Banquier de la solidarité

PAR ARIANE van CALOEN Publié le - Mis à jour le

Entreprise

RENCONTRE

Veste foncée, chemise à carreaux, petites lunettes, phrases entrecoupées de mots anglais, discours sans fioriture. Olivier Marquet a toutes les apparences du banquier classique. C'est cet homme de 46 ans qui a été choisi pour succéder à Pierre Aeby à la tête de la filiale belge de la Banque Triodos. N'est-ce pas paradoxal qu'un tel profil se trouve à la tête d'une institution qui a pour vocation de financer des entreprises et des organisations dans le domaine culturel, social et écologique? La question est sans doute un peu facile. Après tout, la Banque Triodos est une institution financière comme une autre, qui est surveillée par les autorités de contrôle, qui accordent les mêmes rendements que les grandes banques pour des produits d'épargne comparables et qui fait des crédits aux conditions de marché. La seule différence- elle est certes de taille- c'est qu'elle ne s'intéresse pas aux entreprises purement commerciales.

Visiblement, Olivier Marquet avait le «back ground» nécessaire pour diriger cette banque. Qui plus est, à regarder de près, cet Anversois, parfait bilingue, peut se targuer d'un parcours riche en expériences diverses. Elevé chez les Jésuites, il fait ses candidatures de droit à la KUL. Mais le droit l'ennuie «mortellement». Alors, il fait un virage à 180 degrés. Il décroche un diplôme d'instituteur et enseigne pendant un an à l'école Saint Henri à Bruxelles. «J'ai toujours rêvé d'être instituteur». Mais voilà, il gagne à l'époque 26000 F nets par mois. C'est trop peu, d'autant que son épouse attend leur premier enfant.

Nouveau virage, cette fois vers la finance. Il commence au bas de l'échelle, ce qui n'enlève rien à ses ambitions. Il rentre à l'Anhyp comme candidat directeur d'agences. Il grimpe les échelons jusqu'à entrer au comité exécutif. Arrive l'époque où l'Anhyp est engluée dans ses mauvais crédits immobiliers et dans ses problèmes avec la justice (à cause de la fameuse QFIE). «L'avenir de la banque était insuffisamment clair dans l'esprit des dirigeants et des administrateurs», explique-t-il. Il décide donc de partir et se retrouve à la BBL où il travaille à la salle de marché. Il se spécialise dans l'«asset management» (gestion d'actifs). «Là, j'ai tout fait», dit-il. Une de ses marottes est de vendre des sicav BBL en dehors du réseau de la banque. «Ça a très bien marché». Il le raconte avec un brin de fierté. Ce bourreau de travail réputé intelligent et fiable donne tout ce qu'il peut donner avec sans doute l'espoir d'arriver dans les plus hautes sphères de la banque. Il va loin. Aurait-il pu aller encore plus loin? Qui sait? «Son ascension a peut-être été freinée par un caractère bien trempé», estime un de ses anciens collaborateurs. De toute façon, il ne semble pas avoir trouvé tout son bonheur dans cette BBL entrée sous la coupe des Néerlandais d'ING. «Les deux dernières années avant que je ne quitte, beaucoup d'énergie se perdait dans les réunions typiques à des structures en fusion. A ce moment-là, la société n'offre plus l'espace où on peut se réaliser.», explique-t-il. «La fusion entraîne beaucoup de frottements. Il y a un moment où cela devient fatigant».

Sa reconversion passe par deux années à la BNP-Paribas avant d'avoir cette opportunité de Triodos. Et quand il décroche le poste, il ne cache pas sa satisfaction. Sans être actionnaire ou client, il dit être de longue date un «défenseur» de cette institution un peu particulière. Notamment par son épouse qui a travaillé pour Médecins sans Frontières et qui lance un projet de site Internet destiné aux enfants gravement malades, il a des accointances avec le monde non marchand.

Faut-il en déduire qu'il en est un peu revenu du mode de fonctionnement des grandes banques? Son propos est nuancé. «Les grandes institutions financières ont des critères de rentabilité à court terme déterminants. Elles n'ont pas le temps ni la vocation de se concentrer sur des domaines qui leur semblent accessoires». Mais selon lui, les mentalités évoluent. «Il y a dix ans, le concept de banque éthique, de développement durable était novateur, voire dérangeant. Aujourd'hui, il fait partie des valeurs de société reconnues. Presque toutes les grandes institutions y adhèrent».

Le moment était toutefois venu pour lui de tirer un trait sur ce monde-là de la finance. Diriger Triodos en Belgique, «était pour moi une belle opportunité au niveau de ma vie». Il est dorénavant aux commandes d'une institution de 32 personnes qui a quitté ses petits bureaux de Gand pour s'installer sur un des plateaux du magnifique espace Jacqmotte, rue Haute à Bruxelles. On est loin des grands espaces anonymes des grandes immeubles.

Il s'est donc orienté vers un poste plus humain, qui ne lui offre pas les mêmes perspectives financières que dans une grande banque. Entré dans une société qui se veut la plus transparente possible, est-il dès lors prêt à dévoiler son salaire? Il y a des pas qui sont difficiles à franchir... La question le fait tiquer et comme réponse il se réfère au rapport annuel où se trouvent en détail toutes les rémunérations.

Et puis l'essentiel n'est pas là. Sa tâche sera de développer une Banque Triodos qui a fait son chemin. Née dans les années 70 aux Pays-Bas, l'institution a ouvert la filiale belge il y a dix ans avec un capital de base de 5 millions de francs belges. Aujourd'hui, ils sont 12000 clients à lui faire confiance.

© La Libre Belgique 2003

PAR ARIANE van CALOEN

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