KBC a annoncé pour le troisième trimestre 2001 un résultat en recul de 14 pc. Et hier, vendredi, le groupe Dexia - qui a récemment repris la banque Artesia - a confirmé qu'il s'apprêtait à supprimer de 2 000 à 2 500 postes de travail dans les 4 années à venir.

Selon Thierry Nollet, responsable du secteur finance du Setca (FGTB) on est à l'aube d'une année noire dans le secteur bancaire où ` ce sont pas moins de 10 000 emplois qui pourraient disparaître´. `Déjà 2 001 a vu l'annonce de la suppression de 1 650 postes de travail chez KBC, 2 000 à 2 500 chez Dexia, au mois 300 Nagelmackers et j'entends aussi des bruits inquiétants en provenance de la Deutsche Bank et de la BBL ´.

Ce qui inquiète particulièrement le syndicaliste, c'est qu'en 2 002 l'euro sera derrière nous et que dès lors de nombreux temporaires qui avaient été engagés pour l'occasion ou dont les contrats avaient été prolongés ne seront plus nécessaire.

Ainsi, Fortis a déjà annoncé que 400 contrats temporaires ne seront pas reconduits après le 1er janvier prochain. Par ailleurs la phase de préparation à l'arrivée de la monnaie unique nécessitait la participation d'un nombre important de personnes. Toutes les équipes étaient mobilisées, il n'est donc pas impossible que des plans de réduction de personnels aient été postposés.

`La période que nous traversons actuellement, avec les suites du 11 septembre et le ralentissement de la marche des affaires, va effectivement être très délicate. Et il est clair que la plupart des sociétés bancaires vont être amenées à avancer sur le terrain des suppressions d'emplois. Car dans de nombreuses institutions, il subsiste actuellement un surplus de personnel par rapport aux besoins de l'entreprise et le climat actuel devrait constituer une bonne occasion pour le management des grandes banques de tailler dans le gras. Aujourd'hui, à cause de la fusion avec Artesia, on parle beaucoup de Dexia mais demain toutes les grandes banques belges vont être confrontées au même problème d'excédent de personnel et elles profiteront sans doute de l'occasion - le ralentissement de conjoncture - pour prendre des mesures drastiques´, estime, pour le moins froidement, un analyste bruxellois spécialisé dans le secteur bancaire.

Toute la question est évidemment de savoir quelles seront les conséquences de ces suppressions d'emplois sur le service à la clientèle. Un service qui, à entendre la plupart des clients victimes de l'allongement des files aux guichets, a déjà eu tendance à se détériorer ces derniers temps. `Il est vrai qu'avec les différentes fusions qui ont été réalisées, le passage à l'an 2000 qui a mobilisé les énergies, la perspective de l'arrivée de l'euro, les responsables des banques ont eu sans doute tendance à concentrer leurs efforts sur des aspects techniques´, reconnaît Olivier de Groote, partner chez Arthur Andersen, ajoutant: `Aujourd'hui, le risque d'aboutir à un cercle vicieux devient de plus en plus grand: les fusions ont eu un impact évident sur le service à la clientèle car elles ont entraîné des réorganisations, notamment dans le domaine informatique, qui ont provoqué des bouleversements sur les réseaux physiques. Aujourd'hui, le nouveau choc qui s'annonce pourrait plonger le personnel des banques dans une certaine forme de démotivation et le service à la clientèle risque à nouveau d'en souffrir´, prévient Olivier de Groote qui conclut: `Heureusement, les managers des grandes banques semblent très conscients du fait que dans un environnement de concurrence exacerbée, la qualité du service à la clientèle constituera de plus en plus un enjeu stratégique majeur´.

© La Libre Belgique 2001